Un voyage visuel, sonore, chargé d’émotions.
Un tourbillon de danseurs, de chanteurs, de musiciens et tout un orchestre symphonique réunis sous la statue des Martyrs. Sous l'irradiant symbolisme de cette fière sculpture de la liberté portant encore ses stigmates de guerre. Au cœur de la ville. Là où le Festival du Printemps de Beyrouth avait installé la scène, à double niveau, de son spectacle de clôture de 2015.
Un festival qui s'était tenu sur un mois plein, privilégiant en cette 10e commémoration de l'assassinat du journaliste, penseur, historien, héraut du printemps arabe, Samir Kassir donc, les conférences et débats autour des sujets qu'il a défendus jusqu'à la mort : la démocratie dans le monde arabe, les libertés, « sa » liberté d'expression, mais aussi l'acceptation de celle des autres... Sans oublier le rôle phare de Beyrouth, sa ville bien-aimée, à laquelle il avait consacré un de ses ouvrages les plus emblématiques, Histoire de Beyrouth. C'est de cet essai historique que le spectacle présenté place des Martyrs tire son inspiration. Et cet harmonieux mélange de sons et d'images (projetées sur deux écrans géants superposés), de musiques et de chants, de danses et de poésie qui a illuminé, l'espace de 90 minutes, le cœur de Beyrouth. Et celui de la foule des spectateurs. On a eu beau chercher, des yeux ou des oreilles, aucune fausse note n'a été relevée, chaque travail était au moins de belle qualité, et aucune critique n'aurait été réellement pertinente. Seul bémol : la communication autour de cet événement aurait pu/dû être beaucoup plus dynamique.
« Beyrouth qui fut et qui restera »
Car cette production de qualité de la Fondation Samir Kassir était autant un hommage à cette capitale de tous les printemps arabes et à l'éditorialiste-activiste qui par sa plume a contribué à leur éclosion, qu'un cadeau d'une belle élégance, gracieusement adressé au public libanais. Un public (au premier rang duquel était présent le ministre du Tourisme, Michel Pharaon) composé de jeunes et de moins jeunes, d'intellectuels et d'artistes, de journalistes, de dames en Chanel et d'autres en foulard, de familles entières comme de gosses de rue aux yeux écarquillés...
Une œuvre scénique réunissant, sous la direction artistique du chorégraphe Ivan Caracalla, plus de 150 artistes et techniciens libanais et internationaux, pour narrer, au fil des images et des tableaux dansés, chantés, joués, l'histoire plurielle de « Beyrouth qui fut et qui restera », ainsi que l'avait formulé dans un de ses éditoriaux célèbres Samir Kassir.
(Pour mémoire : Gisèle Khoury, fidèle aux combats de Samir Kassir)
Une traversée des siècles qui commence en 2600 av. J-C (par les très beaux tableaux de danse présentés par la compagnie contemporaine Totem) pour se poursuivre jusqu'à nos jours. Depuis ses premiers habitants, navigateurs émérites ouverts au monde, à l'actuelle « terre d'asile des hommes libres », en passant par les différentes strates d'envahisseurs qui l'ont conquise sans jamais la dominer, le destin de cette cité à la croisée de l'Orient et de l'Occident déroule, au fil du spectacle, une succession de capsules variées. Avec des artistes aux langages aussi différents, sans jamais être dissonants, que ceux des musiciens de l'Orchestre symphonique libanais et du rockeur de Who Killed Bruce Lee (qui vont accorder leurs rythmes sur un morceau commun) ; des rappeurs de Fareeq el-Atrach et du pianiste et compositeur Rami Khalifé (dont la performance a été l'un des moments forts de la soirée) ou encore du poète lyrique Talal Haïdar et du comédien Gabriel Yammine (qui reviendra sur l'âge d'or du Liban dans une prestation colorée et à la veine très musical)... Une célébration tous azimuts de Beyrouth l'immortelle qui s'accorde avec sa diversité de visages.
Un voyage dans le temps, visuel, sonore, poétique et chargé d'émotions... Et qui aiguillonne cette fibre de fierté nationale quelque peu paralysée depuis un certain printemps inachevé. Preuve en est : le public qui s'est levé comme un seul homme dès les premières notes de l'hymne national et l'image du drapeau géant illustrant la séquence de la conquête de l'indépendance. Tout n'est peut-être pas perdu du combat de Samir Kassir...
Un florilège d'artistes
– Porté par une pléiade d'artistes de tous horizons, un spectacle, chorégraphié par Yvan Caracalla, à la musique signée Reza Aligholi et interprétée par l'Orchestre symphonique national conduit par Harout Fazlian.
– Textes et poèmes de Talal Haidar.
– Chanteurs : Hadi Khalil, Yasmine Hadj Nasser, Tania Saleh et Marc Reaidi.
– Danseurs (ses) de la Totem Contemporary Dance Company.
– Comédiens : Gabriel Yammine, Rafaat Tarabay, Jihad al-Andary, Alleco Daoud, Khaled al-Sayyed, Fadi Rifai, Ali el-Zein et Romeo el-Hachem.
Ainsi que les performances du pianiste et compositeur Rami Khalifé, de Who Killed Bruce Lee et de Fareeq el-Atrach.
Et les musiciens orientaux de Saad Saab et The Oud Family.
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