C’est à Santiago de Cuba que le pape argentin a terminé son étape cubaine. Sa visite aux États-Unis aura lieu sous très haute sécurité, la police voulant parer tout risque d’attentat contre un souverain pontife qui tient à se déplacer en voiture découverte pour être en contact avec les fidèles. Enrique de la Osa/Pool/AFP
Après un voyage placé sous le signe de la réconciliation à Cuba, le pape François devait atterrir cette nuit aux États-Unis pour une visite plus délicate, qui éveille l'approbation d'une majorité d'Américains et les réserves de certains. Le premier pape latino de l'histoire devait ainsi poser le pied sur le sol américain, pour la première fois de sa vie, mardi à 16h00 heure locale (01h00 mercredi, heure libanaise), à la base militaire Andrews, près de Washington. Le président Barack Obama, un protestant qui ne cache pas son admiration pour ce « pape des pauvres », et sa femme Michelle devaient l'accueillir à sa sortie de l'avion.
Les médias américains, fortement présents dans l'avion papal, accordent une grande importance au voyage d'un pape argentin plébiscité par deux tiers des Américains. Mais son radicalisme social lui vaut aussi de très vives inimitiés chez les conservateurs et les milieux économiques libéraux, de Wall Street au Tea Party et jusque dans les rangs des républicains. Le fait qu'il vienne de Cuba, où il a évité de critiquer fortement le président Raul Castro, ne fait qu'irriter un peu plus ceux qui jugent que ce pape est un marxiste déguisé ou un traître à la foi catholique, qui serait trop souple sur la doctrine.
Critique du dévoiement de l'idéal américain
Outre sa rencontre avec M. Obama, à la Maison-Blanche aujourd'hui, François est particulièrement attendu demain devant le Congrès, et vendredi à la tribune des Nations unies, sur des thèmes hautement explosifs. Parmi ces sujets, mentionnés dans ses écrits, figurent la protection et l'accueil des immigrés ; la défense de l'environnement, avec un plaidoyer ferme pour une révolution énergétique radicale et la décroissance ; la critique des dictatures de la technologie et de la finance ; la dénonciation des responsabilités des vendeurs d'armes et des grandes puissances dans la « Troisième Guerre mondiale par morceaux », qu'il dénonce sans cesse.
Le pape jésuite, connu pour son habileté et sa détermination, a préparé soigneusement pendant l'été les discours qu'il prononcera à Washington et New York. Et, s'il n'est pas antiaméricain selon la plupart des experts, il est critique d'un certain dévoiement de l'idéal américain de liberté par les ultralibéraux. À deux jours de sa venue devant les élus, le Congrès était déjà agité hier par le vote des sénateurs d'une mesure antiavortement tandis que des travailleurs pauvres réclamaient des hausses de salaires, tous affirmant s'inspirer des paroles du pape.
Sa visite aura lieu sous très haute sécurité, la police américaine voulant parer tout risque d'attentat contre un pape qui tient à se déplacer en voiture découverte pour être en contact avec les fidèles. Plusieurs rencontres avec les défavorisés, immigrés, sans logis et détenus sont au programme. Il doit aussi présider, à New York, une cérémonie interreligieuse sur le site du World Trade Center contre le terrorisme et pour le respect entre religions. Une autre cérémonie, à Philadelphie, avec la communauté hispanique exaltera les valeurs fondatrices de l'Amérique comme la liberté religieuse. Dans cette ville, il doit présider samedi et dimanche la fin d'une rencontre mondiale des familles catholiques, en présence d'un million et demi de personnes attendues. Là aussi sous très haute sécurité.
« Révolution » en compassion
Le souverain pontife a quitté hier une île en plein rapprochement avec les États-Unis, grâce au rôle de facilitateur du Vatican et de lui-même. À 78 ans, il est apparu à Cuba éprouvé par la chaleur et un programme très chargé, jalonné de multiples contacts directs avec les foules.
C'est à Santiago de Cuba que le pape argentin a terminé son étape cubaine. Il a célébré sa dernière messe au sanctuaire de la Vierge de la charité « del Cobre », niché dans les collines verdoyantes près de la ville où, la veille, il avait adressé une prière pour l'avenir du peuple cubain. Dans ce berceau de la révolution castriste, il a exalté une autre « révolution » qui apporte « la réconciliation », basée sur la foi chrétienne qui a aidé des générations à résister aux « douleurs », aux « pénuries » et au « désespoir ».
Peu après, à la cathédrale de Santiago, il a salué devant des centaines de fidèles le rôle de la famille. « Prenons soin de nos familles, véritable centre de l'humanité », a-t-il exhorté.
(Source : AFP)


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