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Liban

L’option des « vacances ministérielles » sérieusement envisagée dès aujourd’hui

La situation
28/07/2015

Le plan de gestion des déchets, approuvé hier soir à l'unanimité par la commission ministérielle chargée du dossier et présidée par le Premier ministre, est une formule améliorée de la proposition initiale de décharger provisoirement les déchets de Beyrouth et du Mont-Liban (à l'exception de Jbeil) dans des dépotoirs existant ou improvisés en régions rurales. Le nouveau plan se fonde sur une liste de dépotoirs potentiels mise à jour (la liste initiale du ministre de l'Environnement était ancienne) et qui a déjà été approuvée par une partie des municipalités concernées. « En principe, certains dépotoirs ont été repérés en accord avec les municipalités, et pour le reste, des négociations sont en cours avec les municipalités », affirme une source ministérielle à L'Orient-Le Jour. La même source précise que rien ne sera fait sans l'accord des municipalités.
L'on apprenait que la cimenterie de Sibline est toujours incluse sur la liste, et son usage en tant que dépotoir est tributaire des contacts menés auprès des islamistes (dont le cri d'alarme s'est fait entendre hier à partir du village de Barja, dans l'Iqlim). Ils refusent d'approuver l'accord obtenu entre le Parti socialiste progressiste et le Futur pour que la cimenterie accueille 200 des 500 tonnes de la capitale. Les blocages intermittents, jusqu'après minuit hier, de l'autoroute de Jiyé dans les deux sens, paraissent en revanche hors de contexte, selon une source ministérielle, qui précise que les habitants de Jiyé ne sont pas concernés par la cimenterie de Sibline, ni leur localité n'est prévue sur la liste des dépotoirs.

Le plan annoncé hier prévoit en outre de recourir aux incinérateurs, comme « solution durable » à la gestion des déchets de Beyrouth et du Mont-Liban, explique un ministre. Les appels d'offres seront ouverts le 20 août pour la construction de deux incinérateurs, révèle-t-il. Entre-temps, la commission, qui se réunit aujourd'hui dans l'après-midi, se chargera de la procédure préalable. Des milieux ministériels précisent que « ces incinérateurs devront servir uniquement à brûler les déchets non organiques, c'est-à-dire les déchets non traités, ou dont on ne sait que faire ». Ceci signifie que « leur coût sera de loin inférieur » au coût des incinérateurs qui servent à brûler intégralement les déchets.

Plusieurs dizaines de camions ont commencé, tard dans la soirée d'hier, à collecter les déchets amoncelés depuis plusieurs jours dans la capitale. Ces camions ne devaient pas se décharger dans l'immédiat hier, mais se garer dans un terrain vague près de la Quarantaine dont la capacité d'accueil est de près de 150 véhicules. « Ces camions ne doivent se rendre vers les dépotoirs qu'après l'approbation définitive du plan en Conseil des ministres », confie la source ministérielle.
En réalité, le plan en question peut être mis en œuvre indépendamment de cette approbation : la commission ministérielle chargée du dossier des déchets, formée des ministres Akram Chehayeb, Ali Hassan Khalil, Nouhad Machnouk, Nabil de Freige, Élias Bou Saab, Arthur Nazarian, Hussein Hajj Hassan et Mohammad Machnouk, est en effet représentative de la majorité des composantes du cabinet.

 

(Lire aussi : Samy Gemayel se déchaîne contre Sukleen et la caste politique)

 

Le Conseil des ministres
Au niveau procédural, les cahiers des charges relatifs aux incinérateurs existent déjà, et l'usage des dépotoirs n'exige pas une décision du Conseil des ministres (seul l'accord du Conseil du développement et de la reconstruction et des municipalités, en coordination avec les ministères de l'Environnement et de l'Intérieur, suffit).
Autrement dit, la crise des déchets est en passe d'être réglée, tant bien que mal, en dehors du Conseil des ministres. Le timing de la formule approuvée hier, à l'issue de deux réunions marathon de la commission ministérielle, n'est pas sans lien avec l'échéance du Conseil des ministres auquel avait convoqué, aujourd'hui, le Premier ministre. Jusqu'à hier, en fin de soirée, il paraissait « fort probable » que la réunion ne se tienne pas aujourd'hui. Il est possible qu'elle soit reportée à jeudi, pour permettre aux concertations avec les municipalités d'aboutir, comme l'a souhaité hier le ministre de la Santé, Waël Bou Faour.
Un autre scénario s'annonce déjà, mais qui reste à confirmer : le Premier ministre pourrait user de sa prérogative « d'accorder des vacances au gouvernement », une prérogative que devait rappeler, dimanche, le ministre des Affaires sociales Rachid Derbas à partir du Grand Sérail.


(Lire aussi : Geagea : Nous avons eu raison de rester hors du cabinet)

Les options de Salam
Ce qui doit advenir, en somme, de la réunion du Conseil des ministres aujourd'hui est tributaire de la stratégie que Tammam Salam aura choisi d'adopter face au refus des ministres du Courant patriotique libre, entièrement soutenus par le Hezbollah, de n'examiner d'autre dossier que celui du mécanisme de l'exécutif.
Le tandem du 8 Mars lui impose les cas de figure suivants : la confrontation (le Premier ministre peut user de sa prérogative de fixer seul l'ordre du jour, en faisant fi des réactions des ministres contestataires), la paralysie (se résigner à tenir des réunions ministérielles stériles, en attendant que se décante le (faux) débat sur le mécanisme de prise de décision), ou le vide (démissionner et céder la place à un cabinet d'expédition des affaires courantes, où chaque ministre serait compétent pour gérer uniquement les affaires qui avaient été approuvées en Conseil des ministres).
De sources concordantes, on indique qu'aucun de ces cas de figure ne semble acceptable. La confrontation comporte des aléas sécuritaires, aggravés par l'incertitude actuelle des retombées politiques régionales de l'accord sur le nucléaire ; la paralysie n'est pas sans placer le Premier ministre dans une situation pour le moins embarrassante, que le Futur serait d'ailleurs le premier à refuser ; le vide, qu'instaurerait l'expédition des affaires courantes, aurait pour méfait immédiat de bloquer définitivement l'examen des dossiers socio-économiques. Cette situation pourrait paver la voie à une assemblée constituante, en faisant mûrir une grogne citoyenne, réceptive au changement, quel qu'il soit. Le Premier ministre a d'ailleurs reçu un appel téléphonique de soutien du président François Hollande, saluant « ses efforts d'empêcher la paralysie du gouvernement ». Il a également été salué par le ministre britannique Desmond Sawyne et l'ambassadeur Tom Fletcher, qui se sont rendus hier au Grand Sérail.
La démission du Premier ministre comporte également un risque pour le Hezbollah lui-même : la symbolique de la démission du premier responsable sunnite, du fait du forcing direct ou indirect du parti chiite, risque fort bien de provoquer une discorde interne, que le parti chiite serait incapable de gérer, fait remarquer un ministre du 14 Mars. L'insurrection, dimanche, des habitants de l'Iqlim el-Kharroub, refusant de recevoir « les déchets de la banlieue sud », selon une source autorisée, prouve la gravité des tensions confessionnelles.


(Lire aussi : Entretien Aoun-Mokbel centré sur les nominations)

 

Nadim Gemayel et les jeunes d'Achrafieh
Dans ce contexte nébuleux, c'est une toute autre image qui se dégageait hier en soirée à Achrafieh, où une centaine de jeunes, assistés par le député Nadim Gemayel, et vite rejoints par les habitants, ont pris l'initiative de vider les rues d'Achrafieh des déchets amoncelés. En outre, la députée Bahia Hariri, relayée par l'ancien Premier ministre, Fouad Siniora, a présenté ses excuses aux habitants de Beyrouth pour la crise des déchets qu'ils ont eu à subir.
L'enjeu est-il de préserver le containment, dans une conjoncture que certains observateurs assimilent à un nouveau 7 mai, prolongé, lent, dissimulé, mené non plus par les armes, mais par les déchets ? D'aucuns affirment à cet égard que le Hezbollah n'aurait pas l'intention au stade actuel de provoquer la chute du gouvernement. Il est certain, pour l'instant, que des vacances au gouvernement permettraient de court-circuiter les polémiques, comme les nominations sécuritaires de septembre (le report du départ à la retraite du commandant en chef de l'armée pourrait être décidé, le cas échéant, par le seul ministre compétent). Ce temps de répit permettrait surtout, à toutes les parties, de redéfinir leur stratégie à la lumière de l'accord sur le nucléaire.


(Lire aussi : Bou Saab : Le vol empêche les solutions à la crise des ordures)

 

 

Les résolutions de la commission ad hoc

La commission ministérielle ad hoc chargée du dossier des ordures ménagères a tenu hier soir une réunion au Grand Sérail sous la présidence du chef du gouvernement Tammam Salam et en présence des ministres Nabil de Freige, Akram Chehayeb, Ali Hassan Khalil, Nouhad Machnouk, Élias Bou Saab, Arthur Nazarian, Hussein Hajj Hassan, et Mohammad Machnouk.
Au terme des débats, Mohammad Machnouk a donné lecture des résolutions prises « à l'unanimité » par la commission. Les résolutions portent sur six points :
– Donner les instructions afin d'entamer immédiatement le ramassage des ordures des rues de Beyrouth.
– Répartir de manière équilibrée les ordures du Grand-Beyrouth et du Mont-Liban, à l'exception de Jbeil, dans de nouveaux emplacements.
– Créer une chambre d'opérations dans le cadre du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) pour suivre l'application des mesures prévues.
– Approuver des compensations financières aux municipalités qui accueilleront les nouvelles décharges.
– Poursuivre les mesures pour évaluer le 7 août prochain, comme prévu, les offres présentées pour toutes les régions.
– Entamer les mesures pratiques pour le lancement d'un appel d'offres, dans le courant du mois d'août, en vue de la construction d'incinérateurs.
La commission tiendra une nouvelle réunion cet après-midi.
Notons qu'à l'issue de la réunion tenue hier soir, le ministre Hussein Hajj Hassan a rendu hommage aux « efforts déployés par le Premier ministre Tammam Salam pour régler le problème des déchets ». Il a d'autre part condamné « les agissements qui se sont produits dans les rues de Beyrouth ».

 

 

Lire aussi
Les ordures dans la rue, la contestation aussi

Repère
Crise des déchets : les principaux points du plan de Machnouk (infographie)

 

Diaporama
Retour en images sur la crise des déchets au Liban

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Le Herisson

et il leur faut des vacances, et des vacances payees en plus..... quelle honte!

il faut dire que travailler 3 heures tous les jeudis et parfois moins, c'est extenuant.....

et je ne parle pas du parlement qui , lui a des vacances payees depuis belle lurette avec des deputes qui vivent carrement ailleurs.

tiens! je vais demander a mon patron d'avoir les memes conditions de travail. qu'en pensez vous???

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL LEUR FAUT DES VACANCES... ILS BOSSENT TELLEMENT BIEN ET FORT QU'IL N'Y A PLUS DE PROBLÈMES DANS LE PAYS... ET TOUTES LES INSTITUTIONS Y MARCHENT À MERVEILLE... À LA FAçON DES CRABES... DANS CET ATOLL CRABIEN !!!

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