Les routiers à leur arrivée à l’AIB. Photo Ani
Le retour des routiers à leurs foyers constitue un premier pas pour le gouvernement, qui avait débloqué un million de dollars pour assurer le rapatriement des camionneurs avec leurs véhicules, mais qui n'a pas levé le petit doigt pour trouver une alternative au transport terrestre des produits agricoles libanais qui pourrissent dans les frigos et les hangars.
Les camionneurs libanais, présents début avril au poste frontalier de Nassib entre la Jordanie et la Syrie lorsqu'il a été pris d'assaut par des rebelles syriens, se sont dirigés vers plusieurs pays arabes afin de trouver refuge, notamment en Jordanie, au Koweït et en Arabie saoudite. Plusieurs d'entre eux ont pu regagner le Liban, mais d'autres se trouvent toujours bloqués avec leurs camions en Arabie saoudite.
« 290 camions se trouvent actuellement à l'étranger et rentreront au fur et à mesure au Liban. Cinquante poids lourds sont déjà arrivés au port de Tripoli, 50 autres arriveront au Liban dimanche et 60 autres quitteront la Jordanie en début de semaine prochaine », a expliqué le général Kheir. « Sept des chauffeurs regagneront le pays avec leur véhicule dès dimanche à bord d'une barge », a-t-il précisé. « Il a tenu par ailleurs à remercier le responsable de la diaspora libanaise à Djeddah, Samir Kreidiyé, qui s'est chargé des dépenses du transport des routiers vers Beyrouth, de même que les responsables des missions diplomatiques libanaises dans les pays du Golfe qui ont apporté leur aide au dénouement de cette crise », a-t-il expliqué. Il a ajouté que conformément à la décision adoptée par le Premier ministre et le gouvernement, en coopération avec le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, 3 400 dollars devront être versés au chauffeur de chaque camion rentrant au Liban et que des indemnités sont prévues à l'ordre du jour du gouvernement à ceux dont les véhicules ont été brûlés ou détruits lors de l'attaque du poste frontalier.
Le président de l'Association des agriculteurs libanais (AAL), Antoine Hoyek, a réagi à l'affaire des camionneurs, qui selon lui ne représente qu'un détail qui aurait dû être réglé depuis longtemps par l'État. Il a estimé que ce dernier tarde à assumer ses responsabilités quant à la mise en place d'une alternative permettant aux agricultures libanais touchés par cette crise d'écouler leur marchandise. M. Hoyek a précisé à L'Orient-Le Jour que plusieurs camionneurs ont ainsi préféré rester dans les pays du Golfe où ils arrivent à travailler même illégalement au lieu de revenir et rester bloqués au Liban sans aucun espoir d'ouverture de la voie terrestre.
Selon lui, le gouvernement devrait se pencher en urgence sur la nécessité d'acheter des navires rouliers ou RORO (Roll-on Roll-off) qui permettent le transport de 50 à 90 camions frigorifiés remplis de produits vers Port-Saïd en Égypte. Une étude préparée par le président de l'AAL consiste en l'achat de quatre navires RORO pour le prix approximatif de dix millions de dollars remboursés à long terme par des taxes de transport variant entre 500 et 700 dollars, imposées aux routiers qui ramènent à leur retour de la marchandise.
« Un gouvernement qui a pu débrouiller la somme de sept millions de dollars afin d'acheter un insecticide selon des normes bien spécifiques d'une marque déterminée aurait mieux fait d'acheter des navires et sauver les produits agricoles et les agriculteurs d'une situation désastreuse », a-t-il martelé. « Les pommes pourrissent dans les frigos des villages en attendant leur écoulement et les pommes de terre sont détruites au Akkar », a-t-il déploré. Antoine Hoyek s'est indigné en rappelant que la Syrie a déjà envoyé six navires RORO remplis de produits agricoles syriens vers les pays du Golfe tandis que le gouvernement libanais insiste à faire payer le prix de la guerre syrienne à l'agriculteur libanais. « Nos agriculteurs vont droit à la catastrophe et perdent leur clients, qui s'impatientent face à cette situation et préfèrent se fournir malheureusement ailleurs que chez nous », conclut-il.
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