Julia, lors de la cérémonie de remise de diplômes au Collège de la Sainte-Famille à Jounieh, en 2014.
Je crois que j'ai été dure envers mes parents. D'abord, après l'obtention de mon bac, je leur ai fait le coup du « je suis une grande fille maintenant et vous avez vieilli ». Ensuite, j'ai enchaîné avec le deuxième choc : Je veux étudier la psychologie. Leur réaction ne s'est pas fait attendre : « Est-ce possible ? Jeter à l'eau toute cette " intelligence " ? » Parce que, bien sûr, l'intelligence est liée aux bonnes notes... Ce n'était que le début. J'allais bientôt réaliser l'étendue des stéréotypes liés au domaine d'études que j'ai choisi.
Autour de moi, dès qu'on apprend que je suis étudiante en psychologie, on se hâte de me demander : « Peux-tu deviner mes pensées ? » Ou encore : « Peux-tu découvrir mon caractère ? » Je réponds qu'un apprenti psychologue, ou même un psychologue accompli, n'est pas doté de superpouvoirs, tels que la télépathie, tout en m'amusant parfois à tenter d'établir des ébauches de « diagnostic ».
Puis on passe de la surestimation de la psychologie à sa sous-estimation. On me dévisage avec compassion : « Mais quels débouchés après ? » Question bizarre lorsque l'on sait que le champ de la psychologie est vaste et touche à d'autres disciplines comme la sociologie, la médecine, la criminologie, la justice et même l'art (googlez « l'art-thérapie »).
Et il y a ceux qui estiment à tort que « le Libanais ne consulte pas de psychologue ». En réalité, beaucoup le font, mais discrètement. D'ailleurs, pourquoi avoir honte d'aller chez un psychologue ? « Parce que le psychologue, c'est pour les fous. » Quelle grave erreur de penser connaître la limite qui sépare ce qui est normal de ce qui ne l'est pas, et quelle pudeur narcissique de se croire tout à fait normal ! Nous avons tous des névroses, plus couramment dites complexes, qui constituent notre part « d'anormalité » (et tant mieux pour nous ! ).
Une autre fausse idée répandue chez nous : la psychologie est réservée aux femmes. Prétendre que seules les femmes sont aptes à ouvrir leur cœur est aussi absurde que sexiste (rappel : Sigmund Freud est le père de la psychanalyse). De plus, bien qu'un patient puisse partager ses émotions durant un entretien psychologique, ce dernier ne se réduit pas à un lamento.
Pour conclure, nombreux sont les médecins, comme Sigmund Freud ou Françoise Dolto, qui se sont intéressés à la psychologie après avoir constaté son importance dans leur travail thérapeutique. Faut-il alors aborder la psychologie comme une science, à l'instar de la médecine ?
En effet, la psychologie est considérée comme une science humaine. Elle puise dans les sciences son caractère expérimental et dans les humanités son intérêt pour la conduite de l'homme, considéré comme singulier. En ce sens, elle dépasse le cadre de la stricte étude pour devenir pour le psychologue un « mode de vie ».
Voilà, en partie, ce qu'est la psychologie.
Julia el-KALLASSI, 19 ans, étudiante en première année de psychologie à l'USJ.


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