Un officier de police bahreïni inspecte le site de l’attentat à la bombe qui a causé la mort de deux policiers dans le village de Sitra le 28 juillet 2015. Mohammad al-Shaikh/AFP
À Bahreïn, deux policiers ont été tués et six ont été blessés dans un attentat perpétré hier dans un village à majorité chiite sur fond de dispute avec l'Iran, accusé de soutenir les opposants à la dynastie sunnite de ce petit royaume du Golfe. L'un des six policiers blessés est dans un état grave, a précisé le ministère de l'Intérieur sur son compte Twitter, ajoutant qu'une enquête avait été ouverte après cet attentat « terroriste ». Selon des témoins, les forces de l'ordre ont bouclé le secteur de l'attaque survenue tôt hier dans le village de Sitra, théâtre d'affrontements récurrents entre manifestants chiites et policiers. Le pays connaît en effet depuis des mois des attaques dirigées contre les forces de l'ordre, dont la plus meurtrière avait coûté la vie en mars 2014 à trois policiers, dont un Émirati.
L'attentat qui a eu lieu hier s'est, en outre, produit sur fond de tension vive avec l'Iran, accusé par Manama de soutenir des opposants issus de la majorité chiite qui réclament depuis 2011 des réformes politiques à la dynastie sunnite dirigeant Bahreïn. Dans un communiqué, la formation chiite al-Wefaq a condamné l'attentat, disant « refuser la violence d'où qu'elle vienne ».
Sous le couvert de tensions diplomatiques, Manama a rappelé samedi dernier son ambassadeur à Téhéran pour protester contre des « déclarations hostiles de dirigeants iraniens », une semaine après le discours d'Ali Khamenei affirmant le soutien de l'Iran aux « peuples opprimés » de certains pays dont Bahreïn. Le même jour, le ministère de l'Intérieur a annoncé l'arrestation de deux Bahreïnis, soupçonnés d'avoir tenté d'introduire dans le pays des explosifs et des armes en provenance d'Iran, où l'un d'eux aurait été formé au maniement des armes par les Gardiens de la révolution, armée d'élite du régime de Téhéran.
Campagne anti-Iran
Le ministère avait indiqué que des explosifs de type C4, huit fusils Kalachnikov et différentes munitions avaient été récupérés au fond de la mer lors d'une opération de police. Selon l'agence officielle BNA, les explosifs utilisés dans l'attentat de mardi sont du même type. Les deux suspects sont accusés d'avoir jeté les armes à la mer après avoir été surpris par une patrouille de police au large de Bahreïn, selon la même source.
Ce n'est pas la première fois que les autorités de Bahreïn évoquent la contrebande d'armes depuis l'Iran. Les autorités avaient annoncé le 18 juin une saisie d'armes en provenance d'Iran et d'Irak, et l'arrestation de suspects. L'Iran a répliqué dimanche en affirmant que Bahreïn cherchait à provoquer des « tensions » dans la région en lançant des accusations « infondées » contre Téhéran. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a assuré lors de sa visite au Koweït que « les affirmations de Bahreïn sont totalement fausses ». Ce dernier a accusé Manama de vouloir « empêcher tout progrès dans la coopération entre l'Iran et les autres pays du Golfe ».
L'Arabie saoudite, poids lourd du Conseil de coopération du Golfe (CCG) dont fait aussi partie Manama, et qui a envoyé des troupes à Bahreïn après les troubles de 2011, semble avoir son mot à dire. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a dénoncé lundi des « déclarations agressives » émanant de responsables iraniens. « Ceci est inacceptable pour nous », a-t-il martelé. Les Émirats arabes unis, autre membre du CCG, ont également condamné hier les « ingérences iraniennes à Bahreïn », selon l'agence officielle WAM. À Bahreïn même, les autorités et les médias ont lancé une campagne contre l'Iran. Les autorités ont demandé un sommet arabe sur cette question et l'accélération du processus d'intégration des monarchies membres du CCG. Les médias proches du pouvoir diffusent de leur côté à longueur de journée des messages de soutien à la dynastie sunnite des al-Khalifa et de dénonciation de l'Iran, émanant des dignitaires et de grandes familles locales, y compris chiites.
Mohammad HASNI


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