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Liban - Crise Des Déchets

Le tribunal militaire se prononcera-t-il, demain, en faveur de la libération de Pierre Hachache et Waref Sleiman ?

Le collectif « Vous puez ! » appelle à une manifestation samedi contre l'ouverture d'une nouvelle décharge à Srar, refusant que ce site subisse le même sort que Naamé.

Les manifestants, samedi dernier, place Riad el-Solh. Photo Ani

Après la mobilisation du mouvement citoyen « Vous puez ! », samedi dernier dans les rues de la capitale, pour réclamer la libération des deux activistes Pierre Hachache et Waref Sleiman, les militants attendent désormais la décision du tribunal militaire. Ce dernier doit se prononcer demain aux alentours de 10 heures sur une éventuelle libération des deux jeunes gens arrêtés suite aux émeutes du 8 octobre. Et ce après le pourvoi en cassation de leurs avocats. C'est ce qu'a annoncé à L'Orient-Le Jour l'avocat Nizar Saghiyé, représentant de l'Agenda légal qui fait partie du collectif.
Parallèlement, « Vous puez! » prépare déjà la prochaine manifestation prévue samedi prochain. « Cette manifestation, qui aura lieu à Srar, a pour objectif de faire part du refus de l'ouverture de cette décharge au Akkar, affirme Me Saghiyé. Car nous refusons que la population de Srar subisse le même sort que celle de Naamé. Nous refusons aussi que Naamé soit remplacée par Srar et la Békaa. » Et de regretter que les autorités privilégient toujours la politique des décharges, qui « portent atteinte aussi bien à l'environnement qu'à la santé des citoyens ».

 

(Lire aussi : Quand un Mohafez empêche des volontaires d'Offre-Joie d'empaqueter des déchets...)

 

Rejet du plan Chehayeb
Or, le mouvement citoyen rejette formellement une telle solution, même provisoire. Il craint que l'expérience malencontreuse de 1997 ne se répète. Akram Chehayeb avait alors proposé un plan pour les déchets. « C'était le même scénario inefficace, les mêmes faits, les mêmes mensonges », se souvient l'activiste, dénonçant la recherche des solutions de facilité. « Le nouveau plan Chehayeb évoque le recours provisoire aux décharges, l'une à Srar dans le Akkar, l'autre dans la Békaa, pour une période de 18 mois, mais il a omis de mettre en place un calendrier de travail crédible, estimations à l'appui, pour montrer comment la transition sera opérée et comment les choses se dérouleront après ces 18 mois », constate l'avocat. « Comment lui faire à nouveau confiance, alors qu'il n'a rien fait ? » demande-t-il. « Comment faire confiance à des autorités qui ne veulent pas enlever les déchets de la rue et qui empêchent les autres de le faire ? » demande-t-il encore, faisant allusion à l'entrave de l'initiative de l'association Offre-Joie, durant le week-end, sur la route de Damas, au niveau de Jamhour (voir par ailleurs).
« Nous réclamons une solution que l'on puisse immédiatement mettre en œuvre et qui consiste dans l'application de mesures sanitaires de traitement des déchets », martèle l'avocat, qui rappelle que le plan présenté par le collectif « Vous puez ! » privilégie le tri à la source et la prise en charge du processus par les municipalités. « Un processus qui peut et doit être mis en marche très rapidement, dès lors que les décrets seront signés pour le transfert des fonds aux municipalités. » Et de préciser que seuls 10 % des déchets ne pourront pas être triés et devront être placés dans des décharges sanitaires réparties dans toutes les régions du pays. « Nous avons les capacités de le faire. Il suffit de faire fonctionner les usines de tri qui sont toujours fermées pour cause de corruption et de partage du gâteau », dit-il.

 

(Repère : Les grandes lignes du plan présenté par la commission d’experts présidée par Chehayeb)


La suite à donner aux mouvements de protestation devra faire l'objet d'une réunion aujourd'hui même des différents groupes constituant le collectif « Vous puez ! ». Car non seulement ils sont mécontents du plan Chehayeb, mais ils entendent aussi bien protester contre le blocage du dossier des déchets. « Le ministre Chehayeb parvient-il à faire appliquer son plan au Akkar ou dans la Békaa? » demande Nizar Saghiyé. « Il n'a pas d'autre choix que de rechercher d'autres solutions, assure-t-il. Sans compter que jusqu'à présent, il n'a réussi à faire signer aucun décret pour cause de blocage politique. Nous avons donc l'intention de faire pression pour mettre fin au blocage. » Quant aux slogans qui seront adoptés, outre ceux sur les déchets, ils réclameront « la chute du régime anticonstitutionnel, autrement dit la chute du régime de la corruption et du partage du gâteau », comme l'explique le militant. Et de souligner à ce propos qu'il est « nécessaire de réhabiliter la Constitution et de pousser les autorités à l'appliquer ».

 

(Lire aussi : Il s'immole par désespoir et dénonce les injustices qui s'accumulent...)

 

La rue mobilisée samedi dernier
Dans l'attente, l'énergie des activistes est centrée sur la libération des deux membres du collectif. Samedi, à l'appel du mouvement citoyen, des centaines de personnes ont manifesté à travers Beyrouth pour réclamer la libération de Waref Sleiman et Pierre Hachache. La manifestation, qui a commencé avec quelques dizaines de personnes sur la place Riad el-Solh, dans le centre-ville, visait à « secouer de manière pacifique les barrières métalliques et autres fils barbelés érigés par les forces de l'ordre ». Selon Nizar Saghiyé, « Waref Sleiman et Pierre Hachache ont été arrêtés pour avoir voulu couper les barbelés qui les séparaient du Parlement. Manifester devant le Parlement est un droit absolument interdit aux citoyens libanais depuis 2010 », déplore-t-il, observant que le fait de « s'exprimer devant le Parlement est un acte citoyen qui vise à responsabiliser les députés ».


Plus tard dans la soirée, les manifestants se sont dirigés vers le siège du tribunal militaire à Beyrouth où ils ont brièvement coupé les routes. Les protestataires se sont ensuite déplacés vers la caserne Hélou, rue Saint-Élie, où est détenu Pierre Hachache et ont appelé à sa libération. Ils se sont enfin dirigés vers la gendarmerie de Ramlet el-Baïda pour manifester leur solidarité envers Waref Sleiman.
De son côté, le collectif « Nous réclamons des comptes » a estimé dans un communiqué que c'est en raison du « pouvoir politique d'abord et de la justice ensuite » que la « situation est arrivée au bord de l'implosion ». Le collectif a appelé « les sages qui restent encore au sein du gouvernement à intervenir » et assuré qu'il poursuivra son action. « Le mouvement civil recourra à tous les moyens d'escalade pour que les Libanais reprennent leurs droits (...). Que les détentions politiques s'arrêtent et que le tribunal militaire arrête de juger les civils », conclut le communiqué.
Un tribunal vers lequel les regards sont tournés, dans l'attente de son verdict qui doit être prononcé demain.

 

 

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