Les capacités de hacking de l'État islamique inquiètent de plus en plus. Après le piratage de TV5 Monde le 8 avril 2015, le site intranet du ministère de l'Intérieur français a été lui aussi violé et bloqué pendant plusieurs jours fin mai dernier, sans que l'information ne fuite dans les médias. Cette cyberattaque de grande envergure a aussitôt été revendiquée par Daech. Réussir une offensive informatique à un tel niveau laisse songeur : comment Daech a-t-il pu pénétrer un site gouvernemental, et celui de l'Intérieur qui plus est ? Pourra-t-il dans quelques mois s'en prendre à l'intranet militaire ?
En réalité, la revendication par l'État islamique ne doit pas tromper, car l'organisation terroriste n'a encore aucune capacité à mener une cyberguerre. C'est-à-dire qu'elle peut jouer sur la diffusion de vidéos et d'images, mais nullement s'attaquer aux réseaux informatiques saoudiens ou occidentaux, ni même à leurs moyens de transmission, de renseignement numérique et de téléphonie. Daech utilise un Internet qu'il ne peut contrôler. La section numérique de l'organisation, pourtant en plein développement, n'est capable que de piratages locaux et de pister une adresse IP pour suivre son abonné.
L'origine d'une telle attaque est plus simple et doit être mise sur le compte des mêmes hackers russes qui ont piraté TV5 Monde, peut-être la section appelée APT28, ou une autre défendant les mêmes intérêts étatiques. La coïncidence du piratage du ministère français de l'Intérieur avec le refus de livraison des deux Mistral n'a rien de surprenant : « On » nous fait payer notre manque de respect des contrats d'armement, mais aussi notre politique hostile à Bachar el-Assad, notre méfiance de l'Iran, nos accointances avec les jihadistes soi-disant modérés de Syrie. Si la Russie tire les ficelles des plus grandes cyberattaques des dernières années – en 2014, les serveurs officiels saoudiens avaient aussi été bloqués par des hackers russes –, c'est parce que les États-Unis et la France lui refusent sa place dans le monde, et rejettent ainsi les principes de la diplomatie multipolaire.
Quant aux hommes de Daech, ils sont trop heureux de profiter du prestige immérité de telles humiliations numériques pour l'Occident.
Olivier HANNE
Auteur de « L'État islamique Anatomie du nouveau califat », Giovanangeli, 2015

