En visite en Russie pour la seconde fois en moins de trois mois, Alexis Tsipras a appelé aux côtés de M. Poutine à la fin du « cercle vicieux de rhétorique agressive, de militarisation et de sanctions économiques ». Maxim Shemetov/Reuters
Engagé avec ses créanciers dans un intense bras de fer au sujet de la dette grecque, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a arraché hier à Saint-Pétersbourg un accord pour la construction d'un gazoduc russe de deux milliards d'euros (2,3 milliards de dollars) en Grèce, vu d'un mauvais œil par Bruxelles. Ce contrat, encore à un stade préliminaire, a tout du camouflet pour les Européens dans un contexte de tensions de plus en plus fortes avec Moscou.
Intervenant devant des hommes d'affaires du monde entier, le président russe Vladimir Poutine a beau avoir assuré que la Russie, « ouverte au monde », ne comptait pas renoncer à ses liens économiques avec les Occidentaux, le Forum économique international organisé dans l'ancienne capitale russe s'est tenu dans un contexte difficile. L'événement a été dominé par la récession et l'isolement causés par la crise ukrainienne. Le gel d'actifs du gouvernement russe en France et en Belgique, lié à l'affaire Ioukos, a ajouté un sujet de discorde, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov menaçant même de geler en réponse les avoirs en Russie de sociétés dont ces États sont actionnaires.
En visite en Russie pour la deuxième fois en moins de trois mois, Alexis Tsipras a appelé aux côtés de M. Poutine à la fin du « cercle vicieux de rhétorique agressive, de militarisation et de sanctions économiques ». Le chef du gouvernement de gauche radicale a également appelé l'Union européenne à « retrouver le chemin de la solidarité ».
Quelques heures plus tôt, son ministre de l'Énergie Panagiotis Lafazanis avait paraphé un accord négocié depuis des mois pour prolonger sur le territoire grec le projet de gazoduc TurkStream entre la Russie et la Turquie.
Le document, encore au stade de protocole d'entente, prévoit une construction entre 2016 et 2019 par une société commune détenue à parité mais financée en totalité par un crédit de la banque de développement russe VEB, selon le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak.
Ce projet constitue un double revers pour les Européens, qui voient Athènes se rapprocher de Moscou et la Russie trouver des alliés pour renforcer sa capacité de livraison de gaz au marché européen.
Jeudi déjà, Gazprom avait annoncé un accord avec des géants énergétiques européens, l'anglo-néerlandais Shell, l'autrichien OMV et l'allemand EON, ouvrant la voie à un doublement des capacités du gazoduc Nord Stream vers l'Allemagne par la Baltique.
Ambiance de crise
Isolée comme jamais depuis la guerre froide et ébranlée par la chute des cours du pétrole, sa principale source de revenus avec le gaz, la Russie traverse elle-même une profonde crise. Elle vient de retomber dans la récession et son produit intérieur brut devrait chuter autour de 3 % cette année, selon ses prévisions et celles des organisations internationales.
« À la fin de l'année dernière, on nous prédisait une crise profonde. Cela ne s'est pas produit, a tempéré Vladimir Poutine en référence aux scénarios catastrophe qui circulaient après la crise monétaire de décembre. Nous avons stabilisé la situation. »
« Nous sommes assurément en train de sortir d'une période difficile, principalement parce que l'économie russe a une marge de sécurité suffisante », a-t-il jugé.
L'intervention de Vladimir Poutine devant les investisseurs étrangers actifs en Russie était très attendue vu le contexte de coopération compliquée par les tensions géopolitiques. « Notre coopération active avec les nouveaux centres de la croissance mondiale ne signifie en aucun cas que nous allons accorder moins d'attention au dialogue avec nos partenaires traditionnels en Occident », a assuré l'homme fort du Kremlin. Mais il a prévenu que la coopération devait se faire dans des conditions « équitables » et de « respect mutuel ». Il a insisté sur la nécessité de faciliter le travail des entreprises russes, notamment celles de taille modeste, pour s'imposer en Russie et gagner de nouveaux marchés.
Germain MOYON et Marina KORENEVA/AFP


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