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Interview

Majed Bamya à « L’OLJ » : « L’Autorité palestinienne n’est pas là pour assurer la sécurité de l’occupant »

Le diplomate au ministère des Affaires étrangères de l'État de Palestine répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Hier, lors d'une manifestation propalestinienne à Bruxelles. Éric Vidal/Reuters

Depuis 18 jours, soldats israéliens et jeunes Palestiniens s'affrontent sans relâche. A ce jour, au moins 41 Palestiniens ont été abattus et huit Israéliens ont été tués. Majed Bamya, diplomate au ministère des Affaires étrangères de l'État de Palestine, revient, pour L'Orient-Le Jour, sur cet accès de violence.

 

Comment expliquez-vous le timing de ce mouvement de violence qui a débuté le 1er octobre ?
La violence, pour les Palestiniens, est quotidienne. L'occupation israélienne dans toutes ses manifestations – colonisation, agressions perpétrées par les colons, attaques par les soldats, démolitions de maisons, transferts forcés de Palestiniens, siège de la bande de Gaza... – est de la violence au quotidien. Les meurtres ou arrestations de Palestiniens n'ont jamais cessé, les provocations à Jérusalem contre les Palestiniens et contre les lieux saints se sont accentuées. Ce qui a changé, ce sont les morts côté israélien. Et cela a, par conséquent, attiré l'attention sur des événements qui ont pourtant toujours eu lieu. Le mouvement populaire, qui aujourd'hui est, il est vrai, plus intense, n'est que l'expression d'un rejet de cette situation et d'un sursaut. Certains veulent nous faire croire que c'est un signe d'impatience. Or il n'y a pas beaucoup de peuples qui ont été aussi patients que le peuple palestinien, qui attend depuis 70 ans sa liberté. Ce qui entraîne, par vagues successives, des moments de révolte, surtout quand la communauté internationale ne propose aucune perspective de fin de l'occupation, aucune intervention ni des sanctions sérieuses à l'égard de la puissance occupante qui, elle, perpétue sa politique coloniale.

 

(Lire aussi : Israël entame la construction d’un mur temporaire à Jérusalem-Est)

 

Peut-on parler de 3e intifada ?
Le nom importe peu. Le plus important ici est de reconnaître au peuple palestinien le droit, certains diraient le devoir, de résister à l'occupation israélienne qui est la source de toute violence. De reconnaître aussi que ce mouvement est essentiellement populaire, alors que la répression israélienne ne distingue pas du tout quelle forme de résistance le peuple palestinien adopte. Notre résistance pacifique qui dure depuis des années est violemment réprimée. Je pense que c'est important que le monde comprenne qu'il est impossible de cohabiter avec l'occupation ou que nous capitulions face à l'oppression. Comme l'a si bien dit le Mandela palestinien, Marwan Barghouthi, « les êtres humains aspirent à la liberté, luttent pour la liberté, se sacrifient pour la liberté, et la liberté du peuple palestinien n'a que trop tardé ». Nous sommes prêts à toute intervention internationale qui ne viserait pas à préserver un statu quo d'occupation mais qui viserait plutôt à un changement menant à la libération des Palestiniens, au respect de leurs droits et à la paix pour tous les peuples de la région.

 

Quelle est la part de responsabilité de l'Autorité palestinienne dans cette colère de la jeunesse ?
Je ne pense pas que la colère soit dirigée contre l'Autorité palestinienne, même si celle-ci est souvent très critiquée. En revanche, c'est une façon, pour les jeunes, de reprendre les choses en main. De nous dire peut-être que la voie que nous empruntons, surtout depuis une décennie, la voie des négociations surtout, mais aussi la voie politique, diplomatique et légale, pourtant indispensable, et en dépit de ses succès, n'a pas donné les résultats escomptés en termes de changement sur le terrain. Elle n'a pas permis d'arrêter la colonisation, de lever le siège, ou tout simplement de faire respecter les droits du peuple palestinien, y compris le droit à la liberté, à la dignité et au retour des réfugiés. Rien de tout cela n'est à l'horizon. La lutte à l'international doit être combinée à la lutte sur le terrain pour installer un rapport de force sur la base du droit international. Donc, les Palestiniens choisissent de se révolter, de manifester et d'exprimer ce rejet d'un statu quo terrible, où l'humiliation subie est quotidienne. En l'absence de perspectives sérieuses de paix, nous nous devons de soutenir et de renforcer ce mouvement. Ceux qui veulent que notre lutte demeure pacifique et populaire, ce que demande aussi le président palestinien Mahmoud Abbas, doivent impérativement et immédiatement s'interposer face à la violence des forces d'occupation et des colons se baladant l'arme au poing et tirant à vue.

 

Comment les partis politiques et l'Autorité palestinienne comptent-ils endiguer ou du moins contrôler cet accès de violence ?
Notre rôle n'est pas de contrôler. Cette idée que nous sommes responsables de la sécurité, que nous sommes des responsables sécuritaires est erronée. Il s'agit d'un mouvement de libération nationale. Notre responsabilité est la libération. Nous ne sommes pas là pour assurer la sécurité de l'occupant. Nous sommes là pour assurer la libération, et une fois cette libération acquise, il y aura paix et sécurité pour tout le monde. Mais que l'occupation enracine l'insécurité pour les Palestiniens et exige la sécurité pour elle-même, tout en renforçant son occupation, c'est absurde. C'est ce que peut-être des Palestiniens essayent d'exprimer aujourd'hui. Mais quand les déclarations internationales se préoccupent de la sécurité de la puissance occupante plutôt que de la protection du peuple sous occupation qui, lui, n'a pas d'armée et de qui on exige de ne pas utiliser de moyens militaires, voire de qui on exige de n'utiliser aucune forme qui pourrait se rapprocher de loin ou de près de la violence, alors qu'il est sous la coupe d'une armée d'occupation et de colons armés et violents, on se demande si le monde n'est pas devenu fou. C'est la question de la sécurité de la population sous occupation qui doit se poser. Nous appelons à la protection des civils palestiniens, et nous rappelons que ni les forces d'occupation israéliennes ni les colons, dont la présence est illégale, ne peuvent exiger la sécurité alors qu'ils sont dans un territoire occupé.

 

(Lire aussi : Deux vidéos d'un ado palestinien en sang relancent la guerre des images)

 

Qu'attendez-vous de la visite du secrétaire d'État américain John Kerry la semaine prochaine ?
Il ne faut pas croire que les mêmes remèdes réussiront cette fois là où ils ont tant de fois échoué. Ce que nous disons est que ça n'a plus de sens d'appeler à une négociation bilatérale entre une puissance occupante qui a décidé de poursuivre son occupation et un peuple sous occupation. Ça n'a aucun sens de dire qu'on va compter sur la bonne volonté israélienne et donner à l'État hébreu un droit de veto sur notre droit à l'autodétermination, qui est un droit inaliénable et non négociable. Nous pouvons accepter un processus qui vise la mise en œuvre des résolutions internationales et du droit international, qui vise à mettre fin à l'impunité d'Israël pour le contraindre à mettre fin à l'occupation. Quand il y a eu la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, le président Frederik de Klerk ne s'est pas réveillé un beau matin en se disant : « Il faut être une bonne personne et aller négocier avec Mandela. » Sa décision est la conséquence d'un long processus. Il y avait un mouvement de libération, tantôt militaire, tantôt pacifique, qui a résisté à l'oppression. Au deuxième plan, il y avait une société civile extrêmement active à travers le boycott, les désinvestissements et les sanctions. Troisièmement, il y avait des gouvernements qui, en raison de ces pressions, ont commencé à rompre leurs liens avec le gouvernement de l'apartheid. Si on veut mettre fin au nouvel apartheid qui se dessine des deux côtés de la ligne verte, il faut regarder plutôt dans ce sens-là.

 

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Depuis 18 jours, soldats israéliens et jeunes Palestiniens s'affrontent sans relâche. A ce jour, au moins 41 Palestiniens ont été abattus et huit Israéliens ont été tués. Majed Bamya, diplomate au ministère des Affaires étrangères de l'État de Palestine, revient, pour L'Orient-Le Jour, sur cet accès de violence.


 


Comment expliquez-vous le timing de ce...

commentaires (4)

Completement NUL! Attaquer au cputeau des enfants et des civiles innocents ne peut qu'engendrer des reactions fatales. Que voulez vous, ces palestiniens qui meurent le sont comme resultat de leur attaques xcontre des civiles. C est tout simple que ca. Et lorsque ce sois disant diplomate anone que c est de la resistance alors c est vraiment de la betise...

IMB a SPO

13 h 57, le 19 octobre 2015

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Commentaires (4)

  • Completement NUL! Attaquer au cputeau des enfants et des civiles innocents ne peut qu'engendrer des reactions fatales. Que voulez vous, ces palestiniens qui meurent le sont comme resultat de leur attaques xcontre des civiles. C est tout simple que ca. Et lorsque ce sois disant diplomate anone que c est de la resistance alors c est vraiment de la betise...

    IMB a SPO

    13 h 57, le 19 octobre 2015

  • L'autorité palestinienne, en principe est là ...pour protéger ses ressortissants contre l'ennemis israélien ...d'ailleurs qui peut le faire a sa place ...? les israéliens ...?

    M.V.

    10 h 45, le 19 octobre 2015

  • ELLE EST LÀ POUR ASSURER LA NAISSANCE À LA VIE DE L'ETAT PALESTINIEN ! OR LES BÊTISES ET LES IRRESPONSABILITÉS DONNENT DES ARGUMENTS CONTRAIRES AUX DÉCIDEURS DES DESTINÉES...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 23, le 19 octobre 2015

  • Commencer par dire affrontement entre soldats israéliens et jeunes palestiniens est tellement écoeurant que je n'ai pas lu la suite de l'interview. Il fallait en préambule dire le massacre de la jeunesse sunnite et chrétienne palestinienne par les soldats juifs de la Palestine usurpée. Le reste c'est du pipeau.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 12, le 19 octobre 2015