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Moyen Orient et Monde - Éclairage / Australie

« Notre gouvernement doit ouvrir son cœur»

La politique restrictive du gouvernement Abbot commence à faire grincer des dents parmi l'opinion publique.

Des milliers d’Australiens se sont rassemblés à travers le pays, lundi, à la mémoire d’Aylan Kurdi pour demander aux autorités de faire entrer davantage de réfugiés. William West/AFP

Les migrants qui veulent gagner l'Australie sont repoussés en haute mer, ceux qui touchent terre sont incarcérés dans des camps au large, mais la politique extrêmement restrictive de ce pays bâti sur l'immigration commence à heurter une opinion émue par le sort des Syriens.
Alors que l'Europe a entrouvert sa porte face à sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement du Premier ministre conservateur Tony Abbott a interdit avec succès l'accès de son île. Aucun bateau de réfugiés n'a atteint ses rives depuis plus d'un an. Ils étaient peu nombreux en 2008, mais en 2013, des embarcations chargées de migrants venus d'Afghanistan, du Sri Lanka et du Moyen-Orient arrivaient quasi quotidiennement. Des centaines de personnes sont mortes noyées dans les eaux dangereuses de l'Australie septentrionale.
Les réfugiés continuent d'être acceptés au titre d'un programme humanitaire limité à 13 500 places par an. Mais surtout, les bateaux de clandestins sont systématiquement refoulés par les bâtiments de la marine australienne et le plus grand secret règne sur ces opérations en haute mer. Ceux qui parviennent quand même à passer sont exilés dans des camps de rétention sur deux îles du Pacifique.

Les lignes bougent
Il n'y a plus de noyades, mais les défenseurs des droits de l'homme dénoncent sans relâche l'incarcération des demandeurs d'asile, y compris des enfants, pour des périodes indéfinies, politique cruelle qui viole les obligations légales de l'Australie. Des enfants ont subi des abus sexuels dans ces camps qui accueillent plus de 1 500 personnes, des migrants s'y sont suicidés, accusent-ils encore.
L'opinion est restée largement à l'écart de la controverse. Mais les images du corps d'Aylan Kurdi, le petit Syrien de trois ans échoué sur une plage turque, qui ont choqué le monde entier, commencent à faire bouger les lignes. Des milliers d'Australiens se sont rassemblés à travers le pays, lundi, à la mémoire d'Aylan Kurdi pour demander aux autorités de faire entrer davantage de réfugiés dans ce pays multiculturel nourri par des vagues d'immigration successives. « Nous avons tous été émus aux larmes par les images poignantes de cet enfant noyé », a reconnu M. Abbott devant le Parlement. L'Australie va prendre sa part du fardeau, a-t-il assuré. « Le gouvernement a la ferme intention d'accueillir un nombre significatif de gens venant de Syrie cette année », a-t-il dit, sans toutefois avancer de chiffre.
Les associations humanitaires demandent à Canberra d'augmenter son programme d'accueil des réfugiés à 30 000 personnes. « Notre gouvernement doit ouvrir son cœur, son esprit, sa porte », souligne Pamela Curr, du Centre de ressources pour les demandeurs d'asile. Y compris au sein du Parti libéral (conservateur) du chef du gouvernement, qui soutenait jusqu'alors comme un seul homme sa politique de fermeté, des voix s'élèvent pour réclamer plus de générosité. Un parlementaire a même parlé d'accueillir 50 000 Syriens.
Néanmoins, il semble que l'Australie ne soit pas prête à cesser d'arrêter les bateaux. Le ministre de l'Immigration, Peter Dutton, a souligné la semaine dernière que cette politique était essentielle pour éviter les désastres humanitaires. « Notre politique est respectueuse de la loi. Elle est sûre. Elle marche. Elle sauve des vies », a-t-il martelé.

Madeleine COOREY/AFP

Les migrants qui veulent gagner l'Australie sont repoussés en haute mer, ceux qui touchent terre sont incarcérés dans des camps au large, mais la politique extrêmement restrictive de ce pays bâti sur l'immigration commence à heurter une opinion émue par le sort des Syriens.Alors que l'Europe a entrouvert sa porte face à sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement du Premier ministre conservateur Tony Abbott a interdit avec succès l'accès de son île. Aucun bateau de réfugiés n'a atteint ses rives depuis plus d'un an. Ils étaient peu nombreux en 2008, mais en 2013, des embarcations chargées de migrants venus d'Afghanistan, du Sri Lanka et du Moyen-Orient arrivaient quasi quotidiennement. Des centaines de personnes sont mortes noyées dans les eaux dangereuses de l'Australie...
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