L'Arabie saoudite a mis en garde les rebelles yéménites Houthis contre toute tentative d'"exploiter les pauses dans les bombardements dans certaines zones pour entraver l'arrivée des secours" à la population prise au piège des violences. AFP PHOTO / MOHAMMED HUWAIS
L'Arabie saoudite a déclaré lundi envisager des trêves ponctuelles dans certaines zones du pays plongé dans la guerre afin de permettre l'envoi d'aides humanitaires.
Alors que l'ONU a mis en garde contre une "catastrophe humanitaire" au Yémen, le nouveau ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a annoncé que son pays consultait ses partenaires de la coalition arabe "pour cesser temporairement les raids dans des zones" bien définies "pour permettre l'acheminement de l'aide". Il a mis en garde les rebelles chiites Houthis contre toute tentative d'"exploiter les pauses dans les bombardements dans ces zones pour entraver l'arrivée des secours" à la population prise au piège des violences. Riyad ripostera par des "raids à tout mouvement suspect", selon lui.
Pour centraliser l'opération d'aide envisagée, l'Arabie saoudite compte installer sur son territoire un centre chargé de coordonner l'assistance aux Yéménites, qu'elle provienne des agences des Nations unies, d'autres organisations humanitaires ou de pays désireux aider. M. Jubeir n'a toutefois donné aucune indication sur la date à laquelle ces trêves entreraient en vigueur.
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Les Houthis résistent
Depuis le 26 mars, l'Arabie saoudite conduit avec huit alliés arabes une campagne de bombardements aériens contre les Houthis, soutenus par l'Iran, pour les empêcher de prendre le contrôle total du Yémen, voisin du royaume saoudien.
Riyad fait l'objet de critiques croissantes à propos des pertes parmi les civils et des pénuries de toutes sortes dans ce pays où le tiers de la population, soit 7,5 millions de personnes, est affecté par le conflit. Plus de 1.200 personnes ont été tuées depuis le 19 mars, selon l'ONU. Lundi, l'organisation Action contre la faim (ACF) a exhorté le président français François Hollande de tout faire, lors de sa visite jusqu'à mardi à Riyad, pour obtenir une cessation des hostilités au Yémen et aider à faciliter la distribution d'aide aux civils. "Face à la catastrophe, il y a maintenant un impératif humanitaire qui doit primer sur tout objectif politique ou militaire", a souligné ACF.
La proposition saoudienne de zones "sécurisées" intervient après plus de cinq semaines de raids qui ont certes privé les Houthis d'installations militaires, de stocks d'armes et de voies d'accès pour poursuivre leur avancée dans le sud, mais n'ont pas changé fondamentalement la donne sur le terrain, estiment des experts. Les Houthis, qui ont lancé leur offensive en juillet 2014, continuent de contrôler la capitale Sanaa et d'autres vastes régions du territoire, et de résister dans le sud, notamment à Aden, deuxième ville du pays.
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Hollande rencontre Hadi
La guerre au Yémen sera au centre du sommet des six monarchies sunnites du Golfe mardi à Riyad, auquel assistera M. Hollande, et sera en outre évoqué lors d'une visite du secrétaire d'Etat américain John Kerry en Arabie saoudite les 6 et 7 mai.
M. Hollande, arrivé à Riyad lundi, devait rencontrer en soirée le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite après sa fuite de son pays, ainsi que le roi Salmane. Des analystes se demandent si la coalition arabe sera capable de rétablir l'autorité légitime de M. Hadi, sans une intervention terrestre. L'une des "contradictions" de la stratégie saoudienne est d'avoir déclenché une campagne aérienne "sans composante terrestre", souligne l'expert Neil Partrick. Selon des spécialistes, l'arrivée discrète dimanche à Aden de dizaines de soldats de la coalition arabe semble répondre au besoin de mieux organiser les rangs des combattants pro-Hadi, jusqu'ici incapables de bouter les rebelles hors de la ville.
Les Comités de "résistance populaire", réunissant des partisans de M. Hadi, manquent en effet singulièrement d'expérience et de leadership, souligne un expert militaire à Aden. En face, les Houthis, aidés notamment par les soldats restés fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, se sont aguerris depuis qu'ils sont partis de leur fief de Saada (nord) pour entrer à Sanaa en septembre 2014 avant de chasser du pouvoir M. Hadi en janvier et d'avancer vers le sud en mars. "C'est une organisation idéologique qui s'est forgée en armée dans un environnement de guerre", relève l'expert yéménite Majed al-Mithhadi.
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