Cette photographie, diffusée le 2 septembre 2026 par le service de presse du gouverneur d'Istanbul, montre des navires des garde-côtes turcs fouillant les alentours du pétrolier ALSU après sa collision avec le cargo Tugberk Imamoglu, transportant des laminoirs d'acier, près de Silivri, en mer de Marmara, au large d'Istanbul. Photo AFP
Le naufrage mercredi en mer de Marmara d'un cargo, dont les dix membres d'équipage sont portés disparus, est dû à la négligence du tanker avec lequel il est entré en collision, selon des experts de la justice turque. Un rapport initial rédigé pour le parquet du district de Silivri à Istanbul, obtenu par l'AFP, a fait état de multiples violations des procédures de sécurité à bord du pétrolier, vide de toute cargaison au moment des faits.
« La cause fondamentale de la catastrophe relève des insuffisances et défaillances sur la passerelle du M/T ALSU », affirme le document. Le troisième officier dans la hiérarchie, « qui venait seulement de rejoindre le navire et manquait d'expérience, avait été laissé seul pendant son quart ».
Le capitaine n'était pas sur la passerelle et dormait dans sa cabine, ce que le rapport décrit comme une infraction manifeste aux procédures de la compagnie. Le rapport affirme également qu'aucune mesure anticipée n'a été prise pour réduire la vitesse et éviter une collision, telle que l'arrêt des moteurs ou la décision de faire machine arrière. Jeudi matin, l'agence Anadolu avait fait état de l'arrestation de neuf des dix membres d'équipage. Six d'entre eux ont ensuite comparu devant un juge.
Transpondeur désactivé
Selon les autorités turques, dix personnes se trouvaient à bord du Tugberk Imamoglu lorsque ce cargo battant pavillon turc a coulé peu avant 03H30 (00H30 GMT) à 18 milles (33 km) au sud-ouest d'Istanbul, bien avant l'arrivée des premiers secours. Le tanker n'a pas subi de dommages apparents.
Le capitaine du Tugberk Imamoglu, qui transportait quelque 4.200 tonnes d'acier laminé et de barres d'armature, l'avait sommé de dévier sa course, comme révélé par un enregistrement radio diffusé par des médias turcs ainsi que des déclarations du propriétaire du cargo.
Le rapport d'expert souligne aussi que le transpondeur (AIS) du navire ne fonctionnait pas — suggérant qu'il était désactivé, en panne ou trafiqué. Il naviguait ainsi « comme un +bateau fantôme+, pratiquement invisible » pour les autres embarcations.
Le texte conclut en revanche que les navires avaient convenu par radio de se croiser par bâbord. Le Tugberk Imamoglu a pourtant modifié sa route sur tribord lorsqu'ils se trouvaient à moins d'un demi mille nautique l'un de l'autre, au risque de couper la route du pétrolier. Construit en 1990, le navire mesurait 90 mètres de long pour 12 mètres de large, selon le site spécialisé Vessel Finder. Il était parti d'Iskenderun (sud) en direction de Karadeniz Eregli (nord), sur la mer Noire.
La profondeur de la mer dans la zone du naufrage est d'environ 800 à 900 mètres, selon le gouvernorat d'Istanbul, laissant présager de complexes opérations de recherche, toujours en cours jeudi. Aucune des deux bateaux ne faisaient l'objet de sanctions, selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

