Qu'il soit dans les coulisses ou sur scène, le musicien camerounais reste un homme simple et sympathique. Une variable est cependant assez remarquable. Durant les interviews, Richard Bona semble suspicieux dans un premier temps – regards sombres et sourcils froncés s'enchaînent lorsqu'il écoute les questions – avant de se détendre et de se livrer avec le sourire (voir ci-contre). Ponctuel, c'est à 20h30 qu'il apparaît sous les projecteurs. Décontracté, accompagné de musiciens qui viennent des quatre coins du monde, le (bientôt) cinquantenaire semble ici chez lui. Comme il le serait sur une scène de Brooklyn. Il diffuse ses mélodies aux confins du jazz, de la salsa, du blues et de la world music dans les vestiges de Baalbeck.
Sans retenue. Afin de « rassurer » son auditoire, il dit avoir choisi son camp à propos du hommos. « C'est, sans conteste, le hommos libanais qui est le meilleur », affirme le musicien africain de naissance, devenu européen, puis américain par les hasards de ses rencontres musicales. Stevie Wonder, Manu Dibango, Pat Metheny, Paul Simon, George Benson, Jacques Higelin... Autant d'artistes qui ont croisé son chemin et lui ont permis de se construire, d'être surtout un musicien caméléon. Aucun style ne lui échappe, la scène reste son terrain de jeu préféré.
Après son morceau Shiva Mantra, Richard Bona reprend Teen Town de Jaco Pastorius, l'homme qui l'a fait aimer le jazz au début des années 80. Le musicien fait ensuite chanter le public et éclate de rire lorsqu'il demande que seules les femmes de plus de 40 ans l'accompagnent. Seul un mince filet de voix s'élève alors. « Ah oui, j'avais oublié. Les femmes de plus de 40 ans n'existent pas au Liban », s'exclame-t-il hilare. Sa bonne humeur réjouissante fait son effet sur le public qui se délecte enfin de ses riffs funky. Impossible de vivre sans musique(s), Richard Bona a fait entendre hier soir son message avec d'autant plus d'acuité en ces lieux hautement symboliques. La culture, d'où qu'elle vienne et même en quantité homéopathique, reste un outil de résistance massive face aux intolérances de tout genre.
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