Des manifestants étaient réunis dimanche soir pour condamner l’opération du PKK. Adem Altan/AFP
Le gouvernement turc a promis hier d'éradiquer les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) au lendemain de l'opération la plus meurtrière menée depuis des années contre les forces armées.
Vingt-quatre heures après une attaque qui a ravivé en Turquie le spectre des « années de plomb » du conflit kurde, le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu a condamné fermement les « terroristes » du PKK. « Quoi qu'il advienne, il faut nettoyer ces montagnes de ces terroristes ! Un point c'est tout », a tonné M. Davutoglu devant la presse. « Si certains veulent pousser la Turquie dans un cercle de feu, qu'ils sachent que notre plus grande force est notre unité et notre intégrité autour de la sécurité de notre nation », a-t-il ajouté.
Rompant un long silence qui a alimenté toutes les rumeurs, le commandement de l'armée turque a enfin livré hier le bilan de l'embuscade qui a visé un convoi militaire près de Daglica (Sud-Est), dans la province de Hakkari frontalière de l'Irak. « Seize de nos courageux frères d'armes sont tombés en martyrs dans leurs véhicules », a indiqué l'état-major dans une déclaration publiée sur son site Internet, ajoutant que six autres soldats avaient été blessés. Selon un porte-parole du PKK, Bakhtiar Dogan, l'opération s'est soldée par la mort de 31 soldats turcs, dont un général. M. Davutoglu a dénoncé les affirmations du mouvement rebelle, évoquant une « opération psychologique » destinée à « démoraliser la nation ». « Nous devons montrer un front uni face à cette propagande », a-t-il exhorté.
Lancées dès dimanche soir, les opérations de représailles de l'armée turque se sont poursuivies hier. L'état-major a rapporté que les frappes aériennes des chasseurs F-16 et F-4 turcs avaient visé 23 positions rebelles et tué, selon l'agence de presse progouvernementale Anatolie, de « nombreux terroristes ».
Escalade
Pour rappel, fin juillet, le gouvernement turc a ordonné une série de frappes aériennes contre les bases des rebelles kurdes dans le nord de l'Irak, en représailles à des attaques rebelles contre ses forces de sécurité.
Selon le dernier bilan de la presse progouvernementale, ces affrontements ont tué plus de 90 soldats ou policiers et un millier de rebelles.
Cette escalade intervient alors que M. Erdogan a convoqué des élections législatives anticipées pour le 1er novembre. Lors du scrutin du 7 juin, son parti de la Justice et du Développement (AKP) a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis 12 ans au Parlement. M. Erdogan espère que son parti la retrouvera en novembre pour instaurer un régime présidentiel fort. « Si un parti au Parlement avait obtenu 400 députés (sur 550) pour changer la Constitution, cela ne se serait pas produit », a-t-il lancé dimanche à la télévision.
Le chef de file de l'opposition social-démocrate, Kemal Kiliçdaroglu, a violemment riposté hier en l'accusant de souffler sur les braises du conflit pour satisfaire ses ambitions présidentielles. « Tu as plongé le pays dans un bain de sang pour tes 400 députés », lui a-t-il lancé sur son compte Twitter.
Son homologue ultranationaliste Devlet Bahçeli a lui aussi mis en cause l'homme fort du pays, dénonçant la politique d'une minorité, qui, a-t-il dit, « occupe le gouvernement turc ». Le coprésident du parti prokurde Selahattin Demirtas a tenté d'apaiser les esprits. « Nous ne céderons pas aux politiques guerrières », a-t-il dit, en appelant à « la paix et la fraternité » pour éviter un « désastre ».
Dans plusieurs villes, des manifestants sont descendus dans les rues dès dimanche soir pour condamner l'opération du PKK. D'autres rassemblements de protestation étaient prévus hier soir.
Malgré les violences et les tensions, le Premier ministre a assuré hier que les élections se dérouleront normalement « dans des conditions démocratiques » et appelé tous les partis politiques à faire front « main dans la main » contre les « terroristes ».
(Source : AFP)


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