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La main de l’ange

Après des décennies de culte du chef, du héros, de la première figure venue qu'ils investissaient d'autorité tutélaire, pétris qu'ils étaient de féodalisme, voire de cet esprit tribal venu des temps nomades qui leur faisait prendre la trilogie berger/chien/troupeau pour un modèle naturel de gouvernance, voici que les Libanais, pour une des rares fois de leur histoire, se retournent contre leurs dirigeants. Voici que se lève et s'élève, face à ses parents désabusés qui laissaient faire par lassitude, une génération qui réalise que le peuple tout entier est pris en otage par une classe politique rouée aux discours populistes et à la manipulation, habile à agiter toutes sortes d'épouvantails pour sauvegarder ses privilèges.

Ces manifestants sont en majorité des jeunes et c'est leur printemps qu'ils jouent contre l'automne des patriarches incrustés au pouvoir, souvent depuis plusieurs décennies. Qu'ils s'incrustent, passe encore, d'ailleurs, mais qu'ils s'acharnent à ce point à paralyser infrastructures et institutions, mais qu'ils transforment aussi éhontément les services publics en vache à traire à leur propre profit et celui de leurs protégés, voilà qui ne passe plus. Les étudiants, les nouveaux idéalistes et tout aussi nouveaux chômeurs, les baby-boomers nés avec la fin officielle de la guerre ; cadeaux de la providence pour les survivants qui ont eu la chance de franchir entiers (mais pas intacts), le seuil du millénaire ; couvés et gâtés en tant que tels, à qui l'on avait tout promis en se promettant à soi-même de les envoyer plus tard, ultime cadeau, faire leur vie à l'étranger, n'ont que faire de la résignation de leurs parents et de leurs plans pourris. Ce qu'ils souhaitent, ce qu'ils obtiendront en définitive coûte que coûte parce qu'ils le veulent, oh tellement, c'est vivre dignement dans leur pays et y envisager un avenir.

Peu leur importe les erreurs de ceux qui les ont précédés. Ils avaient leurs raisons – et l'histoire les siennes – d'avoir à ce point laissé faire. Les jeunes ne veulent pas de ce scandaleux héritage, un pays qui pourrait tout avoir mais que l'on s'acharne à priver de tout. En quelque direction qu'ils se tournent, ils ne voient que spectres et momies. Des morts et des vieux. Des héros assassinés que l'on érige faute de mieux en totems, et des croulants hargneux et griffus attachés à leur cassette, subjuguant encore un dernier fonds de suiveurs décérébrés. C'est non.

Sans stratégie, sans leader, une nouvelle génération exige un Liban à la mesure de sa fougue et de ses rêves. Elle regorge de compétences. Née au milieu d'une transition historique entre deux époques, elle perçoit mieux que quiconque les enjeux des prochaines années. Bon gré mal gré, il faudra l'écouter.

En ce jour où les musulmans commémorent le sacrifice d'Abraham, le souvenir des centaines de divisions de forces de sécurité postées mardi aux entrées du centre-ville, armées comme pour refouler le plus redoutable des ennemis, n'est pas sans rappeler la main de ce père centenaire prête à s'abattre avec sa dague sur l'enfant sacrificiel. Un ange, selon les Écritures, vint à point nommé arrêter le geste fatal. Tuer le père est nécessaire à l'envol. Tuer le fils est proprement suicidaire.

Après des décennies de culte du chef, du héros, de la première figure venue qu'ils investissaient d'autorité tutélaire, pétris qu'ils étaient de féodalisme, voire de cet esprit tribal venu des temps nomades qui leur faisait prendre la trilogie berger/chien/troupeau pour un modèle naturel de gouvernance, voici que les Libanais, pour une des rares fois de leur histoire, se retournent contre leurs dirigeants. Voici que se lève et s'élève, face à ses parents désabusés qui laissaient faire par lassitude, une génération qui réalise que le peuple tout entier est pris en otage par une classe politique rouée aux discours populistes et à la manipulation, habile à agiter toutes sortes d'épouvantails pour sauvegarder ses privilèges.
Ces manifestants sont en majorité des jeunes et c'est leur printemps qu'ils jouent contre...
commentaires (6)

Du "sabir".... simili-francophone, quoi !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

12 h 23, le 25 septembre 2015

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Commentaires (6)

  • Du "sabir".... simili-francophone, quoi !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 23, le 25 septembre 2015

  • POUR QUE LES VRAIS MANIFESTANTS "NON PARTISANS" JOUENT LEUR PRINTEMPS CONTRE L'AUTÔMNE DE CEUX QUI SONT AU POUVOIR... LEUR NOMBRE DEVRAIT ÊTRE DES CENTAINES DE FOIS PLUS GRAND... SANS LES PLUS NOMBREUX MANIPULÉS QUI DÉVIENT LE BUT PAR DES SLOGANS ET DES RÉCLAMATIONS PARTISANES... OR TRÈS RARES SONT LES JEUNES DE BONNE FOI... ET DÈS QU'IL Y AURAIT DES ÉLECTIONS... OU PARTI À PRENDRE... L'ÉCRASANTE MAJORITÉ DES MOUTONS RETOURNERAIENT CHACUN À LA BERGERIE DE SA TRIBU !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 20, le 25 septembre 2015

  • Magnifique et tellement vrai, commme toujours, MERCI !!! Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 23, le 24 septembre 2015

  • ET LE PEUPLE VAS ENCORE ET ENCORE VOTER POUR LES MÊMES :)) ... On les avaient prévenue depuis tres longtemps !! Et ces jeunes qui descendent TRES JOLIE MAIS POUR QUELLE ALTERNATIVE?

    Bery tus

    06 h 34, le 24 septembre 2015

  • Since la réalité moderne dans les sociétés développées est soumise au questionnement, dès que par conséquent celui-ci s'élève à des problèmes really humains, il se trouve en dehors du statisme politico-social libanais ; à moins de prendre son objet par le petit côté : Le rapport du monde politique en général à la société civile est un problème capital des temps modernes. Mais sous quelle forme ce problème commence-t-il à préoccuper ces Libanais ? Et bien, sous la forme nette archaïque du sale système rétrograde et réactionnaire. Le libanisme niais avait en fait placé en orbite des Libanais(h) à lui dans la stratosphère, si bien qu'un beau jour certains de ces campagnards montagnards du pois-chiche, de la lentille et du bézér laätîne se crurent métamorphosés en demi-dieux…. phénicisés(h) ; yâ hassértéhhh ! En effet, on commence à peine dans ce bled à essayer de vouloir reconnaitre la souveraineté d’1 certaine "bonne gouvernance", dans le but tant inespéré de tenter d’ôter à ces zaïîms Malsains de tous ordres leur monopole sur les biens de ce patelin : On commence donc à faire au Mont-Libanais, ce par quoi l'on a fini chez les gens Développés. L'ancien système pourri contre lequel ces peuples Développés se révoltent toujours tant en théorie qu’en pratique et qu'ils supportent encore comme l'on supporte de bêtes menottes, est toujours salué dans ce pays ici comme l'aube naissante d'1 bel avenir qui ose même encore passer de la théorie astucieuse à la sale et corrompue pratique.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 14, le 24 septembre 2015

  • Il faut encore du temps pour que les jeunes Libanais, toutes confessions confondues, se libèrent de l'instinct tribal qui leur impose la maxime "notre chef après Allah".

    Halim Abou Chacra

    06 h 09, le 24 septembre 2015

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