Un jeune homme portant un enfant arrivant sur l’île grecque de Lesbos, hier. Iakovos Hatzistavrou/AFP
À peine conclu un accord laborieux sur la répartition des réfugiés, les dirigeants européens ont préparé hier à Bruxelles un autre versant de leur réponse : le renforcement des frontières extérieures de l'UE et de l'aide humanitaire pour endiguer un flux sans précédent de migrants en Europe.
Du fait de guerres qui ne vont pas cesser de sitôt, « nous parlons de millions de réfugiés potentiels, pas de milliers », a averti le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, maître d'œuvre du sommet européen réuni d'urgence à Bruxelles. « La question que nous devons nous poser ce soir est : " Comment retrouver le contrôle de nos frontières extérieures ? " », a-t-il insisté, exhortant les participants à prendre des « mesures urgentes » et « préparer un plan concret ». « On va y arriver, l'Europe a la force de trouver une solution raisonnable », a promis la chancelière allemande Angela Merkel en arrivant au sommet.
Les dirigeants européens devaient notamment s'engager à verser un milliard d'euros aux agences de l'Onu venant en aide aux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie, selon un projet de déclaration finale du sommet, consulté par l'AFP. Le manque de financements a conduit ces agences, et notamment le Programme alimentaire mondial (PAM), à réduire sensiblement leurs actions dans ces camps, conduisant de nombreux réfugiés à tenter de gagner l'Europe plutôt que d'y rester en attendant que la situation s'améliore dans leur pays d'origine. « C'est en Turquie, en Jordanie, au Liban que les aides doivent être apportées aussi rapidement que possible, pour que les réfugiés ne soient pas tentés de venir en Europe en risquant leur vie », a souligné le président français François Hollande à son arrivée.
Outre l'aide à apporter à ces pays, le sommet devait également aboutir à des mesures pour renforcer durablement les frontières extérieures de l'UE.
Gardes-frontières
La Commission européenne a proposé hier une feuille de route détaillée aux États membres sur ce point : elle souhaite notamment que des « hotspots », des centres d'accueil et d'enregistrement des migrants, soient opérationnels dans les prochains jours en Italie et en Grèce. Il faut « assurer que ceux qui arrivent en Europe sont rapidement enregistrés, que leurs empreintes digitales sont prises et qu'on puisse faire une sélection rapide entre ceux qui restent et ceux qui ne peuvent rester », a expliqué hier le vice-président de la Commission, Frans Timmermans.
Les États membres veulent tenter d'améliorer l'efficacité de leur « politique de retour », les expulsions d'immigrés économiques illégaux. À ce jour, seulement 39 % des personnes déboutées de leur demande d'asile sont effectivement expulsées. Les négociations, notamment avec des pays africains, d'accords de réadmission pour qu'ils reprennent leurs ressortissants, vont être relancées. Et la Commission a rappelé hier que son projet d' « un corps de gardes-côtes et de gardes-frontières européens » serait sur la table d'ici à la fin de l'année. Au total, la Commission a d'ores et déjà demandé avant le sommet la mobilisation de 1,7 milliard d'euros pour faire face à la crise, s'ajoutant à des sommes déjà destinées à des mesures de ce type pour atteindre un total de 9,2 milliards d'euros. « J'espère que le Conseil (des dirigeants européens) va soutenir les propositions de la Commission », a exhorté son président Jean-Claude Juncker.
« Diktat »
Pendant ces tractations, des milliers de personnes cherchant l'asile en Europe continuent d'arriver chaque jour aux frontières grecque, croate, hongroise et italienne de l'Union européenne, poursuivant ensuite leur route vers le Nord, et notamment l'Allemagne. Mardi, à Bruxelles déjà, les États membres avaient enfin réussi à se mettre d'accord sur la « relocalisation » en deux ans de 120 000 réfugiés venant prioritairement d'Italie et de Grèce, à partir des « hotspots » tant attendus. Mais l'accord s'est fait au prix d'une fracture avec des pays de l'Est, qui ont voté contre la décision prise à la « majorité qualifiée ». Elle s'applique aux quatre pays de l'Est récalcitrants – République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Roumanie – qui devront malgré tout recevoir plusieurs milliers de personnes sur leur sol de manière permanente.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a dénoncé hier « l'impérialisme moral » que tente selon lui d'imposer la chancelière allemande au reste de l'Europe, alors que la chancelière Angela Merkel plaide pour des quotas contraignants et permanents. À Bratislava, le Premier ministre slovaque Robert Fico, dont le pays devra accueillir des centaines de migrants, a fustigé un « diktat » et annoncé qu'il allait saisir la Cour de justice de l'UE pour faire annuler la décision.
(Source : AFP)


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