L’édito de Émilie SUEUR

L’UE et le sultan sous-traitant

L’édito
20/10/2015

En novembre 2010, Mouammar Kadhafi marchandait son rôle de garde-frontières de l'Union européenne contre un chèque de 5 milliards d'euros. « Nous devrions arrêter cette immigration illégale. Sinon, l'Europe deviendra noire, elle sera suffoquée par des gens de religions différentes, elle changera », avait-il averti à l'époque. Pendant de longues années, Kadhafi a été en quelque sorte le « videur », façon boîte de nuit, de l'UE, laquelle fermait les yeux sur les conditions exécrables dans lesquelles la dictature libyenne s'acquittait de sa tâche.

Aujourd'hui, l'UE n'a plus d'interlocuteur dans une Libye en débâcle. Face au flux massif de réfugiés syriens qui arrivent à ses frontières, elle en a toutefois trouvé un autre, en la personne de Recep Tayyip Erdogan, avec qui les 28 négocient la sous-traitance d'une crise face à laquelle ils affichent leur désunion et peinent à trouver une solution.

La semaine dernière, l'UE a élaboré un « plan d'action » pour que la Turquie se charge d'endiguer le flux de réfugiés syriens frappant aux portes de l'Europe, en les installant chez elle et en récupérant ceux qui auraient été refoulés par l'un des 28.

L'UE a d'abord sorti le chéquier : trois milliards d'euros d'aide. Pas assez, rétorque la Turquie, qui rappelle que depuis le début de la crise syrienne, elle a déjà dépensé pour les 2,2 millions de réfugiés syriens sur son sol quelque 6,6 milliards d'euros.

Mais ce n'est pas tant au niveau du portefeuille que se joue le cœur de la négociation, qu'à celui des relations avec cette UE auprès de laquelle Ankara a déposé sa première demande d'adhésion il y a 28 ans. En contrepartie de la sous-traitance de la crise des réfugiés, la Turquie demande notamment un assouplissement de l'octroi de visas aux ressortissants turcs, une relance des négociations d'adhésion, la participation d'Ankara aux sommets européens.

Après l'annonce du « plan d'action », Erdogan avait déjà de quoi se réjouir. Ce d'autant plus que ce plan lui est offert à deux semaines d'un scrutin essentiel pour lui : avec les élections législatives anticipées du 1er novembre, le président veut « corriger » le scrutin de juin dernier à l'issue duquel l'AKP avait perdu la majorité absolue qu'elle détenait au Parlement depuis treize ans.

Mais les Européens ne se sont pas arrêtés là. Ce week-end, c'est la chancelière allemande en personne qui est venue déposer aux pieds du président tendance néo-ottoman les présents européens. Sous pression à domicile pour avoir ouvert grand la porte aux réfugiés syriens, alors que 800 000 à 1 million de demandeurs d'asile sont attendus cette année en Allemagne, Angela Merkel a appuyé la plupart des demandes turques, tout en rendant hommage à la politique d'Ankara vis-à-vis des réfugiés.

Sur les clichés de la rencontre avec M. Erdogan, la gêne de Mme Merkel, sous les ors du palais de Yildiz, résidence du sultan et de sa cour à la fin du XIXe siècle à Istanbul, semblait comme une métaphore de cette Europe contrainte de négocier avec un président de plus en plus autocrate, une UE prête à jeter un voile pudique sur les atteintes aux libertés publiques, d'expression et de la presse, ou encore sur la montée de la répression, notamment politique, du régime turc.

Autre ironie du calendrier, c'est à cette période de l'année que la Commission européenne publie son rapport annuel d'évaluation sur la candidature de la Turquie. Dans ce type de rapport sont notamment passés en revue le respect des droits de l'homme, des libertés, des principes démocratiques, des droits fondamentaux du pays candidat...

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Hitti arlette


Quand la MERKEL tombera , comme une pomme pourrie , sous la presion de la rue allemande en revolte devant le nombre croissant de plouks-refugies - islamistes de tous genres qu elle a recus a bras ouvert , elle aura en moins de rien garanti le droit d exile chez l autre non moins islamiste Erdogan and co .. Voila une virago qui sait bien que quand le vin est tire ,il faut le boire .

RAISINS SECS

Desemparees Merke et l'Europe face a la complicite du complot contre la Srie et les resistants aux diktats occicons .

Vous avez bien fait de parler de Kaddafi Mme Sueur , on a une idee de l'avant dictature et de l'actuel "export/import" de la "democratie" .
Une image circule en ce moment sur les reseaux sociaux qui montre une Avenue sous la "dictature" et la meme sous la "democratie ", effarant comment on peut embarquer les pauvres gens que nous sommes dans des slogans fallacieux .
La turquie de erdo integrant l'europe , Mme Merkel , ne soyez pas dupe , vous le savez , c'est le Qatar et la bensaoudie invites au banquet ou le champagne et le porc ne sont pas (en apparence) pas apprecie du tout .
C'est le cheval de Troie , et ca sera une guerre civile assuree entre les extremismes , et je parle de chez vous en Europe .

Vous voyez Mme Merkel , les 3 ou 5 milliards ou plus qui sait , auraient mieux servis a ne pas toucher au tissus social en Irak et en Syrie , et en Lybie , mais que voulez vous les caprices d'ivrognes ( bush) et de nabot (sarko) conseille par des intellos de pacotille ( bhl )ca coute cher paye l'arrogance .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

COLMATER LA BRÈCHE TURQUE NE SAUVE PAS L'U.E. DES FLOTS DE MIGRANTS QUI EMPRUNTERAIENT D'AUTRES CHEMINS... ET QUI PEUT GARANTIR LE RESPECT DES ACCORDS PAR LA TURQUIE ? LA SEULE SOLUTION EST LA FIN DE LA GUERRE EN SYRIE... DONC LA NÉGOCIATION URGENTE !

Chelhot Michel

Un clin d'oeil à l'HISTOIRE : tout cela évoque LA FIN DE L'EMPIRE ROMAIN !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"L'auteure", serait-elle de "tendance arménienne" ?

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