Partout, sur le site, des arbres coupés.
Des randonneurs qui effectuaient une marche, la semaine dernière, dans les bois de Beit Méry, dans la vallée de Deir el-Kalaa, se sont retrouvés nez à nez avec des charbonniers qui fabriquaient du charbon de bois à partir de troncs d'arbres « Interdit de prendre des photos », ont hurlé ces derniers aux promeneurs avec agressivité. Mais le petit groupe de randonneurs ne s'est pas laissé intimider face à cette flagrante atteinte à l'environnement. Et pour cause, les coupeurs de bois ne s'étaient pas contentés d'élaguer les branches des arbres, mais avaient abattu des chênes entiers. Ils avaient aussi laissé sur place des branches mortes, peu sensibles aux risques d'incendies. Les photos ont aussitôt circulé sur Facebook, dénonçant aussi bien les dommages causés à cette région encore boisée et verte, que l'impunité dont jouissent les charbonniers et coupeurs d'arbres, à Beit Méry et sur l'ensemble du territoire.
« Forever Lebanon », un groupe citoyen qui lutte notamment contre la corruption, s'est rapidement saisi de l'affaire et a contacté le ministère de l'Agriculture. Dépêchés sur place, les agents forestiers ont constaté la contravention. « Selon le procès-verbal, les quantités s'élèvent à six tonnes de bois de chauffage et 1,2 tonne de charbon », note le groupe, sur sa page Facebook. C'est dire l'ampleur des dégâts dans un pays où les espaces forestiers rétrécissent comme peau de chagrin. « Le bois n'a pas été saisi, mais les charbonniers identifiés. La justice doit se prononcer mardi », explique à L'Orient-Le Jour Antoine Hoayek, fondateur du groupe activiste et président de l'Association des agriculteurs libanais. L'ingénieur agronome ajoute qu'il fallait faire vite pour constater la violation. « Autrement, les charbonniers auraient eu le temps de cacher leur butin », observe-t-il. Et de préciser que le bois de chêne est particulièrement prisé pour le charbon de bois. Il est utilisé pour le narghilé et pour le barbecue. « C'est le plus cher », reconnaît-il.
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Trop peu d'agents forestiers
Mais pourquoi ce laisser-faire ? « D'abord parce que cette région est située à une heure de marche des habitations et que le nombre d'agents forestiers est insuffisant », note-t-il. Car seuls ces derniers sont habilités à constater une irrégularité. C'est donc, pour les charbonniers, le coin rêvé pour exercer sans être le moindre du monde inquiétés. Nombre d'entre eux, qui font de cette activité leur métier, « exercent en toute légalité et sont munis de licence d'élagage des forêts », explique encore l'ingénieur agronome. « Mais ils dépassent souvent les quantités autorisées, en l'absence de contrôle et vu l'état de déliquescence généralisée », dit-il. « Sans compter que certains exercent illégalement », ce qui est encore plus dévastateur pour l'environnement, déplore le fondateur du groupe Forever Lebanon, fort de ses 14 000 membres.
Dans l'attente d'une décision de justice qui, nous osons l'espérer, sanctionnera les coupables, les exactions se poursuivent en toute impunité, à travers le pays. Dans les hauteurs du Akkar, dans le village de Beit Ayoub, sept chênes centenaires ont été abattus par des inconnus : un geste qui n'a pas manqué de provoquer la colère des habitants. Soutenus par les associations écologistes, ces derniers ont lancé un appel aux autorités, plus particulièrement aux ministères de l'Agriculture et de l'Environnement, les invitant à sanctionner les coupables et protéger la richesse forestière du Akkar. « Ces forêts sont l'héritage naturel, culturel et historique des visiteurs et touristes du Akkar », ont-ils affirmé. L'État réagira-t-il ?
Pour mémoire
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CEUX QUI ABATTENT DES ARBRES SONT DES CRIMINELS !
10 h 06, le 08 avril 2015