Le procès d'Al-Jadeed TV, New TV S.A.L, et de sa rédactrice en chef adjointe Karma Mohammad Tahsin Khayat, s'est ouvert jeudi devant le Tribunal spécial pour le Liban à La Haye. Photo Ani.
Le procès de la chaîne télévisée al-Jadeed et de la journaliste Karma Khayat s'est ouvert jeudi devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui leur reproche la diffusion d'informations sur des témoins protégés dans l'enquête sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri.
Premier tribunal international ad hoc créé pour juger une attaque "terroriste", le TSL a été constitué par l'Onu, à la demande du Liban, après l'attentat ayant coûté la vie à Rafic Hariri et à 22 autres personnes en février 2005 à Beyrouth.
Al-Jadeed TV, New TV S.A.L, et sa rédactrice en chef adjointe Karma Mohammad Tahsin Khayat sont accusés d'outrage et d'entrave à la justice pour avoir publié des informations sur onze témoins présumés dans une série de programmes diffusés entre le 6 et le 10 août 2012 et non retirés du site Internet d'al-Jadeed TV et de la chaîne YouTube d'al-Jadeed TV.
"Ce comportement continue de mettre en danger la vie de ces personnes ainsi que celle de leurs familles", a déclaré le procureur Kenneth Scott lors d'une audience publique à La Haye, où siège le TSL : "La liberté d'expression implique des responsabilités". Les visages étaient certes cachés et les noms complets n'étaient pas mentionnés, mais "personne n'est dupe", a tancé M. Scott.
Il soutient que les voix des personnes filmées n'ont pas été modifiées alors que des informations telles que leurs initiales, professions, lieu de travail ou même des plaques d'immatriculation étaient soit mentionnés soit visibles à l'écran.
Dysfonctionnements
Le TSL n'a jamais confirmé ni démenti que les personnes présentées par al-Jadeed-TV étaient effectivement des témoins.
M. Scott a accusé la chaîne privée et Mme Khayat d'avoir miné la confiance du public dans la capacité du tribunal à protéger les témoins : "si les témoins ne viennent pas témoigner, ce tribunal est fini et nous pouvons tous rentrer chez nous". "Ils voulaient un gros scoop et étaient prêts à tout pour cela", a-t-il conclu.
Les accusés affirment que les personnes présentées ne sont pas identifiables et soulignent que le but de leurs reportages était, précisément, de dénoncer les dysfonctionnements du TSL, notamment les fuites d'informations confidentielles.
Le TSL a inculpé cinq membres du Hezbollah. Leur procès s'est ouvert en janvier 2014, mais en l'absence des accusés. Le parti chiite a en effet exclu la remise des suspects et accuse le TSL d'être le fruit d'un complot "israélo-américain" visant à le détruire.
"Bâtiment de luxe"
"C'est notre droit de nous assurer que cet argent est dépensé correctement", a lancé lors de l'audience Mme Khayat, épinglant "le bâtiment de luxe" et "la salle d'audience 7 étoiles" du TSL, qui contraste, selon elle, avec les moyens de la justice libanaise.
"Nous osons révéler les erreurs de l'accusation", a-t-elle affirmé, tandis que son avocat Karim Khan a accusé le procureur "de tirer sur le messager" car al-Jadeed n'est pas selon lui responsable des fuites.
Le budget annuel du TSL est actuellement d'environ 60 millions d'euros par an (49% à charge du Liban, le reste par la communauté internationale), soit la moitié du budget de la Cour pénale internationale (CPI), tribunal permanent et mondial.
"Nous voulions montrer au public comment l'argent du contribuable est utilisé pour financer un tribunal qui ne fonctionne pas bien", avait affirmé Mme Khayat dans un entretien mercredi à l'AFP.
Les accusés encourent une peine maximale de 7 ans de prison et/ou 100.000 euros d'amende.
L'accusation doit continuer à présenter ses arguments vendredi et en début de semaine prochaine tandis que la défense aura la possibilité de le faire du 12 au 15 mai. La date du jugement n'a pas été fixée.
Le quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, et son rédacteur en chef Ibrahim al-Amine, sont également poursuivis pour des faits similaires. Leur procès doit s'ouvrir à une date encore non déterminée.
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La liberté d'expression devient dangereuse non seulement au Liban mais au Tribunal international . Triste .
23 h 20, le 16 avril 2015