X

Liban

Tout rentre (provisoirement) dans l’ordre...

La situation
Élie FAYAD | OLJ
16/05/2015

Voilà quelques jours que dans certains milieux proches de Rabieh, on distille volontiers un vocabulaire martial au sujet d'un gouvernement jugé inapte à poursuivre son chemin. La raison en est que le cabinet n'envisage guère de se ranger aux côtés du général Michel Aoun qui le somme de procéder à la nomination de nouveaux chefs sécuritaires au lieu de se contenter de repousser le départ à la retraite des titulaires actuels.
Une expression plutôt violente mais devenue assez usuelle dans le jargon du chef du Courant patriotique libre est revenue à plusieurs reprises, ces trois derniers jours, dans la bouche de certains cadres aounistes : « On va voir ce qu'on va voir... le général va renverser la table... »

Mais au terme de la conférence de presse tenue hier par Michel Aoun, et malgré une nouvelle hausse de tonalité dans le discours – c'est aussi chose courante chez lui –, il fallait se rendre à l'évidence : point de table renversée... Certes, le député du Kesrouan ne s'est pas privé de dire tout le mal qu'il pensait du gouvernement. Il a de plus fustigé implicitement le Courant du Futur pour son refus, jusqu'ici, de conclure un marché avec lui sur les nominations – un candidat haririen à la tête des FSI contre le sien au poste de commandant en chef de l'armée. Et, naturellement, il se devait de saisir l'occasion pour servir à nouveau la recette du système vicié et des chrétiens lésés par Taëf depuis 1990, sans d'ailleurs dire un seul mot sur le rôle du régime syrien dans cette déconfiture chrétienne.

Enfin, pour suggérer qu'il n'oublie pas la présidentielle en panne, il s'est efforcé de faire du nouveau avec de l'ancien en remettant sur le tapis les propositions successives qu'il avait faites à ce sujet, à savoir l'élection du président au suffrage universel à deux tours avec verrouillage chrétien au premier ; un scrutin parlementaire limité aux deux candidats chrétiens les plus représentatifs, ou encore la tenue des législatives sur la base d'une nouvelle loi électorale préalablement à la présidentielle...

 

(Lire aussi : Crise syrienne : l'optimisme de Steinmeier, en visite éclair à Beyrouth)


Toujours est-il que le chef du bloc du Changement et de la Réforme n'a guère franchi le Rubicon cette fois-ci. Il avait été clairement question d'une annonce d'un boycottage des réunions du gouvernement par ses ministres, ce qui aurait entraîné la paralysie du cabinet Salam, en attendant que ses conditions soient entendues. Une telle décision nécessitait bien entendu un minimum de soutien de la part des alliés du CPL. Il était clair hier, après la conférence de presse, que le général Aoun ne disposait pas de ce soutien. Le Hezbollah, on le sait, a d'autres chats à fouetter pour le moment. Ses priorités sont – géographiquement – ailleurs, ce qui lui impose d'œuvrer pour le maintien du statu quo sur la scène locale. La prestation attendue ce soir de son secrétaire général doit le démontrer.

Pourtant, nombre d'observateurs pensent que dans cette affaire de nominations sécuritaires, le général Aoun paie d'une certaine façon le prix de son attachement à son alliance avec le Hezbollah et l'étroitesse de sa marge de manœuvre à l'égard de ce dernier. Lorsqu'il y a deux mois, il avait fait sa proposition à Saad Hariri, le chef du Futur ne s'était pas prononcé explicitement. Il n'avait pas accepté la proposition, mais ne l'avait pas rejetée non plus. À en croire leurs sources, les haririens attendaient des dividendes politiques de la part du CPL pour conclure le marché. Il y a quelques semaines, le général Aoun avait paru aller dans ce sens en déclarant qu'il serait « prêt à abandonner ceux qui l'abandonnent ». Cependant, aussitôt après, une entrevue était organisée avec Hassan Nasrallah et tout est depuis rentré dans l'ordre, les milieux aounistes recommençant à trouver des justifications à la politique régionale du Hezbollah, notamment en Syrie.
Cela étant dit, il convient toutefois de signaler que la décision de Michel Aoun de ne point rompre les amarres avec le gouvernement semble être aussi le fruit d'un débat interne. Un courant « sage » au sein du CPL aurait, à en croire des milieux aounistes, pris le dessus ces jours derniers dans cette affaire sur la tendance « dure », représentée par le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

Reste l'autre dossier qui secoue l'opinion locale ces jours-ci, l'affaire Samaha. La fièvre suscitée par le verdict du tribunal militaire est quelque peu retombée hier, sauf à Tripoli, où les milieux islamistes restent plus ou moins en effervescence. Mais en montant aux créneaux dès le début, le courant du Futur, qui est actuellement une espèce de synthèse (convenue) entre Achraf Rifi et Nouhad Machnouk, a de toute évidence désamorcé la bombe que pouvait représenter cette affaire dans les milieux sunnites.

 

Lire aussi
Ni tribunal ni militaire, l’éditorial de Issa Goraieb

Le cheikh Salem Raféï à « L'OLJ » : Rendez-nous justice ou laissez-nous vivre seuls

Appels indignés à une révision des prérogatives du tribunal militaire

Pour le mufti Deriane, la justice au Liban n'est pas rendue

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

FAKHOURI

on n'en finira jamais avec cet homme , son entourage et sa famille
Il a fui le Liban, abandonnant ses troupes, incendiant (verbalement) les syriens et il est revenu pour servir de carpettes à l'Iran via hezbollah

Le Faucon Pèlerin

Michel le Téméraire de Rabiépolis a effectué un repli stratégique. En jargon militaire, le repli stratégique est opéré pour mieux rebondir, mais le repli stratégique dont je parle, est pour ne plus jamais rebondir.

carlos achkar

Et pour preuve car il n'est que le laquais d'un autre laquais.
Le pire c'est qu'il se croit l'homme fort du pays.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAR LA PONDÉRATION ET LA JUGEOTTE !!! IL 3ANTARAT MA BTINFA3...

Halim Abou Chacra

"Le général Aoun, dîtes-vous, M Fayad, "sert à nouveau la recette du système vicié et des chrétiens lésés depuis 1990 par Taef (dont il a été la cause) sans dire un mot sur le rôle du régime syrien dans cette déconfiture chrétienne". Toujours la même histoire, depuis son total revirement en 2005-2006 et son intégration de l'axe de la "moumana3at" (-supercherie), en vue de son ambition. Alors toute la barbarie de la dictature syrienne au Liban, puis en Syrie, assassinant littéralement le peuple syrien, se justifie ! Alors toutes les dérives, toutes les aventures, toutes les guerres du Hezbollah , qui causent les plus grands malheurs au Liban et désintègrent ce pays, jouissent de sa couverture et de ses justifications ! Voilà le grand paradoxe : il se fait prisonnier de l'axe néfaste Iran-gang Assad-Hezbollah, rejeté par la plus écrasante majorité des Libanais toutes communautés confondues, au lieu de se positionner dès le début, en 2005-2006, comme grand leader d'une ligne centriste salutaire pour le Liban; il donne même l'impression que sa dernière rencontre avec Nasrallah a été un rappel à "l'ordre" qui lui a été adressé. Et c'est dans cette ligne qu'il veut être élu président même au prix du chambardement de la Constitution et du Liban; il veut que ses volontés soient respectées concernant les nominations etc. Il est sûr que dans le CPL il y a des têtes pensantes qui savent que c'est cette ligne néfaste qui a ruiné le général Aoun, mais personne n'ose le dire.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Pourtant, à propos de "lui", voici tout simplement qu’1 "savant" parle de forces telluriques qui soudain peuvent surgir. D’"actes manqués", comme des "ratés du comportement", le surgissement de désirs si refoulés dissimulés au + profond. Dans cette perspective, pour "lui", ce serait à l’évidence le rejet inconscient de ce destin "patriarcal de sa clique chréti(en)ne pseudo -laïque aigrie et fanatique qu’on lui promettait, qui expliquerait ainsi cette métaphore d’un suicide.... politique. Sans oser se l’admettre, il n’en voulait pas de cette orangerie. Et même l’idée de la conquérir l’accablait ! C’était surtout sa clique autour de lui qui ambitionnait, elle, de devenir vizir à la place du vizir. Elle, si encombrante avec ses absolutions à répétition quand il se faisait pincer via 1 quelconque et banale "libânnerie". Sans compter cette pieuvre brune ou noire énorme et colossale, ce paratonnerre Malsain "pur" planté au-dessus du crâne comme une bête assurance tous risques qui le déresponsabilise à tout va ; le boSSfaïr ébaubi ! Alors, pourquoi ne pas donc compromettre en un seul geste absolument déraisonné un destin non désiré ni mérité et, accessoirement, ruiner ses héritiers de gendres, grimpions, neveux et vizirs de vizirs ? Certes, il entre énormément de provocation dans l’énoncé d’1 telle hypothèse. Qui n’a pour mérite que d’expliquer l’inexplicable, ce qui est bien très pratique dans le "Cas" d’un "P..vre" type. "A suivre", comme disent ; yîîîh ; les feuilletonistes !

Dernières infos

Les signatures du jour

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué