Du train où vont les choses, peut-être bien qu'il faudra que l'on apprenne un jour le farsi, en deuxième ou troisième langue, dans les écoles libanaises. Après tout, certaines universités proposent déjà des cours de chinois, et, pour les commerçants comme pour les entrepreneurs, Téhéran est bien plus proche que Pékin ou Shanghai. Plus proche et bien plus agissant.
En attendant, on ne peut que s'en remettre au savoir-faire de ces doctes traducteurs qui accompagnent les hauts personnages dans leurs déplacements à l'étranger. Mais on n'est pas plus avancé pour autant : reste alors, en effet, tout un travail de décryptage avant d'accéder à la réalité de la pensée de ces messieurs. C'est bien ce qu'on a pu constater une fois de plus lors du tout récent séjour à Beyrouth du ministre iranien des Affaires étrangères.
Négociateur chevronné, diplomate rompu à toutes les ficelles du métier, Mohammad Javad Zarif a littéralement conquis le secrétaire d'État américain John Kerry, son principal interlocuteur dans le dossier du nucléaire iranien. Mais il a laissé sur leur faim les Libanais, peu portés sur le jeu de devinettes et qui attendaient candidement l'annonce de quelque retombée positive, sur leur pays, de cet accord historique : quelque bout de viennoiserie en ces temps de sévère diète politique.
On aura apprécié, bien sûr, l'hommage appuyé qu'a rendu le distingué visiteur à ce saint homme de Tammam Salam qui endure stoïquement les pires tourments qu'ait jamais connus Premier ministre libanais. Mais il s'avère – après décodage – que l'Iran ne lèvera pas le petit doigt pour lui faciliter la tâche en rappelant à l'ordre ses poulains locaux ou bien en favorisant une élection présidentielle : la raison en étant que la République islamique répugne, comme tout le monde sait, à s'ingérer dans les affaires intérieures des autres États. L'Iran tient néanmoins à la stabilité du Liban : en clair, à la prolongation du statu quo. Merci du peu !
Le très compétent Mohammad Javad Zarif est, par-dessus tout, un homme servi, comblé, par la chance. Celle, par exemple, d'avoir trouvé à Beyrouth un faire-valoir de rêve. Celle d'avoir eu pour répondant un personnage aussi prompt et enthousiaste à la réponse (même quand on ne l'a pas appelé) que le ministre libanais des Affaires étrangères. Car si l'envoyé de Téhéran n'a guère surpris en saluant cette terre de résistance qu'est, selon lui, notre pays, notre diplomate en chef a surenchéri en se portant volontaire pour placer Liban et Iran dans la même tranchée, envers et contre la politique officielle de neutralité face aux axes régionaux. Lui en demandait-on vraiment autant ?
Étonnamment mesurés paraissent, par contraste, les propos de Hassan Nasrallah qui célébrait, hier, le neuvième anniversaire de la divine victoire du Hezbollah contre Israël. Qu'il s'agisse de la Syrie ou du Yémen, le leader chiite a repris des thèmes bien connus. Au plan local cependant, et tout en protestant de son indéfectible soutien à ses alliés du Courant patriotique libre, il s'est fait le chantre d'un dialogue national visant à procurer paix et sérénité aux diverses communautés libanaises, qu'unit pour le moment la même angoisse du lendemain.
À la bonne heure : une bouchée de viennoiserie, ça ne se refuse pas...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
En attendant, on ne peut que s'en remettre au savoir-faire de ces doctes traducteurs qui accompagnent les hauts personnages dans leurs déplacements à l'étranger. Mais on n'est pas plus avancé pour autant : reste alors, en effet, tout un travail de décryptage avant d'accéder à la réalité de la pensée de ces messieurs. C'est bien ce qu'on a pu constater une fois de plus lors du tout récent séjour à Beyrouth du ministre iranien des Affaires...


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