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Chrétiens d’Orient

À Maaloula, village martyr, le défi de la réconciliation

Dans les rues de ce petit village encastré entre trois montagnes, l'araméen résonne à nouveau, la plupart des habitants sont revenus depuis Pâques 2014.

Le couvent Saints-Sarkis-et-Bacchus, à Maaloula, après la reprise du village chrétien par le régime syrien en avril 2014. Khaled al-Hariri/Reuters

L'entrée du village porte encore les traces de l'attentat-suicide perpétré par un Jordanien le 4 septembre 2013. Ce jour-là, Maaloula est réveillée par une bruyante explosion. Puis, dans l'une des premières maisons du village, trois barbus entrent et demandent au couple âgé qui y habite de prononcer les mots « Allah Akbar ». Les jihadistes sont étonnés d'entendre cette vieille femme leur répondre qu'elle considère aussi que Dieu est le plus grand. Lorsqu'elle leur précise qu'elle veut rester fidèle au Christ, l'un des hommes attrape une statue de la Sainte Vierge qui se trouve dans la chambre et la brise au pied du lit, avant de quitter la maison.
Quelques mois plus tard, Maaloula passait sous le contrôle des rebelles, dont des jihadistes du Front al-Nosra affiliés à el-Qaëda.

Aujourd'hui, dans les rues de ce petit village encastré entre trois montagnes, l'araméen que parlent encore les maaloulites résonne à nouveau, la plupart des habitants sont revenus depuis Pâques 2014, date du départ des rebelles. Plusieurs maisons ont été totalement détruites, d'autres brûlées et les églises portent les stigmates des violents combats qui se sont déroulés dans le village, mais la vie reprend.
Grâce à l'aide de l'association française SOS Chrétiens d'Orient créée après l'attaque de Maaloula, plusieurs commerces ont pu rouvrir dans le village, alors que les magasins avaient été pillés : des ateliers de marqueterie, de menuiserie, un bijoutier, un boulanger, un comptable... Une aide a également été fournie à certaines femmes du village qui confectionnent des chapelets et des sablés ensuite vendus en France.

« Notre religion est celle de la Résurrection : la vie qui triomphe sur la mort », martèle le patriarche grec-melkite catholique Grégoire III Laham dans l'une des églises du village. Parfaitement restaurée un an avant le début de la guerre, cette église St-Lawandios a été ravagée par le feu et les destructions infligées à toutes les représentations religieuses. Le déblaiement a été laborieux : les ossements de plusieurs corps ont été retrouvés parmi les décombres. Sans doute à la recherche d'or, les jihadistes les ont déterrés. « Ils n'ont de respect pour rien », commente tristement le père Toufic, qui travaille sans relâche à la résurrection de son village. La trace qu'ils ont laissée est en effet celle d'une horde de sauvages sans foi ni loi.

( Lire aussi : « Mon fils n’arrive plus à aller à l’église, il se demande comment Dieu peut laisser faire » )



Lorsque l'on emprunte la route qui mène au monastère Saints-Sarkis-et-Bacchus qui surplombe Maaloula, on aperçoit une affiche sur laquelle se trouvent trois visages surmontés d'une croix : ceux des trois chrétiens assassinés parce qu'ils refusaient de se convertir à l'islam.
À hauteur de cette affiche se trouve la maison d'Antoine, dans laquelle le sang de ces martyrs a coulé. L'une des sœurs d'Antoine se souvient : « Nous étions à l'intérieur, ils ont demandé à parler aux hommes en promettant qu'ils auraient la vie sauve. Mon frère est sorti avec les deux autres, ils leur ont demandé leurs prénoms. Ils ont été abattus un à un parce qu'ils refusaient de renier le Christ », sanglote-t-elle.
Six chrétiens sont encore entre les mains de ces islamistes. Leur absence est douloureuse : la veille du 15 août, les habitants ont l'habitude de célébrer la vigile de l'Assomption jusqu'au petit matin par des chants et des danses. Cette année, les lumières s'éteignent à 23 heures, par respect pour ces otages. Le lendemain, la petite fille de l'un d'entre eux est baptisée : sa mère voulait attendre le retour de son père mais la fillette a maintenant deux ans et personne n'a aucune nouvelle...

Les habitants aimeraient retrouver le passé paisible de Maaloula, mais l'avenir présente un défi majeur : la coexistence entre les chrétiens qui représentent les trois quarts de la population, et les musulmans dont certains d'entre eux se trouvaient parmi ceux qui ont attaqué le village.
« Nous n'avions pas d'ennemis dans le village, nous ne comprenons pas pourquoi certains nous ont trahis », regrette l'une des doyennes du village, qui se souvient avoir fêté Noël et le Fitr avec ses voisins musulmans. La confiance a été rompue. « Ce qui me peine, c'est de ne pas réussir encore à pardonner », confie une jeune chrétienne du village qui se promet pourtant d'y parvenir un jour « par la prière et la volonté ».
Mais tous précisent que la réconciliation ne dépend pas seulement d'eux. « Nous, chrétiens, avons toujours réussi à vivre avec tout le monde, poursuit la jeune fille, nous voulons simplement être sûrs que ceux avec qui nous vivons acceptent également notre présence. » Pour l'instant, cinq familles musulmanes se sont réinstallées dans le village et le père Toufic s'applique à favoriser la meilleure entente possible. Un défi de taille.

 

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