La Norvège sous la coupe des Russes ? Une fiction télévisée imaginant la prise de contrôle par Moscou des précieuses ressources norvégiennes d'hydrocarbures provoque le courroux des autorités russes, exaspérées de camper le rôle de l'agresseur.
Sur fond de tensions entre Occidentaux et Russes autour du conflit en Ukraine, la série Okkupert (« Occupé ») qui doit être diffusée à partir du mois prochain en Norvège a fait des remous au sein de la diplomatie russe.
« Il est vraiment très regrettable qu'en cette 70e année de l'anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, les auteurs d'une série, oublieux apparemment de la contribution héroïque de l'armée soviétique dans la libération du nord de la Norvège de l'occupant nazi, aient décidé dans la pire tradition de la guerre froide d'effrayer le public norvégien avec une menace infondée venant de l'est », a réagi l'ambassadeur de Russie à Oslo, Viatcheslav Pavlovski, dans un courriel à l'AFP.
Sur un scénario écrit par le roi du polar Jo Nesbø, la superproduction de 90 millions de couronnes (environ 10 millions d'euros) – la plus chère de l'histoire norvégienne – invente une Norvège qui, « dans un avenir proche », plongerait la planète dans une crise énergétique en renonçant à la production d'hydrocarbures suite à une catastrophe écologique.
Avec la bénédiction de l'UE et alors que les États-Unis se sont retirés de l'Otan, la Russie s'immisce chez son voisin scandinave pour relancer l'exploitation de pétrole et de gaz naturel.
« Ils commentent une série qu'ils n'ont pas encore vue », a déploré auprès de l'AFP le réalisateur Erik Skjoldbjaerg, reprochant aux Russes une « opposition de principe ».
« Nous avons joué avec la réalité géopolitique et nous avons créé une Norvège fictive, une Russie fictive et un contexte international fictif », a-t-il ajouté, soulignant qu'il s'agit d'une « occupation de velours » sans invasion militaire.
Idée née avant la crise ukrainienne
Mais l'explication passe mal chez les Russes. « Bien que ses auteurs soulignent constamment qu'il s'agit d'une fiction, ce sont des pays bien réels qui sont montrés dans ce film et la Russie, malheureusement, hérite du rôle d'agresseur », a fait valoir M. Pavlovski, en excluant toutefois toute réaction « hystérique » de la part de Moscou.
La série, dont le premier des dix épisodes sera diffusé le 4 octobre, arrive à un moment sensible. Américains et Européens accusent la Russie de s'être ingérée militairement dans le conflit ukrainien qui a plongé les relations entre les anciens adversaires de la guerre froide dans la crise la plus grave depuis l'implosion de l'URSS.
« L'idée est née et la production lancée bien avant la situation politique apparue en Ukraine, a souligné M. Skjoldbjaerg. Okkupert n'est en rien un commentaire de cette situation. »
« Elle traite en premier lieu de la Norvège et des Norvégiens, de ce qui se passe dans un pays occupé où la vie semble suivre son cours mais où certains sont prêts à se sacrifier pour lutter pour la liberté », a abondé Christopher Haug, chef de la fiction chez TV2.
La chaîne commerciale qui diffusera la série dit avoir rencontré en amont des gens de l'ambassade sans, semble-t-il, réussir à désamorcer leur irritation.
Entretenant généralement des rapports de bon voisinage, la Norvège et la Russie ont vu leurs relations se dégrader avec la crise ukrainienne : même s'il n'en est pas membre, le royaume nordique a adopté les mêmes sanctions commerciales que l'UE à l'égard de la Russie, laquelle a riposté avec des mesures de représailles.
Sur le plan militaire, Oslo a fait état d'une recrudescence des activités russes au large de ses côtes l'an dernier dans l'Arctique. « On ne considère pas aujourd'hui que la Russie représente une menace militaire pour la Norvège, mais nous devons continuer de suivre ce qui se passe dans notre voisinage », estimait le chef d'état-major des armées, Haakon Bruun-Hanssen, en avril.
Quelques mois plus tôt, la ministre de la Défense Ine Eriksen Søreide avait estimé sur CNN qu'une normalisation avec Moscou était impossible, avant de modérer ses propos.
Pierre-Henry DESHAYES/ AFP


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