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Liban

« La langue arabe, sésame des Libanais arméniens dans la fonction publique »

Interview

Il y a les hommes d'affaires qui brassent de l'argent avec plein d'arrière-pensées politiques. Il y a aussi les hommes politiques qui font plein d'argent et ne touchent aux affaires qu'avec des arrière-pensées de puissance. Et il y a les autres. Ceux qui ont forgé leur carrière à la force du poignet et qui une fois arrivés veulent bien faire œuvre d'utilité publique dans un désintérêt total de la politique. Michel Jean Goguikian est de ceux-là.

24/04/2015

Banquier, homme d'affaires et philanthrope, Michel Goguikian a entamé sa carrière professionnelle il y a 35 ans en tant que banquier d'affaires et d'investissement, notamment à Bahreïn et en Arabie saoudite. Par la suite, il a étendu son champ d'action aux domaines du développement immobilier et des entreprises industrielles, d'abord à New York puis dans différents pays d'Amérique latine.
Observateur curieux du phénomène américain, il est tombé en admiration devant cette culture de la philanthropie typique de « l'american way », qu'on retrouve un peu dans le monde arabe mais qui est quasiment inexistante en Europe. Pour Michel Goguikian, si les États-Unis ont réussi dans de nombreux domaines, cela est en partie dû à leur système de mécénat. Cependant, l'homme était en même temps conscient que pour s'engager dans la philanthropie, il faut être en mesure de le faire. Et c'est ce qu'il fit via la Banque du Venezuela à partir des années 1999-2000.

Aujourd'hui, la Fondation Goguikian finance les études d'une vingtaine d'étudiants libanais avec la collaboration des principales universités du pays : l'Université américaine (AUB), l'Université Saint-Joseph (USJ), l'Université Haigazian, l'Université libano-américaine (LAU), l'Université Notre-Dame (NDU) et l'Université Balamand.

Quelles sont les conditions mises en avant pour bénéficier des bourses universitaires de la fondation ? Mis à part le critère d'excellence dans les études, Michel Goguikian insiste tout particulièrement sur l'apprentissage de la langue arabe, notamment auprès des étudiants d'origine arménienne. « Nous accordons une importance primordiale à la maîtrise de la langue arabe et au développement du sentiment libanais chez les étudiants pris en charge par la fondation. Ceci est la condition sine qua non pour qu'ils soient en mesure de travailler dans le secteur public afin de servir leur communauté et le Liban », explique l'homme d'affaires, qui met en relief la faiblesse de la représentation des Libanais d'origine arménienne dans la fonction publique. « C'est d'ailleurs un problème qui ne concerne pas seulement les arméniens, mais tous les chrétiens du Liban », ajoute-t-il.

Quelles sont les sources de financement de la fondation? Existe-t-il un système de quota de contribution parmi les membres ? Et comment trouve-t-on le moyen de financer autant de bourses universitaires en ces temps de crise économique mondiale ? La réponse est aussi simple que franche : « La fondation porte le nom de notre famille, en hommage à mon père. Jusqu'à présent, et depuis sa mise en marche il y a déjà 5 ans, les frais de cette fondation sont financés par moi-même exclusivement, surtout aux États-Unis. Au Liban, les universités partenaires contribuent à hauteur de 50 % des bourses. »

La fondation a-t-elle des activités en Arménie ? Michel Goguikian affirme que sa fondation a commencé à travailler en collaboration avec l'Université américaine en Arménie, mais il précise que ce programme est actuellement suspendu pour des raisons circonstancielles et reprendra sous peu.

A-t-il jamais été tenté par la politique au Liban ou ailleurs ? « Je ne fais de politique nulle part, cela ne m'intéresse pas. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir d'excellents rapports avec de nombreuses formations. Vous savez, on peut servir son pays tout en restant dans le domaine privé. »

Interrogé enfin sur ses rapports avec l'Union générale arménienne de bienfaisance, collaboration ? rivalité ? Michel Goguikian écarte toute comparaison avec l'UGAB. « Nous admirons l'UGAB et la portée de son travail tant en Arménie que dans la diaspora. Si l'occasion se présente un jour, nous serions ravis de les joindre sur une initiative concrète pour aider les Arméniens du Liban ou du Moyen-Orient. Mais, bien sûr, nous n'avons pas les mêmes ambitions, notre structure est petite et simple, la fondation est une initiative familiale privée. »

 

Tout a commencé il y a 15 ans

Les activités philanthropiques de Michel Jean Goguikian ont vu le jour il y a 15 ans, tout d'abord au Venezuela, puis à l'étranger, par le biais d'un certain nombre de fondations visant à couvrir les besoins fondamentaux de la jeunesse défavorisée, l'enseignement supérieur et l'accès au crédit pour les plus pauvres. En 2000, par l'intermédiaire de la Fondation Banco de Venezuela, il apporte son soutien au Réseau national des orchestres de jeunesse du Venezuela, initiative qui favorise l'épanouissement humain des enfants pauvres, auprès d'un total de 250 000 jeunes musiciens dans tout le pays. En 2001, il crée Universia Venezuela, afin de promouvoir une coopération plus étroite entre les 49 universités du Venezuela, leur corps enseignant et leurs étudiants, ainsi que pour éliminer les barrières traditionnelles qui existent entre le monde de l'université et celui des entreprises.
En 2008, il crée la Fondation Goguikian au Liban, en hommage à son défunt père, l'ambassadeur Jean Goguikian, afin d'apporter son soutien à la communauté arménienne, à travers l'éducation supérieure, et contribuer au développement social et économique des Libanais d'origine arménienne et de la société libanaise en général. Au cours de ces cinq dernières années, la fondation, avec l'aide des meilleures universités du Liban, a rendu possible l'accès à l'université de 20 étudiants d'origine arménienne, en assurant la totalité de leurs frais universitaires. Au cours de cette période, les boursiers de la fondation ont fourni plus de 6 000 heures de travail social et communautaire, surtout dans la région de Beyrouth. En 2014, la Fondation Goguikian – USA crée un fonds de dotation à la Duke University, spécialement destiné à l'aide aux étudiants étrangers en provenance de pays en développement, ayant besoin d'un soutien financier pour suivre des études supérieures aux États-Unis.
Michel Goguikian est membre de plusieurs conseils d'administration, tout autant au Venezuela qu'ailleurs dans le monde. Il est veuf et père de trois enfants.

 

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