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Des vers et des rosiers

Bientôt l'équinoxe d'automne, et l'on voudrait croire qu'il annonce une nouvelle saison. L'été fut lourd et sale, tant et si bien qu'il fallut vraiment y mettre du sien pour sauver l'ambiance. Cette touffeur, ce ciel plombé, cette saleté rampante nous voilent la face radieuse de la vie et du monde. Ou bien est-ce réellement le monde qui, au tournant du millénaire, a cessé d'être respirable ? Se peut-il qu'en si peu de temps, une poignée d'années, tous les cataclysmes annoncés aient décidé de s'abattre de concert sur une planète qui n'en peut déjà plus ?

Est-ce le Liban qui fait mal à voir ou bien avons-nous du mal à le voir sous la chape fuligineuse qui nous fait le pas lent et le souffle las ? Tout à coup, infrastructures et service public s'effondrent comme en bout de course, résultat de plusieurs années d'impéritie où le politique, rongé par la corruption et la testostérone, asservi par son communautarisme et ses sponsors étrangers, a négligé le citoyen, source primordiale de sa légitimité. Tout à coup, on s'aperçoit que les innombrables migrants et réfugiés, dont nul n'a su ou voulu organiser l'affluence, modifient le paysage, pèsent sur une économie déjà exsangue, ajoutent à l'accablement présent une couche de tristesse et d'impuissance. De vraies questions se posent. Il n'est ni honteux, ni raciste, ni égoïste de les évoquer, loin de là, mais un certain réalisme s'impose : comment deux millions de Syriens, peuple soumis à des décennies de dictature, opprimé par un régime policier qui a annihilé en lui tout esprit d'initiative, dépendant aux subventions et totalement dérouté par une liberté amère, acquise au prix de tant de tragédies, vont-ils s'adapter à ce Liban qui n'a rien à donner à son propre peuple, où les gens se sont habitués au contraire à un chaos résultant de trop d'initiatives individuelles qui partent dans tous les sens et où, au fond, si l'on ne dénonce pas assez vigoureusement la corruption publique, c'est sans doute pour ne pas que se révèlent du même coup les misérables petits tas de secrets des malversations privées ? Comment la démographie communautaire libanaise réagira-t-elle au déséquilibre annoncé ? Quelle industrie, quelle agriculture, quelle ingénieuse entreprise absorbera-t-elle cet immense réservoir de désœuvrés que constituent déjà les deux peuples ? Tels ces vers de farine dont parle Claude Lévi-Strauss et qui s'empoisonnent à distance, la difficulté croissante de vivre ensemble, deux cultures opposées à la source, dans ce petit territoire, ne présage pas de lendemains qui chantent. Mais comme le dit sur un air de dabké cette chanson populaire que nous avons apprise enfants, le Liban est « une petite forteresse dont le cœur est si grand qu'il peut contenir le monde ». Et le monde nous contiendrons, vaille que vaille.

Entre septembre et octobre Beyrouth vivra au rythme de l'art avec une rentrée culturelle sans précédent. Foires, ouvertures de galeries et de fondations, présence des plus grands créateurs, conservateurs, commissaires et critiques de notre époque, voilà qui braquera sur le Liban, pour un temps, des projecteurs autrement flatteurs que ceux qu'attire le spectacle de nos guerres et de notre déliquescence. Est-ce parce qu'il est lui-même, tant qu'il est, une de ces œuvres que l'on dit conceptuelles et qui expriment en un seul geste étrange tout le mal-être de l'humanité ? Voilà bien le fragile rosier dont parle Amin Maalouf, que les producteurs de Bourgogne postent en sentinelle autour des vignes afin qu'il prenne le premier les maladies du domaine et donne l'alerte. Frappé de plein fouet par les fléaux de ce siècle, migrations dues aux conflits et bientôt au climat, démission du politique, épuisement des infrastructures, le Liban est une nouvelle fois la sentinelle de l'Occident. S'il tombe, gare à l'effet domino.

Fifi ABOU DIB

Bientôt l'équinoxe d'automne, et l'on voudrait croire qu'il annonce une nouvelle saison. L'été fut lourd et sale, tant et si bien qu'il fallut vraiment y mettre du sien pour sauver l'ambiance. Cette touffeur, ce ciel plombé, cette saleté rampante nous voilent la face radieuse de la vie et du monde. Ou bien est-ce réellement le monde qui, au tournant du millénaire, a cessé d'être respirable ? Se peut-il qu'en si peu de temps, une poignée d'années, tous les cataclysmes annoncés aient décidé de s'abattre de concert sur une planète qui n'en peut déjà plus ?
Est-ce le Liban qui fait mal à voir ou bien avons-nous du mal à le voir sous la chape fuligineuse qui nous fait le pas lent et le souffle las ? Tout à coup, infrastructures et service public s'effondrent comme en bout de course, résultat de plusieurs années...
commentaires (8)

Bravo Fifi pour cet espoir de sentinelle

WORM Ramza

09 h 17, le 18 septembre 2015

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Commentaires (8)

  • Bravo Fifi pour cet espoir de sentinelle

    WORM Ramza

    09 h 17, le 18 septembre 2015

  • Les libanais vont-ils vous lire, vous écouter? Je doute Ils sont complètement sous la coupe de politicards Toutes les confessions installés au Liban depuis des siècles sont phagocytées par une seule, la main armée des chiites qui ont réussi à embaucher un général maronite qui rêve de devenir calife sous leurs ordres Je partage totalement votre vision de la situation On ne peut mieux la décrire Nous avons besoin de vous lire pour sentir une autre odeur du Liban, notre beau pays livré à la horde dévastatrice de ces nouveaux barbares

    FAKHOURI

    20 h 27, le 17 septembre 2015

  • Bravo Fifi

    Nayla Abou Khater

    12 h 43, le 17 septembre 2015

  • POURQUOI SE CACHER DERRIÈRE SON PETIT DOIGT ? LES ACHETÉS ET VENDUS... DEPUIS AU MOINS PLUS DE TROIS DÉCENNIES "SUIVISTES FANATIQUES ET ERRFRÉNÉS" " DE TOUTES LES NATIONALITÉS EXCEPTÉS LIBANAIS" "BOYCOTTEURS ET NULLITÉS AUJOURD'HUI" SONT LA GANGRÈNE QUI A RONGÉ ET RONGE ENCORE CE PAUVRE PAYS !!! LE MALHEUR ON NE PEUT S'EN DÉBARRASSER QUE CONSTITUTIONNELLEMENT... À MOINS QUE L'HERCULE ENCORE SILENCIEUX NE S'EN MÊLE ! MAIS LÀ AUSSI LES CHOSES NE SONT PAS FACILES ! PAUVRE PAYS ! PAUVRE PEUPLE ! DES OTAGES DONT L'ESPOIR MÊME LEUR EN EST PRATIQUEMENT INTERDIT...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 44, le 17 septembre 2015

  • Plutôt, "Le Liban est une nouvelle fois la sentinelle de l'Orient. S'il tombe, gare à l'effet domino en cet Orient." !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 22, le 17 septembre 2015

  • "Et comment la démographie communautaire libanaise réagira-t-elle au déséquilibre annoncé" par l'afflux de tous ces "chrétiens" d'Orient Syriaques, Arméniens, Assyriens, Chaldéens etc. !? Comment vont donc réagir les "chrétiens" libanais originel tels bien sûr les Orthodoxes et mêmes les maronites et les catholiques ex-Orthodoxes, sans oublier bien sûr.... "les Mus" ?!

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 46, le 17 septembre 2015

  • DEUX millions de Syriens.... au Liban ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 45, le 17 septembre 2015

  • C'est peut-être le top du chaos. Il faut un Amin Maalouf -et une Fifi Abou Dib- pour y voir de "fragiles rosiers protégeant les vignes des vers" de la pourriture totale.

    Halim Abou Chacra

    03 h 42, le 17 septembre 2015

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