Liban

La lettre d'adieu de Fletcher aux Libanais : terriblement émouvante, et un humour tellement british...

OLJ
03/08/2015

Dans une lettre particulièrement touchante, l'ambassadeur du Royaume-Uni, Tom Fletcher, a fait ses adieux aux Libanais, non sans leur insuffler une bouffée d'espoir en un avenir meilleur, que le citoyen est appelé à édifier de ses propres mains, comme il le préconise. Ne ménageant à aucun moment la classe politique libanaise, décrivant dans un style percutant les réalités amères du quotidien libanais, l'ambassadeur a déversé dans ses phrases une charge d'amour inébranlable à l'égard du Liban et de son peuple.
Voici quelques extraits de sa lettre :
« Je quitte votre pays extraordinaire après quatre ans. Contrairement à vos responsables politiques, je ne peux pas proroger mon mandat.
« J'ai rêvé du Beirutopia et du Liban 2020, mais j'ai vécu la réalité macabre de la guerre syrienne.
« Des balles et du botox. Des dictateurs et des divas. Des seigneurs de la guerre et des wastas. Des machiavels et des mafieux. Des armes, de la cupidité et Dieu. Le Game of Thrones avec des RPG. Les droits de l'homme couplés aux droits du hommos. Quatre marathons, 100 blogs, 10 000 tweets, 59 entretiens téléphoniques avec les chefs de gouvernement, 600 et plus longs dîners, 52 allocutions pour des cérémonies de remise de diplômes.
« On m'a même offert un lifting des fesses, dont le coût dépassait la limite de la valeur des cadeaux que nous avons le droit d'accepter, soit 140 pounds. Du coup, cette intervention intimidante n'a jamais eu lieu.
« La vie politique dans votre pays est tout aussi déconcertante, pour les ambassadeurs aussi bien que pour les citoyens libanais.
« Certains oligarques nous disent qu'ils sont d'accord pour amorcer un changement, mais sont incapables de le faire. Ils nous flattent et nous nourrissent. Ils compliquent inutilement les choses en y ajoutant les ingrédients du complot, des rectificatifs créatifs, des intrigues. Ils sapent le travail des leaders qui œuvrent en vue de l'intérêt national. Ils ne font simplement rien et blâment les adversaires, une communauté tierce, les accords de Sykes-Picot, Israël, l'Iran, l'Arabie saoudite (éliminer les variables selon les besoins). Ils nous demandent alors de faire passer l'ami de leur cousin en premier et avant tous ceux qui attendent leur tour pour faire leur demande de visa. C'est digne des romans d'Orwell, c'est exaspérant et destructif pour les citoyens libanais qu'ils sont censés servir.
« Lorsque le Moyen-Orient était à feu et à sang et les peuples de la région pris entre les tyrans et les terroristes, le Liban dont je me souviens a envoyé ses soldats pour protéger les frontières, a affronté les frustrations au quotidien pour édifier des entreprises et éduquer ses enfants, faisant preuve d'une générosité extraordinaire à l'égard des étrangers, que ce soit les ambassadeurs ou les réfugiés. Le Liban dont je me souviendrai n'est pas en train de demander de l'aide, mais de l'oxygène. Il ne planche pas sur le passé, mais discute du futur.
« Ceux qui regarderont en arrière pour voir la période difficile que nous avons traversée se demanderont : comment le Liban a-t-il survécu ? Nous connaissons déjà la réponse : Ne sous-estimez jamais le peuple le plus tenace de la planète. Un peuple qui, durant des millénaires, a bravé les obstacles.
« Ils disent que le Liban est la tombe de l'idéalisme. Pas mon Liban à moi. J'ai eu le privilège de mener cette lutte à vos côtés. Je suis convaincu que vous pouvez défier l'histoire, la géographie, même la politique. Vous pouvez édifier le pays que vous méritez. Peut-être aussi, cesser d'importer les problèmes pour exporter plutôt les solutions. (...) Vous devez être plus forts que les forces qui vous déchirent. Vous devez vous battre avec ardeur.
« J'ai réalisé que si l'on ne peut pas gagner le débat autour de la tolérance et de la diversité au Liban, on le perdra partout ailleurs. C'est la raison pour laquelle nous avons voulu aider, c'est par ce qu'il y va également de notre intérêt national.
« C'est la ligne de front d'une bataille bien plus grande. Car les lignes de clivage ne sont pas entre chrétiens et musulmans, entre chiites et sunnites, entre l'Est et l'Ouest, mais entre ceux qui croient à la coexistence, et ceux qui n'y croient pas.
« Alors, si l'Internet ne marche pas, installez un nouveau réseau. Si le courant électrique ne fonctionne pas, construisez un nouveau générateur. Si la politique ne progresse pas, édifiez d'autres politiques. Si l'économie est embourbée dans la corruption et que les déchets s'empilent, définissez une nouvelle économie. Si le Liban ne progresse pas, inventez un nouveau Liban. L'heure est au développement, non à la simple survie.
« Moi et l'extraordinaire équipe qui m'a accompagné à l'ambassade continuons d'acheter des actions dans le Liban 2020. Je conclus ma mission en tant qu'ambassadeur, mais avec votre permission, je serai toujours un ambassadeur pour le Liban. »

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Farhat Charlotte

Merci pour cette lettre Monsieur l'ambassadeur.
Merci pour sa force, energie, espoir et courage que vs insufflez.
Merci pour la simplicité et la sincérité de vos propos.
Bonne continuation et avant d'oublier, ns vous accordons notre permission d'être tjrs notre ambassadeur là où sous serez.
Merci encore!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS ONT DE CES ANECDOTES... DE MÉNAGER... BIEN BRITISH !

NAUFAL SORAYA

Très belle lettre, vraiment, très émouvante... et beaucoup d'amoiur pour le liban!

Merci pour ce bol d'oxygène dont nous avons tant besoin!!!

Halim Abou Chacra

L'ambassadeur Fletcher, très "british", ne dit évidemment aucun mot sur les chefs politiques dépourvus d'équilibre, qui font le malheur du Liban.

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