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Liban

Samaha condamné à quatre ans et demi de prison « pour delivery d’explosifs »

Justice
14/05/2015

La colère du ministre de la Justice était prévisible et la déception de la famille Samaha qui avait plaidé l'innocence est compréhensible. Pourtant le tribunal militaire présidé par le général Khalil Ibrahim a prononcé un jugement relativement clément, condamnant l'ancien ministre Michel Samaha à 4 ans et demi de prison. Ce dernier devrait donc rester en prison jusqu'au mois de décembre, sauf imprévu du côté de la Cour de cassation. D'autant qu'en début de soirée, le procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, a demandé au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Sakr Sakr, de se pourvoir en cassation.

C'est un drame à trois qui s'est déroulé hier devant le tribunal militaire présidé par le général Ibrahim en présence du procureur Hani Helmi Hajjar. Officiellement, l'ancien député et ministre Michel Samaha était seul face aux juges, mais l'ombre du « témoin protégé » Milad Kfoury, et à travers lui celle du service de renseignements des FSI, planait sur le prétoire.
Le général Ibrahim avait beau vouloir mener une audience purement judiciaire sans le moindre facteur politique, celui-ci était omniprésent dès le départ, d'abord en raison de l'affluence des journalistes plus nombreux que pour les procès des terroristes islamiques et ensuite dans les murmures des avocats, venus eux aussi nombreux, enfin dans l'attitude des militaires qui gèrent les audiences devant ce tribunal.

En principe, l'affaire Samaha venait à la 90e place dans l'ordre du jour du tribunal militaire qui mène en général les audiences tambour battant, mais le président Ibrahim a préféré la laisser pour la fin pour pouvoir justement lui donner plus de temps. Il a donc fallu voir défiler les multiples affaires prévues au programme : d'abord, les délits et ensuite les crimes. Un vieil homme de 83 ans a été ainsi entendu, mais c'était lui qui n'entendait pas, dans une affaire mineure de construction illégale et un groupe de jeunes Syriens et Libanais du Nord, en principe liés aux terroristes d'al-Nosra et de Daech, ont défilé avec leurs avocats. C'est finalement vers 15 heures qu'est arrivé le tour de Michel Samaha, qui avait apporté avec lui une série de dossiers annotés, comme il le faisait dans les talk-shows télévisés.

L'audience a commencé par l'audition de son chauffeur Farès Barakat. Le procureur voulait l'interroger sur ce qu'il savait des rencontres de l'ancien ministre avec Milad Kfoury et de ses déplacements en Syrie. Le chauffeur qui a affirmé travailler pour M. Samaha depuis douze ou treize ans a révélé qu'il savait à peine lire et écrire et que sa relation avec l'ancien ministre se limitait à celle d'un chauffeur avec son employeur. Il avait bien sûr vu Milad Kfoury qui se rendait chez M. Samaha tant à Beyrouth que dans son village du Metn. Mais il n'aurait pas pu dire qu'elle était la nature de leurs rapports, sachant que le fameux 3 août 2012, lorsque l'ancien ministre a été arrêté, c'était Milad Kfoury, qui se trouvait avec lui dans le parking de son immeuble, qui lui avait dit de monter chercher le sac oublié par M. Samaha. Ce sac contenait de l'argent, mais Farès Barakat a affirmé n'avoir pas regardé son contenu. Le président du tribunal lui a demandé si le revolver qu'il porte en permanence a une licence, le chauffeur a répondu par l'affirmative. Le président du tribunal a alors fait remarquer que des armes sans permis ont été trouvées chez M. Samaha et l'ancien ministre a répondu que lorsqu'il avait refusé l'escorte à laquelle il avait droit en tant que ministre, des amis lui avaient offert ces armes qu'il n'a jamais utilisées.

(Lire aussi : Le tribunal militaire, un « archaïsme » accusé de creuser encore plus le fossé entre les Libanais)

 

Les charges « le long de la frontière »
Le général Ibrahim lui a ensuite posé quelques questions pour obtenir des précisions sur Milad Kfoury et l'ancien ministre a affirmé qu'il a été bel et bien piégé par ce dernier qu'il connaissait depuis de longues années, étant tous les deux originaires du même village. Milad Kfoury a même travaillé pendant un certain temps à Tripoli avec le député défunt Maurice Fadel, puis avec l'ancien ministre Mohammad Safadi. Il a donc réussi à gagner sa confiance et à le convaincre de se rendre en Syrie pour réclamer une liste d'explosifs aux autorités et notamment à l'officier Adnane du bureau du général Ali Mamlouk, chef des renseignements militaires syriens. Selon Michel Samaha, la liste avait été préparée par Milad Kfoury lui-même et il s'est contenté de la transmettre à ses interlocuteurs syriens. De même, il a précisé que de son côté il n'était pas question de faire exploser des mosquées pendant le mois de ramadan ni même de cibler le député Khaled Daher, mais plutôt de placer les charges le long de la frontière syro-libanaise. Quant aux excuses qu'il a présentées à Khaled Daher au cours de la précédente audience, elles n'étaient pas dictées par un quelconque sentiment de culpabilité à son égard, mais bien parce qu'il a cité son nom dans ce procès.

Michel Samaha a précisé que Milad Kfoury a suivi une formation spéciale qui est donnée par les services de renseignements pour pouvoir gagner sa confiance et infiltrer ses pensées. La thèse a été reprise par ses avocats, notamment Me Sakhr el-Hachem, qui a prononcé la plaidoirie au nom de ses confrères. Devant le tribunal, l'ancien ministre a précisé que les Syriens ne lui avaient rien réclamé et que c'est Milad Kfoury qui lui transmettait les demandes et choisissait les cibles, alors qu'il se contentait de faire le lien avec les Syriens qui ont fourni les explosifs. À la question de savoir si les doutes ne l'ont jamais effleuré face à l'action de Milad Kfoury, M. Samaha a répondu qu'il était alors plongé dans une série de contacts à haut niveau avec les Églises d'Orient et des responsables politiques européens. Il n'était donc pas vraiment concentré sur cette question, mais qu'il a quand même eu des doutes sur la capacité de Milad Kfoury à réaliser ses projets.

Dans son réquisitoire, le procureur a pris la défense du service de renseignements des FSI, dont la mission est « bien trop importante pour tendre des pièges et monter des scénarios ». De plus, pour lui, les indices étaient clairs et il a donc requis la peine maximale.

(Pour mémoire : Michel Samaha reconnaît avoir ramené des explosifs de Syrie)

 

« Guerre politico-sécuritaire »
L'avocat, Me Sakhr el-Hachem, a insisté sur le fait que tout au long de sa longue carrière Michel Samaha ne s'est jamais occupé de questions sécuritaires. Il était pleinement dans la politique, « rien que dans la politique, et il faisait des jaloux en raison de sa position auprès des dirigeants syriens ». Le piège lui a donc été tendu pour deux raisons : d'abord pour sa personne et ses positions, ensuite parce qu'il fallait à travers lui toucher le cercle des intimes du commandement syrien. L'avocat a repris une interview du général Wissam Hassan (chef de l'unité des renseignements des FSI à l'époque) dans laquelle il avait déclaré au quotidien an-Nahar que le dossier Samaha ne devrait pas être fermé et qu'il ferait tout son possible pour cela. Selon l'avocat, le rôle de l'ancien ministre s'est limité à celui d'« un salarié de delivery », qu'il a été victime d'un incitateur qui lui a tendu un piège, mais qu'il n'a pas commencé à exécuter la mission.

Le mot de la fin est revenu à Michel Samaha lui-même qui a affirmé être prisonnier d'une guerre politico-sécuritaire et qu'il faut faire la différence entre l'agent et l'informateur (le titre de Milad Kfoury aux SR des FSI), le premier est un acteur qui traque et piège et le second transmet des informations.
Le président a ensuite levé l'audience pour se réunir à huis clos avec les autres membres du tribunal. Le jugement est tombé vers 18 heures. Quatre ans et demi d'emprisonnement pour l'ancien ministre qui en a déjà purgé 3 ans et 8 mois. Il lui reste donc 7 mois de prison (l'année judiciaire étant de 9 mois), pendant que la famille ne cachait pas une certaine déception...

 

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Pour mémoire
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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE VERDICT... DES DEUX POIDS ET DEUX MESURES... DIVISENT DÉJÀ PROFONDEMENT LE PAYS !!!

Tabet Karim

Une mascarade et une gifle de plus à la probité et l'intelligence du citoyen libanais. Moralité de l'histoire: on a vraiment rien à craindre dans ce bed pourri ou la justice a autant de valeur qu'un sandwich de falafel.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRAQUÉ... OU PIÉGÉ... LA DEUXIÈME EST LA PLUS PLAUSIBLE... çA NE CHANGE EN RIEN LA CULPABILITÉ POUR DES CRIMES QUI AURAIENT MIS LE PAYS EN FEU ET EN SANG ! L'ARTICLE EST PLUS CLÉMENT QUE LE JUGEMENT MÊME !!!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Dites, comme pour Ghâzi Kanaan, à quand son "suicide" avec un pistolet à silencieux d'une balle dans le dos ?

Halim Abou Chacra

Un simple petit "boy de delivery" ! Chez qui ? Chez les "moukhabarat" de Damas, services de renseignement baassistes, classés parmi les plus criminels du monde ! Delivery de quoi ? De terreur et de mort ! Et il est innocent !! Procès et jugement à "archiver" dans les annales des justices les plus ridicules du monde.

Bery tus

hahahah cela fait rire .. quand on essaie de defendre dans un artcile l'indéfendable cela se remarque directement et c'est assez surprenant !!

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