La mafia n'est pas qu'une simple organisation criminelle basée sur les affaires. Elle a ses codes et ses valeurs : honneur, courage, fidélité au clan, ignorance ou mépris des lois territoriales. La mafia est disciplinée, donc efficace, vertu qui en fait une partenaire indispensable pour les réseaux de trafic internationaux en tout genre. Il fut un temps où la mafia pratiquait enlèvements et prises d'otages pour étoffer sa cagnotte. Elle y a renoncé, ce créneau s'avérant peu rentable par rapport à ses autres activités. La mafia brasse d'énormes capitaux issus de la drogue, des armes, de l'immobilier, du diamant, de l'usure. Mais l'un de ses secteurs les plus juteux, au propre comme au figuré, est celui des ordures. On achète un terrain, de préférence une belle carrière. On creuse, on vend la pierre, on investit dans quelques camions, on engage quelques gaillards. On crée un monopole de ramassage sur la base d'un prix élevé, on transporte les ordures jusqu'audit terrain. Il ne reste plus qu'à enterrer.
Ainsi fonctionne, soumise à un chantage notoire, la collecte des ordures au sud de l'Italie et notamment à Naples. Ah ! nous disent les visiteurs étrangers, comme Beyrouth ressemble à Naples ! Sur le coup, on est tout flatté, Una notte a Napoli, con la luna e il mare, mais on réalise très vite qu'il ne s'agit ni de lune ni de mer dans cette comparaison. Il s'agit d'ordures et de pestilences. Et d'une fatalité contre laquelle les populations des deux villes ne peuvent rien, prises en otage par un phénomène bien plus puissant que l'ordre public qui en est lui-même infiltré. On dit aussi que lorsqu'un enfant mâle naît dans un clan de la mafia, on pose dans son berceau, de part et d'autre, une clé et un couteau. S'il touche le couteau en premier, il est destiné à rejoindre les rangs des tueurs. S'il touche la clé, on l'orientera vers la magistrature ou la politique, tôt initié à tous les tuyaux de la corruption. Il est clair que la plupart des gens au pouvoir dans notre pays ont été soumis dès la naissance, bénis soient-ils, à ce test déterminant.
La crise des déchets, aggravée par le premier orage de cette saison, a fait de nous des obsédés de la sécurité alimentaire. Une menace de plus s'ajoute à toutes celles qui nous entourent et il nous semble que depuis la fin officielle de la guerre civile, en dépit de quelques poussées sporadiques vers un progrès éphémère, peu de choses ont changé. Des grandes réalisations de l'ère haririenne il ne reste que peau de chagrin. Les autoroutes sont inondées à la moindre averse, l'aéroport est défraîchi, le centre-ville à moitié fermé pour cause de séances parlementaires stériles, et le reste à l'avenant. Rien ou presque n'est entretenu comme il le faudrait. Cet état des lieux nous conforte dans l'idée que le bien-être du citoyen est relégué au dernier rang des priorités du Trésor public.
Il faut croire qu'il règne sous nos cieux une tendance à se complaire dans cette décrépitude. Sans doute cet aspect d'un pays inachevé, presque toujours à refaire, ces villes disjointes, ce décor de guingois, ces enchevêtrements de fils électriques, ces façades fuligineuses et pour couronner le tout, ces amas d'ordures sont-ils symptomatiques d'un refus d'en finir de manière trop nette avec l'ère des guerres. Toute une économie obscure en serait affectée.


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Mme Fifi Combien je souhaite que cet article passe d'un lecteur averti à un autre, et circule entre de très nombreux libanais et libanaises de tous âges. Il faudrait encourager les gens honnêtes de ce pays à organiser une campagne immédiate contre tous les mafieux élus par le peuple libanais qui ignore jusqu'au plus élémentaire de ses droits: le choix des meilleurs parmi les meilleurs pour le représenter. Je sais que malheureusement l'argent sale joue un grand rôle pendant les élections. Si le peuple libanais savait combien il perd en acceptant les "pourboires" des candidats plus que mafieux, qui de cette manière si misérable, gagnent tant de votes... N'y a-t-il plus aucun espoir d'y parvenir?
21 h 17, le 29 octobre 2015