Quelques heures après le feu vert du Parlement grec à un programme d'austérité draconien qui divise le pays, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé le montant des liquidités d'urgence accordées aux banques hellènes, qui rouvriront lundi, même si le plafonnement des retraits sera sans doute maintenu pour éviter une ruée aux guichets.
Les ministres des Finances de l'Union européenne (Ecofin) ont dans le même temps approuvé l'octroi d'un prêt-relais de 7 milliards d'euros qui permettra à Athènes de rembourser dès lundi prochain une échéance à la BCE et ses arriérés de paiement au Fonds monétaire international (FMI). Le prêt-relais sera accordé jusqu'à la mi-août via le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF), a annoncé la Commission européenne. Face aux réticences de pays non membres de la zone euro, un compromis a été trouvé prévoyant d'utiliser des fonds de la zone euro comme garantie. Les institutions européennes semblent ainsi récompenser le Premier ministre Alexis Tsipras, qui a obtenu dans la nuit de mercredi à jeudi un large soutien de la Vouli aux réformes drastiques réclamées par les créanciers.
Fronde au gouvernement
Mais le vote laissera des traces du fait de la fronde de plusieurs dizaines d'élus de sa coalition Syriza, et un remaniement est attendu pour remplacer quatre ministres rebelles. Le plan a été approuvé par 229 voix pour, 64 voix contre et six abstentions. Trente-deux des 149 élus de Syriza ont voté « non » à ce nouveau programme d'austérité, dont l'ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis. Tirant les conclusions de ce vote, le ministre de l'Intérieur Nikos Voutsis n'a pas exclu que des élections législatives anticipées aient lieu en automne.
Pour convaincre les députés de voter des mesures d'austérité beaucoup plus sévères que celles rejetées par plus de 61 % des Grecs lors du référendum du 5 juillet, M. Tsipras a déclaré que la seule alternative était une sortie chaotique de la zone euro. « Je reconnais que ces mesures budgétaires sont rudes, qu'elles ne seront pas bénéfiques pour l'économie, mais je suis forcé de les accepter », a-t-il dit. Elles incluent notamment une hausse de la TVA et une réforme des retraites, des règles de négociation collective, du droit de grève et des licenciements collectifs ainsi que des privatisations dont les fruits seront utilisés pour recapitaliser les banques et réduire la dette...
Schäuble récidive
La décision du Parlement hellène a convaincu la BCE de relever les liquidités d'urgence (ELA) accordées aux banques grecques qui rouvriront lundi après avoir été fermées depuis le 29 juin. « Les choses ont changé maintenant », a déclaré le président de la BCE Mario Draghi, qui a ajouté que l'ELA serait relevé de 900 millions d'euros pour une semaine. La Vouli doit voter la semaine prochaine d'autres pans des réformes exigées, et la BCE devrait gonfler encore un peu plus les volumes d'ELA à chaque nouveau pas, notait Holger Schmieding, analyste de Berenberg, évoquant « la carotte » tenue par M. Draghi.
Les Européens devraient entrer dans le vif du sujet des négociations sur une troisième aide – d'un montant compris entre 82 et 86 milliards d'euros et d'une durée de trois ans – une fois obtenu l'aval des députés allemands, qui doivent mandater aujourd'hui leur gouvernement pour négocier. Ce feu vert paraît assuré. En revanche, la question d'une réduction de la dette du pays, que les précédentes mesures d'austérité ont portée à 180 % du PIB, reste particulièrement sensible. Le FMI a fait sensation mardi en semblant lier sa participation au prochain programme d'aide à un allègement de la dette grecque par les Européens, une option à laquelle s'est également ralliée la BCE hier. Cela pourrait passer soit par des allongements de maturité spectaculaires, soit par une réduction pure et simple. « Un effacement de la dette est incompatible avec l'appartenance à l'union monétaire », a rétorqué hier le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Tout en assurant qu'il demandera au Bundestag d'approuver l'ouverture de négociations, il a répété qu'une sortie provisoire de la zone euro serait selon lui la meilleure solution.


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