Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, reconnaît que « le travail n’est pas achevé » en ce qui concerne le relancement de l’économie du pays. Juan Medina / Reuters
À l'approche des élections législatives, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'enorgueillit d'avoir relancé une économie exsangue et la création d'emplois, mais le pays a aussi profité de facteurs externes et beaucoup reste à faire, tempèrent les économistes.
Madrid table sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 3,3 % en 2015, une des plus fortes en zone euro, et sur une baisse du taux de chômage – première préoccupation des Espagnols – à 21,1 % à la fin de l'année contre 27 % au plus fort de la crise.
« L'Espagne a changé de visage » depuis l'arrivée du Parti populaire au pouvoir en décembre 2011, a résumé Mariano Rajoy lundi en présentant son bilan avant les législatives du 20 décembre. Le pays était en pleine récession, chômage et dette publique explosaient. Les conservateurs ont multiplié les mesures d'austérité pour éviter la banqueroute.
La croissance est revenue fin 2013. Pour Mariano Rajoy, pas de doute, sa politique y est pour beaucoup.
La flexibilisation du marché du travail en 2012 « offre une souplesse plus grande aux entreprises pour embaucher quand l'économie repart », après avoir licencié, reconnaît Catherine Stephan, économiste chez BNP Paribas. Le redémarrage des embauches a entraîné une reprise de la consommation des Espagnols, après cinq années de crise profonde. Soutenues par des conditions de financement avantageuses, les entreprises investissent plus pour répondre à la demande.
Même le secteur de la construction, dévasté par l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, repart. Les entreprises ayant survécu à la tourmente sont plus compétitives, relève Jésus Castillo, économiste chez Natixis. Madrid est allé plus vite et plus loin que ses voisins européens dans les réformes, estime Angel de la Fuente, directeur de la Fondation d'études d'économie appliquée (Fedea).
Mais l'économie espagnole doit beaucoup à un contexte international favorable : faibles taux d'intérêt de la Banque centrale européenne, arrivée de touristes délaissant le sud de la Méditerranée, baisse de l'euro, dégringolade des prix pétroliers alors que le pays importe 80 % de son énergie. Rien que ces deux derniers facteurs se traduiraient par 0,5 point de croissance, selon les calculs de Madrid. « Le travail n'est pas achevé », a reconnu lui-même Mariano Rajoy. L'économie n'a pas retrouvé le niveau d'avant la crise. En 2008, le PIB était de 1 116 milliards d'euros (1 232 milliards de dollars), contre 1 058 milliards (1 167) en 2014. Le nombre de chômeurs n'aura reculé que de 436 000 sous sa législature, à près de 4,8 millions.
L'Espagne est le pays développé où les inégalités se sont le plus creusées, selon l'Organisation internationale du travail (OIT) et beaucoup d'habitants ne sentent pas les effets de la reprise. Il manque une réforme éducative pour combler le retard sur ses voisins européens, un système de formation professionnelle et de reconversion des chômeurs efficace pour pouvoir améliorer durablement la situation, s'accordent à dire les économistes. Sans cela et faute d'investir dans la recherche et le développement, la production reste limitée à des produits et services à faible valeur ajoutée.
Laure FILLON / AFP


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