Le président François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls ainsi que le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, mercredi à l’Élysée. Miguel Medina/AFP
Trois jeunes hommes, dont un ancien militaire, soupçonnés d'avoir projeté l'attaque d'une installation militaire dans le sud-est de la France et la décapitation d'un officier au nom du jihad, étaient en garde à vue jeudi, soulignant selon les autorités une menace terroriste sans précédent.
Selon des sources concordantes, l'attaque, prenant pour modèle les exactions du groupe État islamique (EI), était envisagée fin décembre ou en janvier 2016, près de l'anniversaire des attentats qui ont fait 17 morts à Paris en début d'année. Mais le projet a été tué dans l'œuf dès lundi par quatre arrestations.
Âgés de 17, 19 et 23 ans, trois suspects étaient toujours interrogés hier dans les locaux des services de renseignements près de Paris alors qu'un quatrième, âgé de 16 ans, a été libéré, selon une source judiciaire. Les trois gardés à vue sont très revendicatifs et « se réclament de Daech (acronyme arabe de l'EI) », a indiqué une source proche du dossier. L'homme de 23 ans est un ancien militaire « réformé de la marine nationale », selon le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.
De sources concordantes, les arrestations ont eu lieu lundi à l'aube en région parisienne, près de Marseille et dans le nord de la France.
Selon leurs déclarations, les suspects projetaient de s'attaquer au « chef du détachement » d'un fort utilisé par le Centre national d'entraînement commando de l'armée près de Collioure, non loin de la frontière espagnole. L'objectif était de filmer l'exécution de leur victime pour en diffuser les images sur Internet. Le plus âgé du trio a été guetteur au sémaphore de ce fort, selon une autre source proche du dossier, avant d'être réformé de la marine. Son contrat s'est achevé en janvier 2014 après plusieurs arrêts maladie.
Les suspects auraient initialement envisagé de se rendre en Syrie pour y mener le jihad. Mais la radicalisation du plus jeune a été signalée par un membre proche de sa famille. Décrit comme « un élément moteur », le jeune homme de 17 ans a été repéré et, selon Bernard Cazeneuve, son « activisme sur les réseaux sociaux » avait également été identifié. Se sachant surveillés, les trois hommes auraient renoncé à se rendre en Syrie, explique une source proche du dossier. Un jihadiste avec qui ils étaient en contact dans ce pays leur aurait alors conseillé de passer à l'action en France.
Aucune arme ni explosif n'ont été retrouvés durant les perquisitions. Les arrestations ont été effectuées à la suite d'une enquête ouverte dès le 23 juin par le parquet antiterroriste de Paris.
« Communication politique »
C'est le président François Hollande qui a révélé l'affaire en déclarant mercredi à Marseille que « des actes terroristes » avaient été déjoués « cette semaine ». « Nous faisons face à une menace terroriste que nous n'avons jamais connue », a répété hier le Premier ministre Manuel Valls. Selon le ministre de l'Intérieur, 1 850 Français ou résidents du pays « sont aujourd'hui impliqués dans des filières jihadistes, dont près de 500 en Syrie ou en Irak ».
Loin de l'unité nationale du début d'année, l'annonce par l'exécutif socialiste du projet d'attentat déjoué a été critiquée hier dans l'opposition de droite par Frédéric Péchenard, un ancien patron de la police devenu haut responsable des Républicains, le parti de l'ex-président Nicolas Sarkozy. M. Péchenard a dénoncé une « volonté d'appropriation politique » par le pouvoir, « probablement pour masquer un certain nombre d'échecs du gouvernement ou de difficultés dans les domaines du chômage ou économique ». L'influent quotidien Le Monde daté de vendredi évoquait lui aussi une « communication précipitée » des autorités. « Lorsqu'il y a des faits graves, il est du rôle du gouvernement d'en informer les Français. On ne peut pas cacher la vérité aux Français », a rétorqué Bernard Cazeneuve.
(Source : AFP)


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