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Culture - Scène

Et si l’art subissait les règles de la charia ?

Nancy Naous et Wael Kodeih présentent ce soir « Le Troisième Cercle » au théâtre Tournesol. Une performance chorégraphiée et musicale démontrant quelles orientations prendrait l'art s'il subissait les règles de la charia. Osé.

Ce soir au théâtre Tournesol, « Le Troisième Cercle » de Nancy Naous et Wael Kodeih. Une performance chorégraphiée et musicale démontrant quelles orientations prendrait l’art s’il subissait les règles de la charia. Osé...

Un acte audacieux que de mettre en scène dans ce Troisième Cercle une actualité brûlante sous forme de performance artistique. Brûlante ? Au vrai sens du terme puisque la charia, comme elle est appliquée de nos jours dans nombre de pays islamiques, risque de mettre le feu au passé et aux valeurs en muselant l'art, en le rendant atone, muet, paralytique et sourd, bref en le rendant malade.

La prière est lumière
Comment repousser l'austérité, voire la morbidité qu'impose cette charia à l'art sans pour autant ni provoquer ni faire de constat moralisateur et didactique, voilà le défi de Nancy Naous (chorégraphe) et de Wael Kodeih (compositeur), lesquels en conjuguant leurs expériences passées dans l'étude du mouvement et de la musique parviennent à créer une performance sous forme d'étude arithmétique et équationnelle, et montrer que si la prière coranique rend gloire au beau, au grand, elle ne peut qu'apprécier l'art puisque l'objectif de ce dernier est de glorifier également le beau.

La performance, traitée comme une conférence (sorte d'autodérision), vise à briser le mur qui se dresse entre le spectateur et l'interprète sur scène. C'est ainsi que Nancy Naous, coréalisatrice du projet avec Wael Kodeih, explique le titre du Troisième Cercle : « Pour regarder le public en face, afin qu'il ne soit plus étranger et l'inviter à rentrer dans cette halqa (cercle). Chaque conférencier racontera à son tour son expérience avec le voile, la bicyclette (interdite ou pas, on ne le saura pas) ou même la musique. Par a+b (aussi simple que cela) et sur fond de gazouillis d'oiseaux, musique issue de la nature, le compositeur va tenter de contredire le postulat selon lequel le piano serait haram (interdit) pour certains.
Le temps passé était plus drôle, dira l'une des interprètes. Plus « cool » , puisque les femmes mêmes voilées savaient s'amuser. Et combien de termes et d'explications, voire d'interprétations trouve-t-on dans les textes religieux au mot divertissement, danse et séduction. C'est à en perdre le nord. On dira même plus nord et sud. Toutes les boussoles ne fonctionnent plus et les repères sont confondus. C'est que chaque dignitaire va de son explication et de son expérience personnelles.

La conférence est rythmée par des mouvements de danse qui reprennent à quelque chose près le rituel de la prière. Pour quelques infimes millimètres en effet, la prière pourrait devenir danse. Et pourquoi pas, semblent dire les artistes, qui démontrent sans donner de réponse, qui décortiquent sans vraiment passer aux conclusions. Eux non plus ne voudraient pas pécher par le diktat de la pensée unique.
Avoir laissé parler une dizaine de religieux, les avoir interrogés sur une séquence chorégraphiée et avoir traduit par la suite les déductions en gestes, danse et musique, tout en laissant par ailleurs cette marge de liberté au public de s'approprier le sujet, telle est la subtilité et l'intelligence de cette performance toute en nuances. Pas de provocation mais juste un appel au secours pragmatique et sans pathos pour tendre la main à cet art/civilisation en péril.
Et si l'art n'existait plus, que deviendra le monde ? Ce à quoi Nancy Naous répondra : « Je vis dans un monde dans lequel l'art existe et il est mon moyen d'expression. À part ça, je n'en sais rien ! »

 

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Fiche technique


Conception : Nancy Naous et Wael Kodeih
Musique : Wael Kodeih
Chorégraphie : Nancy Naous
Interprètes : Dalia Naous et Hanane el-Dirani qui remplace Nancy Naous
Lumières : Alexandre Vincent
Costumes : Jorg Todtenbier
Production : 4120.Corps
Coproduction : al-Mawred al-Thaqafy, Heinrich Boell Stiftung, MuCEM.
Avec le soutien du CND.

 

 

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