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Nos lecteurs ont la parole - Iza El-Yasmine

Il nous faut choisir

Chère Léa, tu n'es pas la seule. Des milliers de jeunes s'en vont tous les jours et ne savent plus comment revenir.Te relisant, je me revois il y a quelques années, arrivant à Paris, avec le même sentiment que toi, le même dégoût du pays dont tu parlais et la même révélation.
Chère Léa, je ne te connais pas, mais tu me ressembles et tu es plus libanaise, pour moi, que les Libanais que je retrouve chez moi. Ces gens mêmes qui nous ont fait fuir et qui ne nous accordent aucun droit aujourd'hui. Comme le droit de vote de ces millions d'expatriés que j'espérais réclamer il y a quelques années, avant que le vote n'existe même plus à l'intérieur du pays. Nous ne sommes plus rien. Et tu verras toi-même combien nous sommes appréciés ici. Avec nos trois langues, et nos hautes études, notre culture, notre intelligence et notre capacité d'adaptation...
Léa, on appartient à une culture qui est perdue dans le vent. On appartient à une culture qui ne sait plus où aller. Déchirés entre un chez-soi qu'on ne retrouve plus et un chez-soi qu'on pourrait avoir. Déchirés entre un amour de sa patrie et le savoir que l'on a acquis. Contraints à observer le changement de voyage en voyage, à contempler l'échec, à constater la fin. À lutter contre l'exile, à confronter l'émigration, à être traités d'étrangers quand on ne désirerait rien de plus que de rentrer chez soi. Et de brûler chez soi. Brûler cette merde, ces poubelles, ces meurtriers. Brûler ces immeubles qui ne ressemblent à rien. Sauver Jounieh, sauver Baalbeck, sauver nos cèdres, nos plages, nos montagnes. Sauver notre culture qui n'a plus où aller. Éparpillés dans ce monde, retenus par des liens abstraits et imaginaires, nous sommes les Libanais qu'ont produits nos ancêtres. On réécrit l'histoire, on se refait des racines et on regarde s'effondrer ce lieu qu'on nomma nôtre. On regarde souffrir ces gens qui sont restés. On regarde le carrefour, ne sachant où aller. Et on va de l'avant, sans avoir un arrière ; retrouvant des gens comme nous, qui gèrent parfois mieux que nous et qui d'autres fois succombent...
Donnez à vos enfants des racines et des ailes, disait bien notre ancêtre – dont tu parles si bien. Aujourd'hui, nous devons choisir. Avoir les deux n'est plus une option.

Iza EL-YASMINE

Chère Léa, tu n'es pas la seule. Des milliers de jeunes s'en vont tous les jours et ne savent plus comment revenir.Te relisant, je me revois il y a quelques années, arrivant à Paris, avec le même sentiment que toi, le même dégoût du pays dont tu parlais et la même révélation.Chère Léa, je ne te connais pas, mais tu me ressembles et tu es plus libanaise, pour moi, que les Libanais que je retrouve chez moi. Ces gens mêmes qui nous ont fait fuir et qui ne nous accordent aucun droit aujourd'hui. Comme le droit de vote de ces millions d'expatriés que j'espérais réclamer il y a quelques années, avant que le vote n'existe même plus à l'intérieur du pays. Nous ne sommes plus rien. Et tu verras toi-même combien nous sommes appréciés ici. Avec nos trois langues, et nos hautes études, notre culture, notre intelligence et...
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