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La complainte du cèdre

Un sac poubelle en lieu et place de l'altier conifère qui trône au centre de nos couleurs nationales : ce montage réalisé sur photoshop a fait fureur, et cela dans les deux sens du terme.

Au figuré le drapeau, si cruellement remis au goût du jour, a inondé les réseaux sociaux ; il a même été repris par plus d'une chaîne de télévision ou d'un journal, dont le nôtre. L'amer mais foudroyant succès qu'il a connu, le dessin ne le doit pas seulement à l'avalanche d'ordures ménagères qui est en voie de submerger notre pays. Ironie et autodérision aidant, il se veut en effet un accablant réquisitoire contre une classe dirigeante faillie. Pourrie. Inefficiente, inutile et donc bonne à jeter elle aussi, sans espoir de recyclage et de récupération. Au sens propre en revanche, l'irrévérencieuse image a heurté et même irrité nombre d'autres Libanais qui y ont vu un intolérable affront à la fierté nationale. On veut bien les comprendre, bien sûr; mais ne dit-on pas que seule la vérité blesse ?

La triste vérité est que le pays patauge, depuis bien longtemps déjà, dans les immondices, au point qu'il donne l'impression de s'y être accoutumé, sinon de s'y complaire. Les actuels amoncellements de détritus ne recouvrent pas que trottoirs et chaussées. Ils ne sont que la couche supérieure d'une montagne de scandales politico-financiers, de magouilles mafieuses, de gaspillage des ressources nationales, tout aussi nauséabonds et invariablement demeurés impunis. Exemple entre mille, il y a vingt-cinq ans que la guerre est finie, mais malgré les milliards partis en fumée (et pas seulement celle que vomissent les poussives centrales électriques) le citoyen ne doit toujours son courant qu'aux rapaces opérateurs de générateurs de quartier.

Pour ancrée qu'elle soit dans nos traditions politiques, la corruption n'est pas seule en cause, hélas. S'y ajoute d'abord le culot des partis ou milices au passé plus que chargé et qui, plus fort que tout le monde, crient à la corruption. Et comme si la fange locale n'était pas encore assez, c'est le pire de la production régionale en matière d'idéologies que l'on s'ingénie à importer ici.

Ce n'est pas sur un aussi méchant terreau que peut croître et prospérer le cèdre.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Un sac poubelle en lieu et place de l'altier conifère qui trône au centre de nos couleurs nationales : ce montage réalisé sur photoshop a fait fureur, et cela dans les deux sens du terme.
Au figuré le drapeau, si cruellement remis au goût du jour, a inondé les réseaux sociaux ; il a même été repris par plus d'une chaîne de télévision ou d'un journal, dont le nôtre. L'amer mais foudroyant succès qu'il a connu, le dessin ne le doit pas seulement à l'avalanche d'ordures ménagères qui est en voie de submerger notre pays. Ironie et autodérision aidant, il se veut en effet un accablant réquisitoire contre une classe dirigeante faillie. Pourrie. Inefficiente, inutile et donc bonne à jeter elle aussi, sans espoir de recyclage et de récupération. Au sens propre en revanche, l'irrévérencieuse image a heurté et même...