Peu connues du grand public, les banques africaine FBME et européenne Banca Privada d'Andorra (BPA) ont décidé de traîner devant les tribunaux les autorités américaines qui les accusent de blanchiment d'argent. Elles ont intenté des actions séparées pour contester une décision du ministère des Finances américain et de son unité de renseignements FinCEN désignant les entités facilitant le blanchiment d'argent. Cette décision signifie que les deux établissements sont interdits de réaliser directement ou indirectement des transactions en dollars. La décision est tombée le 10 mars dernier pour BPA et le 29 juillet pour FBME.
Liquidation
Bank of America, Citigroup, HSBC et Wells Fargo, qui effectuaient souvent les opérations en dollars pour le compte de BPA, ont immédiatement fermé ses comptes, explique BPA. Le gouvernement local a nommé un administrateur indépendant chargé de liquider les actifs de la banque. Banco Madrid, sa filiale espagnole la plus importante, a été acculée à la faillite. « Les responsables de haut niveau de BPA étaient corrompus et les faibles procédures de contrôle de la banque en matière de lutte contre le blanchiment ont fait d'elle un véhicule facile (...) pour acheminer les bénéfices du crime organisé, de la corruption et du trafic des êtres humains dans le système financier américain », explique Jennifer Shasky Calvery, la directrice de FinCEN.
Depuis « le Patriot Act », adopté au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre, les régulateurs américains peuvent ainsi désigner des institutions étrangères potentiellement liées au financement du terrorisme et leur interdire l'accès au secteur financier américain sans avoir à révéler publiquement la preuve de leur culpabilité – disposition « 311 ».
Interrogations
FBME, fondée par des frères libanais, est accusée d'avoir notamment blanchi de l'argent pour le compte d'un financier du Hezbollah en 2008 et pour une entité syrienne The Scientific Studies and Research Center. La banque, dont le cœur d'activité est à Chypre, aurait également monté des sociétés écrans pour le compte d'un fils du président de la Guinée équatoriale en 2011 et 2012.
« FBME ne cherche pas à dire que des transactions qu'elle a effectuées n'ont pas soulevé des interrogations (...) Mais les transactions auxquelles fait référence FinCEN (...) avaient été identifiées par la banque elle-même qui les avait résolues », se défend l'institution.
Mi-2014, FBME avait pour environ 2 milliards de dollars d'actifs sous gestion, tandis que BPA affirme que sa filiale espagnole était évaluée à 253 millions d'euros avant sa liquidation. « Avec le 311, les banques à travers le monde devraient énormément s'inquiéter car elles seront ciblées arbitrairement, de manière soudaine et irrévocable », fustige BPA. « C'est surprenant que les mesures contenues dans la disposition 311 n'aient jamais été prises contre les banques dans des régions stratégiques que sont les pays du Moyen-Orient où le blanchiment d'argent est une grosse préoccupation ou contre les banques des pays de l'Ouest », dénonce BPA encore, citant nommément HSBC, BNP Paribas, Commerzbank et Wachovia.
Luc OLINGA/AFP
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