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Le projet de l’architecte libanaise Lina Ghotmeh présélectionné pour « réinventer Paris »

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03/08/2015

En novembre 2014, la mairie de Paris présentait son appel à projets urbains baptisé Réinventer Paris. Un plan visant à « remettre les clés de la fabrication de vingt-trois territoires » à « tous ceux qui contribuent à la fabrication de la ville », avait expliqué Anne Hidalgo, la maire de la capitale française. Au cœur de ce projet, un mot d'ordre : l'innovation architecturale, urbaine et sociale.

Ce plan concerne 23 sites parisiens appelés à être réinvestis et réinventés. C'est pour l'un de ces sites, la gare désaffectée de Massena, dans le XIIIe arrondissement, que le projet de Lina Ghotmeh, architecte libanaise à la tête du groupe DGT Architects, a été présélectionné à la mi-juillet, avec 74 autres projets.

Si le jury composé d'experts et de représentants de l'exécutif municipal, des mairies des arrondissements concernés, des directions de la ville et des groupes politiques du Conseil de Paris, vote pour le projet de l'architecte libanaise, une « tour de Babel » se dressera sur l'espace de la gare désaffectée.
« Être retenue à ce stade du projet est une belle reconnaissance, confie Lina Ghotmeh à L'Orient-Le Jour. Je crois fortement dans le concept Ré-alimenter Masséna comme projet fédérateur et j'espère surtout le voir réalisé ! », affirme-t-elle.

Sa « tour de Babel », un immeuble de 14 étages couvert de bois, est « un lieu unique, modèle de partage et d'expérimentation, dont l'enjeu principal est de susciter une prise de conscience environnementale en créant du lien au sein du quartier, explique-t-elle. On y trouve une ferme urbaine, des logements, des espaces d'expérimentations gastronomiques, une cantine, des espaces de travail ainsi qu'une salle de concert. Le bâtiment et la gare attenante sont le tracé d'une promenade paysagère. Des rampes invitent à une promenade urbaine qui se prolonge autour du bâtiment et de la gare, une microville verticale dont le point culminant serait le ciel de Paris, habité par une ferme urbaine ».
Et l'architecte libanaise de poursuivre : « L'humanité dégagée de cette "tour de Babel" est inhérente au projet. Son expression est vivante, symbole de la diversité des cultures des hommes et des femmes. Une économie où rien ne se perd, tout se transforme. Un projet zéro déchets et zéro carbone. »


L’architecte libanaise Lina Ghotmeh.  Photo © juan rodriguez

 

« Des défis, plutôt que des difficultés »
Le Liban, et Beyrouth, où elle est née et à grandi, ne sont jamais loin des sources d'inspiration de Lina Ghotmeh. « J'ai été marquée, depuis mon enfance, par le paysage en ruine de la capitale encore plus envahi par la verdure qu'aujourd'hui, raconte-t-elle. Cela suscitait en moi un fort désir de création et déclenchait constamment mon imaginaire. » L'architecte poursuit : « J'étais surtout impressionnée par la force que la nature peut avoir à dialoguer avec le bâti et à envahir chaque ruine de guerre pour refaire surgir une beauté dans la ville à travers ce qui est réellement le résultat d'une atrocité humaine. »

Pour elle, le concept Ré-alimenter Massena résonne fort avec l'actualité libanaise, au moment où la capitale libanaise est envahie par les déchets ménagers. « Le projet est un "modèle'' que l'on peut implanter à Masséna, à Paris mais qui peut aussi être reproduit dans une autre ville, comme Beyrouth », assure-t-elle.
« Réinventer Paris » était pour la Libanaise et son équipe à DGT Architects « une ouverture pour aborder en profondeur la densité, la mixité, l'énergie ou la résilience. Préfigurer ce que pourrait être Paris demain (...) sur des sites parisiens d'exception (...) ».

Diplômée avec distinction en architecture de l'Université américaine de Beyrouth (AUB) en 2003, Lina Ghotmeh a commencé son parcours professionnel entre Paris et Londres au sein des Ateliers Jean Nouvel et Foster & Partners. Elle remporte en 2006, avec deux associés actuels, le concours international du Musée national estonien. L'année suivante, elle est lauréate du prix AJAP, un prix d'architecture décerné par le ministère français de la Culture. Profitant de cette reconnaissance, elle fonde à Paris sa propre agence d'architecture, qui compte aujourd'hui des antennes et des collaborateurs à Tokyo, à Tallin en Estonie, en Italie et à Beyrouth. Présente dans le monde académique, Lina Ghotmeh enseigne depuis 2008 à l'École spéciale d'architecture à Paris. Elle a également dirigé des ateliers internationaux et a été conférencière et membre de jurys dans des institutions prestigieuses aux quatre coins du globe.

Beyrouth garde toutefois une place parmi les projets de l'architecte qui cite à titre d'exemple Stone Gardens, un concept de logements et galerie pour la famille el-Khoury, développé par RED SAL, en association avec Batimat Architects. Le projet en construction dans la zone du port est le fruit d'une « architecture atemporelle avec la nature comme calendrier », affirme-t-elle. Au-delà de l'art de construire des bâtiments, l'architecture pour Lina Ghotmeh peut « rassembler, unir, transporter et même permettre aux habitants de jouer, de rêver, de créer... ».

Rendez-vous en janvier 2016 pour savoir si « la tour de Babel » de l'architecte libanaise fera partie, dans quelques années, du paysage parisien.

 

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