Fête amère, fête de douleur, d'anxiété, d'inquiétude cette année, sur fond de criminelles agressions contre les chrétiens survenant en diverses parties du monde. Pâques d'indignation et même de sainte colère, à en juger par les prises de position, d'une inhabituelle énergie, affichées dimanche et lundi par le Vatican : tout se passant comme si la fête de la Résurrection du Christ était, cette fois, l'occasion d'un nécessaire, d'un irrépressible sursaut de l'Église catholique face à aussi vaste et cruelle entreprise visant les adeptes de Jésus.
Ce n'est pas tant de paix, d'amour, de charité et de justice, tous thèmes traditionnels, qu'ont parlé, le jour du vendredi saint, puis dimanche et lundi de Pâques, le pape François et les principaux prédicateurs du Saint-Siège mais d'intolérables persécutions. D'assassinats, de crucifixions, de décapitations, d'exil forcé et autres atrocités. D'indifférence, d'inertie, de regards détournés, d'ambiguïtés et même de silence complice.
Il fut un temps où ce reproche était spécifiquement adressé aux autorités politiques et spirituelles musulmanes, régulièrement invitées par Rome à faire preuve de plus de clarté et de vigueur dans leur dénonciation du massacre de chrétiens. Pas cette fois : ce sont indistinctement les dirigeants du monde que Rome adjure de redoubler d'efforts, de se livrer à des gestes concrets pour mettre un terme à la sanguinaire furie des jihadistes, dont une des manifestations les plus effroyables vient d'endeuiller le Kenya.
Mais pourquoi tant d'inhibitions (j'allais écrire d'insensibilité) de la part du monde occidental, face aux souffrances et angoisses existentielles des chrétiens d'Orient ? Faut-il y voir un effet pervers – et diablement soporifique ! – de cette sacro-sainte laïcité figurant au centre des valeurs républicaines ? Serait-ce plutôt que les chrétiens, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident, ne sont pas un peuple ; qu'ils ne sont pas constitués en Oumma (nation) comme y œuvrent les panislamistes ; qu'au contraire des juifs de toutes origines ils ne sont pas rameutés, racolés avec insistance, par un État qui se veut juif et rien que juif ?
Éloquente à cet égard est l'affaire de cette affiche de concert portant la mention au bénéfice des chrétiens d'Orient refusée au nom du principe étatique de neutralité par le métro parisien. Celui-ci n'a fini par faire marche arrière que sous un feu roulant de protestations, dont les moindres n'étaient pas celles du Premier ministre Manuel Valls et de ce grand ami du Liban qu'est le président du Sénat, Gérard Larcher. Les vedettes de ce concert programmé pour le 14 juin à l'Olympia ne sont pourtant pas d'incendiaires propagandistes, mais des religieux, membres d'une chorale très logiquement baptisée Les Prêtres. Mieux encore, ce n'est pas à une quelconque partie aux conflits faisant rage hors de l'Hexagone, mais à des populations en danger de massacre qu'iront les recettes de ce concert. De n'en avoir pas tenu compte, ce n'était pas seulement malheureux pour les tatillons ronds-de-cuir de la RATP : c'était carrément stupide.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Ce n'est pas tant de paix, d'amour, de charité et de justice, tous thèmes traditionnels, qu'ont parlé, le jour du vendredi saint, puis dimanche et lundi de Pâques, le pape François et les principaux prédicateurs du Saint-Siège mais d'intolérables persécutions....


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