« The Path », de Dina Maalouf Katrib, un tête-à-tête avec soi-même.
Pour la toute première fois, Jabal a exigé de ses participants de traiter un thème précis. En l'occurrence, celui de leurs Visions, où mythes et rêves s'unissent autour du Liban.
« On voulait qu'ils réfléchissent sur le message qu'ils désirent transmettre à travers leur travail », indique Laure d'Hauteville, conseillère artistique de cet événement mis en place annuellement par la Fransabank. « Étant extrêmement concernés par le dilemme auquel fait face la nouvelle génération dans sa façon de percevoir et de portraiturer le Liban, nous voulions que Jabal 2015 puisse offrir une meilleure compréhension et un support plus adapté aux besoins des jeunes artistes », précise Dania Kassar, directrice de la communication de cette banque-mécène.
C'est d'ailleurs « pour les aider à se réapproprier l'image du pays » que ce Salon des Jeunes artistes des beaux-arts du Liban (Jabal) s'est installé cette fois, après 10 ans d'expositions annuelles à l'hôtel Le Gray du centre-ville, au Saint-Georges. « Un lieu hautement symbolique en cette année qui signe la 40e commémoration de la guerre libanaise. Un témoin "mythique", de l'âge d'or de Beyrouth comme aussi de sa période de conflits », affirment les organisateurs. Pour le reste, cette édition, qui se tient jusqu'au 16 mai, de 16h à 21h, offre, comme de coutume, une plate-forme de visibilité à une trentaine de nouveaux talents (libanais ou résidant au Liban) n'ayant (pour la plupart) pas encore eu accès à une exposition individuelle. Sur la centaine de candidatures, la sélection* d'œuvres exposées déroule une honnête variété de techniques et d'expressions : picturales, sculpturales, photographiques, vidéos, plasticiennes et graphiques. On retiendra surtout de cette cuvée 2015 imprégnée d'un classicisme de bon aloi (en sculpture surtout) : un nombre accru d'aspirants photographes, 3 œuvres vidéo de belle facture, et 3 artistes sur l'avenir desquels nous sommes prêts à miser : Dina Maalouf Katrib, Jana Younès et Liane Mathes Rabbath.
*Le jury de Jabal est composé de Laure d'Hauteville (conseillère artistique), Marine Bougaran (spécialiste photo et vidéo) et Pascal Odille (expert à la Chambre nationale d'experts spécialisés).
Les 3 coups de cœur de la rédaction
L'installation de Dina Maalouf Katrib
L'œuvre que présente cette graphic designer reconvertie dans l'art il y a trois ans peut facilement être considérée comme la pièce forte, pour ne pas dire le clou de Jabal 2015. Intitulée The Path et cachée derrière des rideaux noirs, elle s'appréhende comme un tête-à-tête avec soi-même. Comme une contemplation de la condition humaine reflétée dans ce masque de visage. Réalisé à partir de boyaux de vache, surmonté d'une couronne de branchages peinte en rouge, il est placé dans une boîte en plexiglas au-dessus de laquelle semble s'accumuler de menaçants nuages de Sif el-abed suspendus au plafond... « C'est une sorte de conversation surréaliste entre l'homme et son destin. Une illustration de la douleur intérieure et des problèmes externes qui pavent le chemin de vie de chaque être humain, pour l'aider à évoluer, à mûrir, à devenir ce qu'il doit être. »
La vidéo de Jana Younes
Il s'agit du projet de fin d'études audiovisuelles de la jeune photographe et vidéaste qui pratique aussi assidûment la danse (tango et ballet moderne). Deux univers qu'elle fait se rencontrer avec beaucoup de sensibilité, de sensualité et d'élégance dans cette vidéo intitulée Oranda. Et qui, à travers la danse d'un couple sur une chorégraphie suivant les mouvements des aiguilles d'une montre, évoque une métaphore des liens de l'amour et du temps qui passe.
Les techniques mixtes de Liane Mathes Rabbath
Cette artiste européenne mariée à un Libanais travaille avec une précision de dentelière le collage de papiers de cigarette à rouler. Découpé en cercles ou lamelles ou encore plissé, il forme au total des compositions graphiques évoquant les moucharabiehs, « symboles, pour l'Occidentale que je suis, des petits secrets si fréquents en Orient », dit-elle.
Pour mémoire
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