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Économie - Focus

Pour l’économie russe, l’accord sur le nucléaire iranien est à double tranchant

Après avoir joué un rôle crucial dans les négociations pour l'accord sur le nucléaire iranien signé mardi dernier, la Russie espère renforcer ses liens commerciaux avec Téhéran, mais pourrait voir son économie handicapée par le retour de la République islamique sur le marché des hydrocarbures, estiment les analystes.
Ce texte, conclu après 22 mois de négociations ardues entre l'Iran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Russie, France, Chine, Grande-Bretagne, Allemagne), doit garantir la nature pacifique du programme nucléaire de Téhéran en échange de la levée des sanctions internationales, qui étouffent son économie.
Pour Moscou, allié de longue date du régime iranien, cet accord est aussi un moyen de redorer son image à l'international. Le rôle central joué par la Russie a d'ailleurs été souligné par le président Barack Obama, qui a remercié son homologue russe Vladimir Poutine pour son aide.
« La plus grosse récompense de la Russie dans cet accord, c'est son prestige », estime Sergueï Sereguitchev, spécialiste du Moyen-Orient à l'université d'État des sciences humaines de Moscou. « Qui a conclu cet accord avec les États-Unis ? C'est la Russie ! Sans la Russie, il n'y aurait jamais eu d'entente », assure-t-il.
Et Moscou, dont l'économie en récession a été durement touchée par les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne et la chute des cours du pétrole, espère désormais partir en première ligne dans la course aux juteux contrats iraniens, notamment dans l'énergie et le transport.

La question des armes
« L'Iran devra développer les secteurs ayant particulièrement souffert des sanctions », explique Andreï Baklitskï, du centre de réflexion indépendant PIR. Selon lui, la République islamique aura besoin « de compagnies étrangères prêtes à investir. Et les entreprises russes, comme la Société des chemins de fer russe (RGD) ou le géant pétrolier Loukoïl, sont prêtes à prendre part » à cette compétition. Déjà en avril dernier, le directeur général de Loukoïl, Vaguit Alekperov, avait déclaré que son entreprise était prête à retourner en Iran dès la levée des sanctions. Aujourd'hui, la plupart des autres entreprises du secteur sont prêtes à faire de même.
Dans le nucléaire, où la Russie s'est déjà entendue avec l'Iran pour la construction de deux nouveaux réacteurs pour la centrale de Bouchehr, sur la côte du golfe Persique, le Kremlin a exprimé le souhait que l'accord signé à Vienne débouche sur « une coopération pacifique à grande échelle » entre les deux pays.
Reste la question des armes, alors que Moscou a confirmé fin mai s'être mis d'accord avec l'Iran sur la vente de batteries de missiles sol-air S-300, un équivalent des Patriot américains capables d'abattre avions et missiles. Durant les négociations, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait appelé à lever « dès que possible » l'embargo sur les armes, qui restera finalement encore cinq ans en vigueur. Selon le ministre russe, la vente d'armes à l'Iran reste toutefois possible en cas d'approbation du Conseil de sécurité de l'Onu. « Il va y avoir une féroce compétition pour avoir accès au secteur de l'énergie de l'Iran, et plus tard à son complexe militaro-industriel. Je pense que la Russie sera en avance dans l'énergie en raison de son expérience dans le domaine », prévoit Sergueï Sereguitchev.

La pression du pétrole
Mais pour la Russie, le retour de l'Iran est aussi synonyme du retour d'un concurrent supplémentaire sur le marché du pétrole, plusieurs analystes prévoyant une baisse du prix du baril dès 2016, une fois l'accord approuvé par le Conseil de sécurité de l'Onu, le Congrès américain et le Parlement russe.
« L'Iran a hâte d'exporter à nouveau du pétrole vers l'Europe », prévient Semion Bagdassarov, spécialiste du Moyen-Orient pour le Centre de recherche analytique, basé à Moscou. « Un joueur important va faire son retour sur le marché, et la compétition va s'intensifier », ajoute-t-il. Une mauvaise nouvelle pour la Russie, alors que la chute des prix du pétrole explique en grande partie la récession dans laquelle est tombée son économie depuis le début de l'année.
D'autres analystes estiment cependant que cette chute des prix n'aura pas lieu étant donné l'intérêt de l'Iran, membre de l'Opep, à ne pas inonder le marché mais à chercher plutôt un compromis. « L'Iran voudra obtenir autant d'argent que possible de la suppression des sanctions », reprend Sergueï Sereguitchev qui ajoute qu'« un accord sur les prix est tout à fait possible pour éviter la chute du marché ».
Gabrielle TETRAULT-FARBER /AFP

Après avoir joué un rôle crucial dans les négociations pour l'accord sur le nucléaire iranien signé mardi dernier, la Russie espère renforcer ses liens commerciaux avec Téhéran, mais pourrait voir son économie handicapée par le retour de la République islamique sur le marché des hydrocarbures, estiment les analystes.Ce texte, conclu après 22 mois de négociations ardues entre l'Iran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Russie, France, Chine, Grande-Bretagne, Allemagne), doit garantir la nature pacifique du programme nucléaire de Téhéran en échange de la levée des sanctions internationales, qui étouffent son économie.Pour Moscou, allié de longue date du régime iranien, cet accord est aussi un moyen de redorer son image à l'international. Le rôle central joué par la Russie a d'ailleurs été souligné par le...
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