Le film Désert rouge de Michelangelo Antonioni est le reflet fidèle (ou à peu près) de notre vie. Loin de moi l'idée de faire des comparaisons avec un quotidien qui nous harasse, mais a y bien réfléchir et en analysant la métaphore antonionienne du rouge, nous aboutissons à certaines conclusions.
Désert rouge n'est pas un film normal. Il s'agit pourtant de l'histoire banale d'une femme dépressive, proche de la schizophrénie, qui veut fuir son quotidien et qui trouve refuge dans les bras d'un amant de fortune qui lui fait miroiter le bonheur avec son fils, loin d'un père qui ne s'occupe plus de sa famille. Tous les décors, même les plus incongrus, ont été construits sur une base de rouge, de bleu, de jaune canari et vert violacé, autant de couleurs antagonistes qui ont été utilisées tant pour symboliser l'amour que la dépression et la mort, la paix et la jalousie, avant de se plonger dans le noir cruel d'un hangar de port pour montrer combien la vie tient à peu de choses et, qu'au final, nous terminerons, comme cette femme, dans un trou.
Cette femme, c'est peut-être nous qui allons à la dérive sous des décors de plages et de montagnes, de rêve et de dénuement, de soirées mondaines affriolantes, de décrépitude et d'horreur. Cette femme symbolise, à elle seule, tout un monde qui est notre reflet sauf que, elle le vit, et nous le nions ou, du moins, nous ne voulons pas le reconnaître. Nous vivons continuellement dans le rouge, aussi bien sentimentalement que financièrement, avec des tons de bleu qui nous font croire à une certaine sérénité et une paix de l'âme avant de reprendre notre air momifié, vert violacé, face à la réalité qui nous rattrape violemment, sournoisement, perfidement...
La réalité, c'est ce hangar de la fin du film et cette femme perdue qui erre entre les poteaux et les ancres de navire cherchant une fois de plus à se débarrasser de ce fardeau qu'est sa vie, sa réalité. Nous ne vivons que de chimères. Telle est la dure constatation tirée de ce film éprouvant, mélange d'art et d'irréel, de tangible et d'intouchable.
Les Libanais sont ces personnages du film, tantôt tristes, tantôt d'une joie feinte, un malheureux mélange d'euphorie entre les soirées lubriques et les mondanités abjectes, entre un travail ingrat et des rémunérations qui remettent en cause l'ego des uns et des autres.
Voir le Liban comme cette femme, à travers les yeux si tendres et pourtant tellement emplis de haine, tel est le destin de toute une nation qui se perd et qui ne sent plus que le sol s'effondre sous ses jambes.
Réveillez-vous citoyens ! C'est à nous de reconstruire ce que nos aïeux avaient édifié. C'est à nous de vivre ! Et surtout de revivre...
Jean-Paul MOUBARAK

