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Moyen Orient et Monde - Kenya

À Nairobi, un mémorial de l’insurrection des Mau Mau payé par l’ancien colon britannique

Au moins 10 000 Mau Mau ou présumés tels ont perdu la vie lors de la révolte et de son implacable répression.

Un mémorial en l’honneur des victimes de torture durant l’ère coloniale britannique a été érigé à Nairobi, au Kenya. Tony Karumba/AFP

Ce fut une des plus sanglantes insurrections contre l'Empire britannique, et, pourtant, les milliers de personnes tuées, torturées ou détenues lors de la révolte des Mau Mau au Kenya ont longtemps été oubliées. Elles ont désormais un mémorial financé, fait rare, par l'ex-colon. La guérilla des Mau Mau, qui revendiquait les terres fertiles possédées par les colons blancs et auxquelles les Kényans n'avaient pas accès, a terrorisé les colons britanniques au Kenya entre 1952 et 1960. À l'époque, l'assassinat de 32 colons avait monopolisé l'attention. Mais le nombre de Kényans tués dans l'insurrection fut autrement plus élevé. Au moins 10 000 Mau Mau ou présumés tels ont perdu la vie – certains historiens affirment que le nombre de victimes serait deux fois plus élevé – lors de la révolte et de son implacable répression. Des milliers de personnes furent torturées et des dizaines de milliers d'hommes et de femmes emprisonnés – parmi lesquels le grand-père du président des États-Unis Barack Obama –, parqués dans des camps de détention entourés de barbelés. Pour honorer la mémoire de ces victimes, un mémorial a été érigé dans le parc Uhuru (Liberté en swahili), en plein cœur de Nairobi. Si ce monument est le fruit d'un projet mené conjointement par l'Association des vétérans Mau Mau, le Royaume-Uni et la Commission kényane des droits de l'homme, sa facture de 124 000 euros a été entièrement réglée par Londres. La statue, qui sera dévoilée aujourd'hui, représente un combattant Mau Mau reconnaissable à ses dreadlocks caractéristiques et son fusil artisanal, recevant un panier de nourriture des mains d'une femme. Les deux personnages évitent de se regarder : ils ne pourront dénoncer l'autre, s'ils se font arrêter et torturer.

Actes de torture
« Le gouvernement britannique comprend la douleur et la peine ressenties (...) et reconnaît que les Kényans ont été soumis à des actes de torture et d'autres formes de maltraitance de la part de l'administration coloniale. » Cette phrase prononcée en 2013 par le ministre des Affaires étrangères britannique de l'époque, William Hague, est apposée sur le mémorial. « Le gouvernement britannique regrette que ces abus aient eu lieu », est-il écrit.
L'édification de ce mémorial fait suite à la décision en juin 2013 du Royaume-Uni de compenser plus de 5 200 Kényans torturés et maltraités durant l'insurrection. Au terme de quatre ans de bataille juridique, un accord a finalement été trouvé, et la somme de 27 millions d'euros – qui n'inclut pas le coût du mémorial – a été arrêtée.
Pour l'auteur d'un des premiers livres documentant les abus épouvantables qui ont été commis, Histories of the Hanged (Histoires des pendus), le professeur David Anderson, ce mémorial était « nécessaire et attendu depuis longtemps », près de 50 ans après l'arrêt des combats. « Ce geste sera plus bénéfique que toute somme d'argent qui pourrait être versée », estime M. Anderson. « Il s'agit du premier mémorial de ce genre à ressortir de ce type de processus contradictoire », précise le professeur d'histoire à l'université britannique de Warwick, se référant à la bataille judiciaire.

Peter MARTELL/AFP

Ce fut une des plus sanglantes insurrections contre l'Empire britannique, et, pourtant, les milliers de personnes tuées, torturées ou détenues lors de la révolte des Mau Mau au Kenya ont longtemps été oubliées. Elles ont désormais un mémorial financé, fait rare, par l'ex-colon. La guérilla des Mau Mau, qui revendiquait les terres fertiles possédées par les colons blancs et auxquelles les Kényans n'avaient pas accès, a terrorisé les colons britanniques au Kenya entre 1952 et 1960. À l'époque, l'assassinat de 32 colons avait monopolisé l'attention. Mais le nombre de Kényans tués dans l'insurrection fut autrement plus élevé. Au moins 10 000 Mau Mau ou présumés tels ont perdu la vie – certains historiens affirment que le nombre de victimes serait deux fois plus élevé – lors de la révolte et de son implacable...
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