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Culture - Beirut Design Week an IV

Déambuler dans Beyrouth en mode design

Beyrouth est une ville tendance. Beyrouth est une capitale branchée, sauf évidemment au courant électrique. Envers et contre tout ce qui l'entoure, la menace, la déstabilise ou la freine, elle reste une plateforme de créativité, de vitalité et, sans doute plus que tout, de réceptivité à tous les styles, les nouveautés, les innovations, les inventions. Preuve en est cette 4e édition du Beirut Design Week qui, sur la bien nommée thématique de « Social Beings » (« Entités sociales »), grouille d'expositions, d'événements, d'ateliers, de tours et de conférences... Avec 150 participants et plus d'une centaine de scènes créatives disséminées à travers la ville, elle vous invite à jouer les surhommes (ou surfemmes) sociaux et sociables. Pour vous aider dans votre parcours design, « L'Orient-Le Jour » a fait sa sélection des 10 spots à ne pas rater.

Variations «finlandaises» en carton plissé des traditionnels abat-jour. Photo Michel Sayegh

Commencer par capter l'esprit Helsinki
Commencer la tournée aux Souks de Beyrouth (quartier des Joailliers) pour y découvrir le minimalisme, le fonctionnalisme et l'esprit « nature », écologique, voire même organique du design finlandais à travers une sélection de pièces conçues par trois studios basés à Helsinki : & Bros, Aalto & Aalto et Sebastian Jansson. Tissus naturels pour des pans de rideaux perforés de motifs picturaux ; caissons modulables et multiusages en bois plywood ; pots de jardinage d'intérieur munis de lampes à basse consommation d'énergie, ou encore ces lumineuses variations en carton plissé des traditionnels abat-jour et lampe de chevet... La créativité finlandaise fait la chasse au superflu pour offrir des objets « sains », recyclables et d'une douce fantaisie.

S'amuser à la sauce hollandaise
On reste dans les Souks et on passe chez les voisins hollandais. L'espace occupé par les designers néerlandais apparaît, d'emblée, plus coloré, plus déluré, avec des meubles et des objets certes fonctionnels et pratiques, mais souvent twistés d'un brin d'humour. Ce design-là est joueur, voire même audacieux. Il s'inspire allègrement des détournements d'objets usuels ou de matériaux conventionnels, tels ce tabouret au siège reprenant la forme d'une pelle de jardin pliée et peinte de tons vifs et ces vases en... cuir, doublés à l'intérieur de caoutchouc, conçus par le studio Roex. Mais encore les lampadaires, intégralement sculptés dans une sorte de mousse feutrée aux couleurs vives, du studio Mieke Meijer. Tout comme il puise aussi dans les traditions manufacturières hollandaises. À l'instar de celle des carrelages en céramique, répandue depuis le XVIe siècle dans les environs de Delft, que les designers de Story Tiles ont revivifiée en y intégrant des couleurs et motifs contemporains et toujours relevés d'une pointe d'humour...

(Dé)monter soi-même son propre objet
Une visite à ne pas rater (toujours aux Souks de Beyrouth, quartier des Joailliers, jusqu'au 7 juin) : celle de l'espace dévolu aux produits des Makers libanais. Une bande de créateurs, réunis par l'architecte Guillaume Crédoz, qui, en façonnant directement eux-mêmes les produits qu'ils conçoivent grâce à la fabrication digitale, proposent un design abordable et non plus uniquement élitiste. Du carreau de ciment aux formes tressées-enchevêtrées et en relief au service de coutellerie en acier inoxydable, Guillaume Crédoz, qui se cache derrière le label Ghouyoum/Rapid Manufactory, imagine, dessine et élabore par impression digitale les moules de ses produits, sans plus avoir recours aux artisans. Qu'il fabrique ensuite plus facilement et à moindre coût. Idem pour Kamal Aoun qui a recours au découpage laser pour ses accessoires en cuir ; pour Ahmad Khouja (Damj) qui assemble lui-même ses luminaires à partir de fines lamelles de bois façon couches d'oignon ou encore pour Charbel Jreijiri (D-rift) qui a recours au même mode d'élaboration pour ses chaises et tables en planches de bois compressé. Sans parler de Karim Chaya (Spock Design) qui propose, lui, des luminaires en aluminium en kits prêt-à-monter. Une manière de faire du consommateur le Maker de son propre objet design.

Sayar & Garibeh ou les Hamadani ?
Parmi la quinzaine de jeunes designers indépendants que présente le Mena Design Research, toujours au Souk des joailliers jusqu'au 7 juin, repérer les têtes d'affiche de demain. Nous, on mise sur le duo Sayar & Garibeh (Stéphanie Sayar et Charbel Garibeh), qui viennent d'ouvrir leur atelier à Beyrouth pour donner libre cours à leur inventivité et leur envie de design expérimental et haut de gamme, à l'instar des magnifiques et tout neufs plats-assiettes en marbre et cuivre modulables baptisés Bangle. Autre duo de talent à suivre, les frères Hamadani qui signent un luminaire-applique en cuivre à la forme – et l'irradiante force – solaire.

 


L’art de la table de Sayar & Garibeh.

 

Faire un clin d'œil à Magritte
Avec Ceci n'est pas un tapis. En effet, il s'agit d'une installation... Présentée dans la vitrine de la galerie Hadi Maktabi à Tabaris, elle est réalisée à partir de 6 plaques d'aluminium colorées, superposées et découpées en motifs inspirés de ceux des tapis iraniens. Une œuvre de grande dimension (3 x 5 m) conçue par le marchand de tapis et Niloufar Afnan, designer de meubles et de bijoux iranienne diplômée de la Saint-Martins de Londres, et que les passants de l'avenue Charles Malek ont pu voir évoluer durant tout le mois de mai, jusqu'à sa version finale aujourd'hui exposée (jusqu'au 10 juillet). Une démonstration, par la construction-déconstruction des couches et motifs, de l'incroyable capacité créative des tisseurs(ses) ruraux(les) qui élaboraient leurs dessins de fils enchevêtrés sans même avoir recours à des sketchs sur papier. Magritte aurait apprécié.

Prendre ses revanches à la Smogallery
Georges Mohasseb, Georges Amatoury, Céline et Tatiana Stephan, Eva Szumilas, Carla Baz, Cyrille Najjar, Gregory Gatserelia ou encore Richard Yasmine ont tous traité du thème de la revanche, de la vengeance, de l'esprit de vendetta (Revenge). À partir de définitions et d'inspirations aussi diverses que variées (revanche de la nature sur l'homme, revendication d'idées nouvelles sur les idées établies, victoire du joueur d'échecs...), les designers ont élaboré des pièces aux esthétiques différentes, aux fonctions aussi disparates qu'un pic à glace, une console, un luminaire ou un meuble échiquier, mais qui sont toutes traversées d'une sorte de violence canalisée. À découvrir jusqu'au 26 juin à la Smogallery, quartier de La Quarantaine.


Table de jeu d’échecs de Carla Baz.

 

Se la jouer (à la galerie) Schizzo
« Créer, c'est se souvenir », disait Victor Hugo. Partant de ce principe, Léda Keuchguérian, décoratrice d'intérieur et galeriste, a demandé à quelques artistes et designers de lui créer des pièces sur le thème du génocide arménien dont on commémore cette année le centenaire. Parmi les œuvres exposées (jusqu'au 13 juin) à la galerie Schizzo (qui veut dire Sketches en italien), à Mar Mikhaël, quelques pièces de design de haut vol. À l'instar du trio banquette, chaise et siège de bar (en bois massif et fer noir) conçus par Bernard Khoury, ou du chandelier-sculpture de Léda Keuchguérian. Inspiré d'un motif architectural arménien, il est façonné en acier chromé poli, « parce que cette matière reflète tout ce qui l'entoure et s'intègre dans tout ce qui l'entoure à l'instar du peuple arménien », explique sa conceptrice, ou encore des bougies de Delphine Markarian qui en fondant laissent apparaître sous la cire des personnages en métal...



Le chandelier-sculpture de Léda Keuchguérian.

 

L'âme Arménie / l'âme Macaron
Et aller admirer la sculpture multifonctionnelle de Sandra Macaron dédiée à son grand-père. Présentée dans la cour du restaurant Mayrig à Gemmayzé, cette œuvre alliant art et artisanat, design et sculpture, évoque l'âme créative arménienne. Mais aussi, à travers ses cinq matériaux différents, le sens de l'adaptation de ce peuple jeté sur les routes de l'exode. Selon qu'elle soit placée horizontalement ou verticalement, son design polyvalent la transforme en console ou en meuble à étagères. Mais elle reste toujours une pièce ornementale, cachant dans sa base en cuivre une inscription talisman d'un proverbe arménien.



Design sculptural de Sandra Macaron.

 

S'asseoir sur les genoux de Liza...
Partir à la rencontre de la bande (là aussi...) de créateurs, artistes et designers qui ont signé la délicieuse décoration du Liza, restaurant de Beyrouth. À l'invitation de Liza Asseily et de la curatrice Maria Ousseimi, ils ont réalisé, spécifiquement pour cette Design Week, une collection capsule de bibelots et accessoires d'art de la table reprenant les codes décoratifs de son restaurant logé au Metropolitan Club, rue Trabaud (Achrafieh). On y retrouvera par exemple des bougeoirs inspirés des luminaires étoiles en cuivre d'Hubert Fattal ; les très belles impressions du papier peint mural reprises par leur créatrice Idarica Gazzoni sur des assiettes; des porte-chapeaux et cadres de miroirs en bambou de Karim Begdache ; des plateaux-mezzés signés Karen Chekerdjian ou encore des coussins Bokja spécialement conçus pour le Liza...

... et terminer par un barbecue primal made in Chaya
Bon vivant, l'architecte et designer Karim Chaya (Spockdesign) s'intéresse aux articles et accessoires de cuisine. Après avoir dessiné une ligne de coutellerie à l'impeccable – et implacable – tranchant, ainsi que des pics à grillades tout aussi efficaces, le voilà qui s'attelle au barbecue. En revisitant le modèle tout simple en tôle, et en y incorporant des détails, des matériaux (laiton, acier galvanisé et noyer africain) et des éléments d'une grande précision et fonctionnalité, ce designer industriel qui n'est plus à présenter veut réintroduire dans le design « la notion d'envie basique ». Faire, en somme, d'un barbecue l'objet d'un désir non pas mental et intellectualisant, mais quasiment primal. En prenant soin de préserver l'équilibre entre forme, fonctionnalité, durabilité et prix accessible.



Le barbecue de Karim Chaya, objet de désir... primaire.

 

Si les effluves de viande grillée vous titillent les papilles rien que d'y penser, cette expo (qui s'ouvre demain vendredi et dure jusqu'au 28 juillet chez Art Factum, à La Quarantaine) est pour vous. Si vous êtes plutôt amateurs d'un art de la table plus précieux, alors passez votre chemin...

 

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