Les tractations autour des projets de gazoducs géants via le Pakistan, nouveau « grand jeu » des superpuissances en Asie centrale, ont redoublé après l'accord sur le nucléaire iranien et avec les nouvelles ambitions de la Russie, selon des proches du dossier.
À Islamabad, la possible prochaine levée des sanctions contre l'Iran a été accueillie avec un grand sourire. Car cette détente, comme les récents contacts entre Kaboul et une délégation de talibans en vue de pourparlers de paix en Afghanistan, peut donner un sérieux coup de fouet aux projets d'autoroutes gazières reliant l'Asie centrale au Moyen-Orient via le Pakistan. Une aubaine pour Islamabad et son Premier ministre Nawaz Sharif, élu en 2013 sur la promesse d'en finir avec la crise énergétique qui plombe l'économie du pays et la vie quotidienne de ses 200 millions d'habitants abonnés aux coupures de gaz et de courant.
En mars 2013, le projet de gazoduc géant IP entre l'Iran, doté des premières réserves mondiales de gaz naturel, et le Pakistan avait pourtant été inauguré en grande pompe. Mais sans le sou, le Pakistan n'a jamais construit sa portion de ce projet de 7,5 milliards de dollars, expliquant que les sanctions américaines et européennes l'empêchaient de lever du capital pour ces travaux.
Pour le ministre pakistanais du Pétrole, Shahid Khaqan Abbasi, l'accord sur le nucléaire iranien devrait permettre de débloquer la situation. « La levée des sanctions devrait nous permettre de respecter nos engagements et de subvenir à nos besoins énergétiques », se félicite-t-il dans un entretien.
Téhéran a déjà achevé sa portion de ce gazoduc de 1 800 km devant relier ses champs gaziers de South Pars à Nawabshah, proche du grand port de Karachi dans le sud du Pakistan. Or dans le cadre de son ambitieux projet de corridor économique de 46 milliards de dollars visant à relier l'ouest chinois au Moyen-Orient via le Pakistan, la Chine a récemment lancé la construction d'un gazoduc reliant justement Nawabshah au port pakistanais de Gwadar, proche de l'Iran. Une fois ce gazoduc achevé, le Pakistan pourra le prolonger sur 80 kilomètres à l'ouest pour gagner l'Iran, si possible avant les élections générales de 2018, puis à plus long terme le prolonger au nord-est jusqu'à la Chine, très intéressée par ce projet, indiquent des sources gouvernementales à Islamabad.
Côté Russie, l'ambassade à Islamabad a manifesté son intérêt à soutenir le projet de gazoduc Iran-Pakistan (IP). Historiquement proche de l'Inde, grande rivale du Pakistan, la Russie se tourne aujourd'hui davantage vers Islamabad, maintenant que Delhi a renforcé sa coopération avec les États-Unis. « La Russie veut montrer à l'Inde qu'elle a des options dans la région », tout en trouvant de nouveaux débouchés pour ses entreprises militaires et énergétiques, explique Yury Barmin, analyste spécialisé dans la politique russe au Moyen-Orient.
Au cours de la dernière année, Islamabad et Moscou ont signé un accord de coopération militaire, ouvrant la voie à l'achat d'hélicoptères de combat russes par Islamabad, toujours preneur en retour d'aide pour résorber son déficit énergétique. Les deux pays doivent ainsi « finaliser » un accord prévoyant la construction par une filiale du géant russe Rostec d'un gazoduc reliant Karachi à Lahore, la grande ville de l'est pakistanais, explique Mobin Saulat, PDG de l'Inter State Gas Systems (ISGS), la société publique en charge des gazoducs au Pakistan. « La prochaine étape, c'est le gazoduc IP », ajoute-t-il, en précisant que l'autre projet d'autoroute gazière régionale, le TAPI, « viendra en dernier ».
Le TAPI doit relier les champs gaziers du Turkménistan au Pakistan et à l'Inde via des régions afghanes en partie contrôlées par les rebelles talibans, et l'instable province pakistanaise du Baloutchistan. Un projet qui nécessite une stabilité minimale en Afghanistan, où un espoir au milieu des combats est né il y a deux semaines avec les premiers contacts directs en vue de pourparlers de paix entre Kaboul et les talibans, facilités par... le Pakistan.
Une participation russe au TAPI permettrait à terme à Moscou, sous pression en Europe, de connecter ce pipeline à « d'autres gazoducs dans l'ancienne Union soviétique » pour exporter son propre gaz naturel dans le sous-continent indien, note M. Barmin.
Guillaume LAVALLÉE/AFP


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