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Arts et lettres

On se demande parfois ce que l'histoire retiendra de l'époque qui est la nôtre. À force de nager en vain et à rebours vers des souvenirs qui ne nous ont jamais appartenu, de prétendus âges d'or dont nous ne sommes que les résidus accidentels, des fêtes surannées dont nous n'avons hérité que de quelques cotillons, mais dont l'éclat patiné illumine encore nos rêves déçus, on se demande, oui, quel regard auront à leur tour, sur notre temps, les générations futures. Auront-elles, pour nos jours improbables, notre larmoyante nostalgie des années qui nous ont précédés ?

S'il reste quelqu'un pour chroniquer et analyser notre histoire, sans doute verra-t-il, avec le recul, de bien curieux phénomènes. Il observera le réveil de la barbarie traduit par le sadisme de l'État islamique, ses pathétiques obsessions sexuelles et son insistance à effacer toute trace de patrimoine culturel. Il s'interrogera sur les objectifs de ce monstre créé de toutes pièces par nécessité stratégique. Il verra ce que nous ne pouvons encore voir : le résultat des gesticulations cruelles qui caractérisent la guerre en Syrie et les profonds stigmates qu'elles auront laissés sur notre région du monde.

En y regardant de plus près, il verra le Liban en panne totale de gouvernance. Il se penchera sans aucun doute sur cette forme rare de gel du temps et des institutions, cette hibernation peut-être fatale et peut-être salutaire, lui seul le saura à ce moment-là. Car tout se passe comme si le Liban officiel, par crainte de mourir, tentait l'ultime, la dérisoire, l'animale ruse qui consiste à faire le mort. Aussi se maintient-il, en feintant avec une certaine habileté, dans cette zone sans mouvement et sans bruit qui caractérise l'œil des cyclones.

Pour autant, si notre historien se penchait sur la société des « années 10 » de ce siècle, la nôtre, il verrait des prodiges. À défaut des bars épiques de feu la rue de Phénicie, à défaut d'espions romanesques, de beautés sculpturales sortant des eaux de la baie du Saint-Georges, de pianistes exaltés retenant le bout de la nuit pour les fêtards des Caves du Roy, à défaut des sourires un peu grisés, un peu béats de ces filles vaguement lascives qui furent nos mères et grand-mères, saisies en noir et blanc sous les feux du Flying Cocotte, à défaut de tout cela qui nous fait aujourd'hui l'effet d'un paradis perdu, voilà ce qu'il découvrirait : il découvrirait le cas, plutôt rare dans l'histoire des nations, d'un peuple totalement laissé à lui-même mais qui, au lieu de se complaire dans la décadence, s'attache bec et ongles à défendre son dernier carré de civilisation.

Dans une région dévastée non seulement par les guerres, mais aussi par le fléau des narrations identitaires qui l'étriquent, les Libanais de l'an 2015 célèbrent avec jubilation la liberté de l'art et de la littérature. Jamais on n'aura vu autant d'événements artistiques et culturels qu'en cet automne. Salon du livre francophone, conférences, expositions et ouvertures de musées se télescopent avec jubilation. Et si le Liban était lui-même, à sa manière propre, un objet d'art ? Un objet politique conceptuel, une de ces œuvres dont le pouvoir de fascination tient au fait qu'on n'y comprend rien ? Est-il nécessaire de comprendre ? Il suffit d'aimer, et comment, face à tant d'énergie vitale, au cœur de tant de folie morbide, ne pas aimer ?

On se demande parfois ce que l'histoire retiendra de l'époque qui est la nôtre. À force de nager en vain et à rebours vers des souvenirs qui ne nous ont jamais appartenu, de prétendus âges d'or dont nous ne sommes que les résidus accidentels, des fêtes surannées dont nous n'avons hérité que de quelques cotillons, mais dont l'éclat patiné illumine encore nos rêves déçus, on se demande, oui, quel regard auront à leur tour, sur notre temps, les générations futures. Auront-elles, pour nos jours improbables, notre larmoyante nostalgie des années qui nous ont précédés ?
S'il reste quelqu'un pour chroniquer et analyser notre histoire, sans doute verra-t-il, avec le recul, de bien curieux phénomènes. Il observera le réveil de la barbarie traduit par le sadisme de l'État islamique, ses pathétiques obsessions sexuelles...
commentaires (7)

C beau de traduire en language poetique une realite que personellement je trouve psychedelique des montagnes d ordure recouvertes de baches immaculees pres des minoteries qui voisinnent avec les galeries super tendance ou on a du bruler des batons d encens pour eloigner les grosses mouches vertes et puantes

Dolly Talhame

20 h 58, le 22 octobre 2015

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Commentaires (7)

  • C beau de traduire en language poetique une realite que personellement je trouve psychedelique des montagnes d ordure recouvertes de baches immaculees pres des minoteries qui voisinnent avec les galeries super tendance ou on a du bruler des batons d encens pour eloigner les grosses mouches vertes et puantes

    Dolly Talhame

    20 h 58, le 22 octobre 2015

  • Le mérite de cette Libanaise Saine n'est pas d'avoir révélé ici une tache originelle ; Malsaine ; mais tout simplement d'avoir fait œuvre pédagogique en forçant, dans la démesure de ses idées, de ses écrits et de ses Saines impressions, à considérer la récurrence de l'horreur dans cette aventure Martienne-ci. De cette préhistoire mentale lilliputienne hypophysaire telle qu'elle se devine dans "l'odyssée" really arriérée de cette espèce Malsaine si bien décrite, il existe une solution de continuité qui tendrait à prouver que le Malsain, en fait, naît naturellement mauvais ; yâ wâïyléééh ; et que son Martien et satané milieu le rend franchement d é g u e u. L'échappée belle est sans doute de s'étourdir d'un peu…. de culture, élégiaque ou désopilante. Même pour quelques moments de plaisir à écouter des Saines éhhh irréprochables pareilles glisser, sans forcer ni geste ni voix, sur un fil tendu de si beaux écrits tendres, subtils, honnêtes et intelligents. Eh oui ! D'un clin d'œil, d'une inflexion, d'une esquisse de mouvement ou de style, d'un sourire ou d’un trait d’esprit Sain et, à la dérobée, cette Libanaise Saine fait naître une connivence irrésistible et charmante. Certains justes, éhhh, éhhh libanais bien sûr, disaient avec pertinence de cette Saine qu'elle est indispensable, mais on ne sait plus à quoi, mahééék n’est-ce pas ?! Mais, peu importe ; quoi ! Vive et Yâ ïîîîch Fîfî !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 15, le 22 octobre 2015

  • Ma "Sitt Badiaa" pense et parle comme toi ! Le Liban est une illusion creee et maintenue par nos poetes et artistes ! Elle vous attend au Metro !

    Gerard Avedissian

    12 h 47, le 22 octobre 2015

  • bars de la rue de Phenicie,Saint-Georges, Cave du Roi,Flying Cocotte, vous oubliez le Barbarella pour les plus jeunes, c'est la nostalgie de notre passe mais ceci est il vraiment le Liban? ou juste l'elite du Liban passe? Peut etre que c'est justement ceci qui nous a amene en 1975 a ce que nous sommes devenus ensuite aujourdh'ui joli article mais qui n'explique pas pourquoi nous sommes aujourdh'ui ou nous sommes

    LA VERITE

    12 h 19, le 22 octobre 2015

  • LES PIÈCES ARTISTIQUES... DE MAUVAIS GOÛT CERTES ET QUI NE VALENT MÊME PAS UNE PIASTRE L'UNITÉ... SONT NOS ABRUTIS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 14, le 22 octobre 2015

  • "Pathétiques, les obsessions sexuelles" de Daesh ? Monstrueuses et terrifiantes, ça oui. A les percevoir, le désir qui vous envahit est que ses protagonistes crèvent dedans.

    Halim Abou Chacra

    04 h 18, le 22 octobre 2015

  • Juste.... joli !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 40, le 22 octobre 2015

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