Le secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré, hier à Berlin, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. À l’issue de cette entrevue, M. Kerry a exprimé son optimisme prudent quant à une amélioration de la situation au Proche-Orient, tandis que M. Netanyahu réitérait ses accusations à l’encontre des Palestiniens. Un dialogue de sourds… Carlo Allegri / Pool / AFP
Le secrétaire d'État américain John Kerry a appelé hier les Israéliens et les Palestiniens à s'écarter du précipice, après une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Berlin, qui a coïncidé avec de nouvelles violences sur le terrain. M. Kerry a néanmoins exprimé un optimisme prudent sur une amélioration de la situation, contrebalançant des déclarations la veille du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, qui s'était dit pessimiste lors d'une tournée de médiation au Proche-Orient.
Le chef de la diplomatie américaine a dit espérer que sa rencontre avec M. Netanyahu et celles prévues en fin de semaine avec le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le roi Abdallah II de Jordanie déboucheraient sur un apaisement du conflit. Il a ainsi fait part de son « optimisme prudent pour que dans les prochains jours quelque chose puisse être mis sur la table » afin « d'apaiser la situation et aller de l'avant ». « Je suis impatient de rencontrer le roi Abdallah II et le président Abbas, et j'espère (...) que nous pourrons saisir l'occasion et quitter le bord du précipice », a ajouté M. Kerry.
Maintenir le statu quo
Cela passe par la réaffirmation du maintien du statu quo sur l'accès des musulmans à l'esplanade des Mosquées de Jérusalem, qui peuvent s'y rendre à toute heure alors que l'accès est limité pour les juifs. « Un nombre de propositions constructives ont été suggérées, dont des mesures qu'Israël pourrait prendre pour réaffirmer son engagement à maintenir le statu quo », a dit le porte-parole du chef de la diplomatie américaine, John Kirby. Dans la matinée, M. Netanyahu avait de nouveau qualifié de mensonges les affirmations palestiniennes concernant l'esplanade des Mosquées : « Je crois qu'il est temps que la communauté internationale dise clairement au président Abbas d'arrêter de répandre des mensonges à propos d'Israël. » L'État hébreu a en outre vivement dénoncé une résolution votée par l'Unesco condamnant « les agressions israéliennes » et les restrictions d'accès à la mosquée al-Aqsa, estimant que ce texte vise « à transformer le conflit israélo-palestinien en une confrontation religieuse ».
À Amman, le roi de Jordanie a appelé, selon un communiqué diffusé après une rencontre avec M. Ban, au respect du statu quo sur l'esplanade des Mosquées et à une « paix juste et globale, sur la base d'une solution à deux États ». De son côté, le secrétaire général de l'Onu, cité par le communiqué jordanien, a souligné la « responsabilité de la communauté internationale (...) pour trouver une solution juste et globale à la question palestinienne ».
Avant les pourparlers avec M. Netanyahu, M. Kerry avait jugé « crucial de mettre fin à toutes les incitations, de mettre un terme à toute la violence », donnant le coup d'envoi d'un ballet diplomatique qui a duré une bonne partie de la journée dans la capitale allemande. Le Premier ministre israélien a lui-même été accusé de jeter de l'huile sur le feu en affirmant que le grand mufti de Jérusalem Haj Amin al-Husseini, révéré par les Palestiniens, avait inspiré à Hitler en 1941 l'extermination des juifs.
Réunion du quartette aujourd'hui
Outre la rencontre Kerry-Netanyahu, les entrevues bilatérales se sont enchaînées à Berlin. Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a reçu séparément M. Kerry et la haute représentante de l'Union européenne aux Affaires étrangères, Federica Mogherini, l'UE étant le principal pourvoyeur de fonds des Palestiniens. La chef de la diplomatie européenne a souligné que l'objectif était « d'au moins calmer la rhétorique » des deux camps.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a également discuté du dossier hier dans la nuit. La Nouvelle-Zélande, membre non permanent du Conseil de sécurité, a ainsi annoncé qu'elle allait proposer à ses partenaires un projet de résolution visant à apaiser les violences et à relancer le processus de paix. Ce texte sera proposé « dans les prochains jours », dans le but de « stimuler le débat », a précisé le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Murray McCully, lors de cette session à laquelle participaient plusieurs autres ministres. Elle a surtout été l'occasion pour les représentants palestinien et israélien d'échanger de nouveau des accusations bien connues sur les conditions d'accès aux lieux saints musulmans de Jérusalem-Est occupé et annexé.
En outre, une réunion du quartette (Russie, États-Unis, Union européenne, Onu), fondé en 2002 pour jouer, sans grand succès jusqu'ici, le rôle de médiateur dans le processus de paix israélo-palestinien, est prévue aujourd'hui à Vienne, a indiqué Federica Mogherini à Berlin. Mme Mogherini doit aussi rencontrer le président Abbas, à Bruxelles, « dans les prochains jours ».
Nouvelles attaques au couteau
Entre-temps, sur le terrain, un Israélien a encore été blessé hier à coups de couteau à Bet Shemesh, à l'ouest de Jérusalem, par deux agresseurs, a indiqué la police. L'un a été tué et l'autre grièvement blessé par les forces de l'ordre. Un Palestinien a par ailleurs pu prendre la fuite à Hébron, au sud de la Cisjordanie, après avoir échoué à poignarder un soldat israélien. Neuf Palestiniens ont aussi été blessés, dont cinq par balles, dans la même région lors de heurts avec l'armée alors que 58 Palestiniens ont été arrêtés depuis mercredi en Cisjordanie.
Depuis le 1er octobre, les confrontations quotidiennes entre lanceurs de pierres palestiniens et soldats israéliens, les agressions mutuelles entre Palestiniens et colons et une vague d'attentats anti-israéliens ont coûté la vie à huit juifs israéliens, un Arabe israélien et 49 Palestiniens (pour plus de la moitié des auteurs d'attaques). En outre, un demandeur d'asile érythréen, pris par erreur pour l'auteur d'un attentat, a également été lynché par des Israéliens.
(Source : AFP)


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Seuls de nouveaux colons à Jerusalem-est feront éloigner les Palestiniens et les Israéliens du précipice. Ils créeront un climat de bonne entente fraternelle. F. Malak
12 h 40, le 23 octobre 2015