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Moyen Orient et Monde - Justice

La France ouvre une enquête pour « crimes contre l’humanité » visant le régime Assad

Lors d’une conférence de presse à Paris en mars 2014, plusieurs photos d’une cruauté insoutenable, provenant d’une carte-mémoire emportée par « César », avaient été projetées. Lucas Jackson/Reuters

Une enquête pour « crimes contre l'humanité » a été ouverte en France pour des exactions commises par le régime syrien entre 2011 et 2013, venant opportunément conforter le refus de Paris et Washington de renouer avec Bachar el-Assad.
Après un « signalement » du ministère français des Affaires étrangères, le parquet de Paris a ouvert le 15 septembre une enquête préliminaire pour « crimes contre l'humanité », qui vise des faits d'enlèvements et de tortures commis par le régime syrien, selon une source judiciaire. L'enquête se base notamment sur le témoignage de « César », un ex-photographe de la police militaire syrienne qui s'était enfui de Syrie en 2013, en emportant 55 000 photographies effroyables de corps torturés. « Face à ces crimes qui heurtent la conscience humaine, à cette bureaucratie de l'horreur, face à cette négation des valeurs d'humanité, il est de notre responsabilité d'agir contre l'impunité de ces assassins », a affirmé le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. Évoquant « la cruauté systématique du régime de Bachar el-Assad », M. Fabius a appelé l'Onu et notamment la commission d'enquête internationale sur la Syrie « à poursuivre avec une détermination renforcée » ses investigations.
De leur côté, les enquêteurs français travailleront notamment à partir des photos accumulées pendant deux ans par « César », qui dit avoir travaillé dans une unité de documentation de la police militaire syrienne avant d'être exfiltré de Syrie en juillet 2013. Dans un entretien publié sur le site de l'hebdomadaire L'Obs, cet homme réfugié en France dit vouloir « montrer le vrai visage de Bachar el-Assad, celui d'un dictateur qui a fait couler beaucoup de sang ».

« Moment pas innocent »
Lors d'une conférence de presse à Paris en mars 2014, plusieurs photos d'une cruauté insoutenable, provenant d'une carte-mémoire emportée par « César », avaient été projetées. Sur ces clichés, on voyait des yeux arrachés, des gens avec des lésions sur le dos ou le ventre, des corps décharnés et aussi une photo montrant une centaine de cadavres gisant dans un hangar, au milieu de sacs de plastique devant servir à les enterrer. Damas avait alors qualifié ce rapport de « politique ».
Pour que l'enquête française puisse se poursuivre, il faudra qu'une victime des exactions soit de nationalité française ou qu'un des responsables impliqués habite en France, a expliqué une source proche du dossier.
En attendant, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) s'est félicitée de l'ouverture de l'enquête préliminaire, « une première dans le monde ». « Le moment choisi n'est pas innocent », a toutefois relevé son président d'honneur Patrick Beaudouin. Lundi, lors de l'Assemblée générale de l'Onu, le président François Hollande a redit qu'« on ne peut pas faire travailler ensemble les victimes et le bourreau », se prononçant ainsi pour l'exclusion de Bachar el-Assad d'une solution politique au conflit, que réclament au contraire Moscou et l'Iran. Le président américain Barack Obama a lui aussi insisté mardi sur le départ de M. Assad du pouvoir pour vaincre les jihadistes de l'État islamique (EI), tandis que l'Arabie saoudite martelait qu'il « n'y a pas d'avenir pour Assad en Syrie ». L'Occident est toutefois ébranlé par la puissance de l'EI, qui ne paraît pas affaibli par les raids de la coalition conduite par les États-Unis, et par l'afflux d'un demi-million de migrants, dont plus de la moitié sont syriens. Plusieurs pays voient désormais Assad comme un moindre mal, au vu des atrocités particulièrement spectaculaires commises par l'EI, notamment les décapitations, les viols et la destruction de monuments appartenant au patrimoine de l'humanité.

Pauline TALAGRAND/AFP

Une enquête pour « crimes contre l'humanité » a été ouverte en France pour des exactions commises par le régime syrien entre 2011 et 2013, venant opportunément conforter le refus de Paris et Washington de renouer avec Bachar el-Assad.Après un « signalement » du ministère français des Affaires étrangères, le parquet de Paris a ouvert le 15 septembre une enquête préliminaire pour « crimes contre l'humanité », qui vise des faits d'enlèvements et de tortures commis par le régime syrien, selon une source judiciaire. L'enquête se base notamment sur le témoignage de « César », un ex-photographe de la police militaire syrienne qui s'était enfui de Syrie en 2013, en emportant 55 000 photographies effroyables de corps torturés. « Face à ces crimes qui heurtent la conscience humaine, à cette bureaucratie de...
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