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Sans tête mais avec le cœur

Un soir, au cours d'une réception, je signale à Marie que nous sommes filmés par des drones. Elle me dit « souris, ce sont les futurs dirigeants du monde ». Les drones. Elle plaisantait à peine. Ces élèves ingénieurs ont une vision autrement déstabilisante de l'avenir. Président fait partie des métiers que l'économie numérique pourrait remplacer. Voilà qui résoudrait bien des conflits d'ego et nous assurerait une gouvernance précise, efficace, équitable et peut-être même sereine. Tant qu'à faire, le monde entier pourrait être régi par un programme qui aurait la vertu de faire respecter les frontières, les Constitutions et les lois, contrôler l'afflux de migrants et de réfugiés, gérer les finances publiques et diriger les armées. Ce serait bien aussi, en tout cas au Liban, qu'au passage, les députés eux-mêmes soient remplacés par un logiciel capable de relever et d'analyser les besoins et les souhaits de la population et d'y répondre en légiférant sur-le-champ. Pour nous autres, électeurs spoliés, ce serait une aubaine. Pas de psychose à la veille du moindre scrutin, pas de chantage au quorum, à la sécurité ou à la stabilité, pas de corruption éhontée, pas de risque d'autoreconduction de la Chambre, avec en plus, à la clé, de sacrées économies. Ce ne serait peut-être pas mieux, mais ne serait sûrement pas pire. Certes, tout cela dépoétiserait notre rapport au politique et mettrait fin à une longue tradition d'élections illustrée par les hauts faits des abadayes et quelques assassinats au passage. Nous n'aurions plus de figure à laquelle faire porter la responsabilité de nos maux, personne sur qui déverser nos ressentiments, personne sur qui compter pour un petit piston au besoin. Mais livrer ces choses à l'impassible technologie, dépassionner le débat public nous soulagerait de bien des tensions et nous rendrait plus paisibles, plus créatifs et plus productifs.

Nous ne comptons plus les mois écoulés depuis que nous sommes sans président, sans Parlement légitime, et à peine représentés par un gouvernement sous perfusion. Mais curieusement, tout va plutôt bien, merci. Autant le dire. Plus le temps passe, moins la nécessité de tels bibelots se fait sentir. Les voix qui s'élèvent de temps en temps pour rappeler qu'il est « urgent » d'élire un président de la République (et certains croient bon de préciser « fort » sans dire en quoi) nous font désormais sourire, sinon ricaner. L'urgence est passée depuis longtemps. Certes, dans le triumvirat confessionnel supposé nous diriger, il manque un décideur chrétien. C'est regrettable. Mais à y regarder de près, que décident les autres ? La Constitution de Taëf est clairement dysfonctionnelle. Si le Liban tient debout malgré tout, c'est dans la société civile qu'il faut chercher le secret de sa persistance. Une société civile mûre, consciente, vivante, éduquée, mondialisée par les guerres qui l'ont boutée aux quatre coins du globe, échaudée par le jeu pervers des puissances, vaccinée contre les idéologies perverses du siècle dernier. À qui on ne la fait pas. À qui on ne la fait plus. Attachée à cette terre parce qu'elle a compris l'importance d'appartenir. Prête à y investir son dernier denier et ses dernières énergies. Au fond, ce qui nous sauve, c'est cette forme d'amour.

Fifi ABOU DIB

Un soir, au cours d'une réception, je signale à Marie que nous sommes filmés par des drones. Elle me dit « souris, ce sont les futurs dirigeants du monde ». Les drones. Elle plaisantait à peine. Ces élèves ingénieurs ont une vision autrement déstabilisante de l'avenir. Président fait partie des métiers que l'économie numérique pourrait remplacer. Voilà qui résoudrait bien des conflits d'ego et nous assurerait une gouvernance précise, efficace, équitable et peut-être même sereine. Tant qu'à faire, le monde entier pourrait être régi par un programme qui aurait la vertu de faire respecter les frontières, les Constitutions et les lois, contrôler l'afflux de migrants et de réfugiés, gérer les finances publiques et diriger les armées. Ce serait bien aussi, en tout cas au Liban, qu'au passage, les députés...
commentaires (6)

"Si le Liban tient debout malgré tout, c'est dans la société civile qu'il faut chercher le secret de sa persistance. Une société civile mûre, consciente, éduquée à qui on ne la fait plus. Au fond, ce qui nous sauve, c'est cette forme d'amour." ! Au fond, mais qu'est-ce qu'elle peut être parfois "fleur bleue et à l'eau de rose", la Fîfî ! Mais bon, c'est rafraîchissant.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

19 h 40, le 09 juillet 2015

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Commentaires (6)

  • "Si le Liban tient debout malgré tout, c'est dans la société civile qu'il faut chercher le secret de sa persistance. Une société civile mûre, consciente, éduquée à qui on ne la fait plus. Au fond, ce qui nous sauve, c'est cette forme d'amour." ! Au fond, mais qu'est-ce qu'elle peut être parfois "fleur bleue et à l'eau de rose", la Fîfî ! Mais bon, c'est rafraîchissant.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    19 h 40, le 09 juillet 2015

  • UN PRESIDENT ELU DANS LES REGLES DE LA CONSTITUTION ACTUELLE CAD PAR LE PARLEMENT RIEN DE PLUS RIEN DE MOINS TOUT LE RESTE EST PAROLE PAROLE PAROLE APRES CELA CHANGEZ LA CONSTITUTION SI VOUS VOULLEZ MAIS AUJOURDH'UI ALLER AU PARLEMENT NI PLUS NI MOINS

    LA VERITE

    15 h 55, le 09 juillet 2015

  • Il manque un décideur chrétien... mais il ne manque pas de menteurs professionnels. Lorsqu'un pays est livré aux menteurs, aux pilleurs, aux corrupteurs, aux corrompus, au clanisme familiale, aux accapareurs des pouvoirs... Aujourd'hui un député kesrouanais boycotteur du Parlement, Farid Elias Khazen pour ne pas le nommer, déclare sans sourciller que la bande Aoun avait obtenu 70% des suffrages maronites aux élections de 2009 (sic). Dans la circonscription du Kesrouan, la liste Aoun avait obtenu 51,59% des suffrages, le "Nahar" de l'époque est sous mes yeux. Ca suffit, arrêtez le carnaval et ses "karakouzs" et allez au Parlement pour élire un Président de la République. C'est la seule et unique solution à tous les problèmes.

    Annie

    14 h 56, le 09 juillet 2015

  • SANS TÊTE... POINT DE COEUR ! ET SANS COEUR... POINT DE TÊTE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 00, le 09 juillet 2015

  • Avec son à propos coutumier, Madame Abou Dib nous pousse à donner un sens à l'expression trop souvent galvaudée: Un Président fort. Il serait intéressant de recueillir par sondage les propositions des uns et des autres. Je me lance: Incorruptible,désintéressé, équitable,déterminé,éduqué,instruit,cultivé, visionnaire. Je voterai inconditionnellement à celui qui réunirait ces "quelques" qualités. Et vous ?

    Paul-René Safa

    09 h 23, le 09 juillet 2015

  • Furtivement L'impression de Mme Abou Dib rappelle l'hérésie du "président fort" (élaborée par nos zaims à Bkerké, hélas !) et se demande "fort en quoi". Au lieu que ce soit dans le sens de 'fort en sa capacité de rassembler les Libanais en vue d'une mobilisation pour le Liban, l'expression fut immédiatement transformée dans le sens de 'le plus capable d'utiliser un langage au-dessous de la ceinture' (comme on dit en arabe).

    Halim Abou Chacra

    06 h 13, le 09 juillet 2015

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