Culture

Des photos, des costumes, des tribus, un ouvrage et... du fattouche

Événement

Le Liban est présent, pour la première fois, à la Quadriennale de Prague, grand-messe des arts vivants de la scène. Hadi Damien, curateur et coordinateur national de cette participation, en explique les tenants et les ramifications.

M.G.H. | OLJ
18/06/2015

La capitale de la République tchèque sera, à partir d'aujourd'hui, le théâtre d'une manifestation dédiée aux arts du spectacle. La Quadriennale de Prague qui se tient jusqu'au 28 juin est en effet une exposition de scénographie « qui est pour le théâtre ce que la Biennale de Venise est pour les arts visuels et l'architecture », note Hadi Damien, curateur et coordinateur national de la présence, inédite, du Liban.
« Prague accueille près de 50 000 visiteurs durant la dizaine de jours de sa Quadriennale », note le jeune homme. En anglais, Prague Quadrennial of Performance Design and Space, elle a vu défiler des figures de proue du domaine. Lancée en 1967, elle présente, outre les expositions, des ateliers de formation animés par des professionnels du domaine, des présentations, discussions, compétitions, performances, etc. « Cet événement est en quelque sorte une exploration des pratiques scénographiques : de la conception de la scénographie, des costumes, de la lumière, du son, à la scénographie spécifique à l'espace de la performance, la performance urbaine, le costume comme performance, etc. »

Professionnels et étudiants
Ses points d'orgue ? « Il y en a deux : la Section nationale et la Section des étudiants. » Et Hadi Damien de préciser : « Un espace est alloué à chaque pays qui présente dans chacune de ces deux sections des productions récentes, respectivement réalisées par les professionnels et les étudiants. Libre au pays de choisir des photographies, des maquettes, des extraits vidéo, des installations, etc. Contrairement au Festival d'Avignon ou d'Edinbourgh où le public assiste à des représentations de pièces en bonne et due forme. » En parallèle à ces deux expositions principales, la Quadriennale de Prague offre des plates-formes relatives au costume de scène, à la musique expérimentale, aux performances à ciel ouvert, etc. « Cette année, une plate-forme spéciale est allouée au Food Design, une discipline qui joint la cuisine ou le fait de manger/de se nourrir au design. Design du récipient, de la façon de consommer l'aliment, etc. qui sont au service du partage d'une performance », indique le coordinateur.
La treizième édition de cet événement marque la première participation du Liban. « Nous y présentons une exposition nationale, une autre consacrée aux étudiants, ainsi qu'un "food design platform", sans oublier trois costumes sélectionnés pour l'exposition du costume de scène, une performance quotidienne sur le pont Charles, le Sound Kitchen pour la musique expérimentale, un atelier de formation de deux jours. »
Hadi Damien cite également un livre que le Liban présente dans le cadre de l'exposition de publications scénographiques. « Il s'agit de Mute Movements, un ouvrage de Cornelia Krafft, publié par les presses de l'Université américaine de Beyrouth, qui retrace en images et en quelques textes le travail collectif d'étudiants âgés de 19 à 25 ans qui expriment leurs défis de tous les jours à travers la performance. C'est le premier livre du genre au Liban, la Quadriennale de Prague marque son lancement international. »

Autour de la « lifé »
Que présente, alors, la section nationale du Liban ? « Une installation de photographies de pièces de théâtre qui ont eu lieu au Liban ces dernières années et dont la scénographie était en phase avec les trois thèmes de l'édition 2015 de la Quadriennale : la politique, le climat, la musique. Nous exposons des travaux de Sawsan Abou Khaled, Nagy Souraty, Cornelia Krafft, Lina Abiad, Camille Brunel, Ali Chahrour, Nada Kano, Omar Rajeh et le collectif Waraq. La section des étudiants est également une installation de photographies de travaux de l'Université libanaise, la Lebanese American University, l'Université américaine de Beyrouth, l'Acdémie libanaise des beaux-arts, etc. »
Côté food design, Miriane Zgheib présente une performance autour du fattouche, « en se basant sur la dialectique entité/fragments, une étude graphique qui dit que cette salade est composée d'un tiers de pain et de deux tiers de légumes, donc toute une histoire ». D'autre part, l'artiste Cyrille Najjar revient sur une performance de musique expérimentale où « il utilise un ancien bâtiment de la ville, voué à la destruction, et le transforme en caisse de résonance. Une expérience de percussions improvisées basée sur la polémique de la destruction de l'héritage ».
À signaler également les trois tribus de Hans Harling. Le jeune créateur libanais de costumes fait voyager à Prague trois tribus ambassadrices d'un certain « lebanese way of life ». «Il s'agit de trois petits groupes de personnages habillés de la même façon, au comportement similaire. Toutes les particularités d'une tribu, en somme. » Mais ces mannequins sont loin d'être innocents. Leur façon d'être questionne l'excès de chirurgie plastique, le culte de la beauté, l'aliénation à la machine, entre autres travers de notre société.
Les organisateurs de la Quadriennale ont par ailleurs retenu un atelier de formation conduit par Cornelia Krafft proposant aux participants d'utiliser la « lifé » (éponge naturelle) avec laquelle on se douche afin de créer costumes et éléments de scène. Deux jours en atelier seront suivis d'une performance sur la Vltava River.

Partenaires
La participation du Liban à la Quadriennale de Prague est très institutionnalisée. Elle réunit des partenaires officiels comme les ministères de la Culture, du Tourisme, des Affaires étrangères, mais également la municipalité de Beyrouth, l'ambassade de la République tchèque au Liban, la Commission nationale libanaise pour l'Unesco. « Nous bénéficions également du concours de mécénat de Maurice Sehnaoui », note Hadi Damien, qui tient à saluer l'engouement de l'ambassade du Liban en République tchèque piloté par la chargée d'affaires Rola Hamdan.

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PARTOUT Où L'ON TOUCHE... ON TROUVE LE FATTOUCHE !!!

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Rencontres

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.