L'Union des organisations islamiques de France (UOIF), vitrine française des Frères musulmans, tient ce week-end près de Paris son rassemblement annuel trois mois après les attentats jihadistes vécus comme un électrochoc par la communauté musulmane la plus importante d'Europe.
Entre foire géante où s'écoulent littérature coranique, vêtements islamiques ou alimentation halal et congrès politico-religieux, le plus grand rassemblement musulman du monde occidental a commencé hier et se termine demain au parc des expositions du Bourget. « Tous les ans, on vient tous les jours, pour le shopping, les conférences des imams, le soutien aux associations humanitaires », confie Souraya Fradi, une Tunisienne venue de région parisienne, le visage entouré d'un hijab, à la sortie de l'espace de prière aménagé dans un vaste hall.
Ce rendez-vous annuel attire traditionnellement des dizaines de milliers d'hommes et de femmes bien au-delà des membres de la mouvance des Frères, mais il se tient dans une période difficile pour l'UOIF et pour l'ensemble des musulmans. Les attentats meurtriers des 7,8 et 9 janvier à Paris (17 morts), commis par trois jeunes Français de confession musulmane, ont renforcé la suspicion d'une bonne partie de la population envers les manifestations visibles d'une religion qui n'a pas encore totalement trouvé sa place dans la France laïque. L'UOIF, inscrite depuis novembre sur une liste des groupes terroristes par les Émirats arabes unis après les turbulences du printemps arabe, se trouve aussi dans le collimateur du gouvernement qui se méfie de ses efforts pour inscrire l'islam dans la sphère politique. Le Premier ministre socialiste Manuel Valls, qui a lancé une grande concertation pour combattre l'islam radical et permettre l'épanouissement d'un « islam de France », a mis en garde à plusieurs reprises contre le « discours » et « l'influence » des Frères musulmans. « Les vrais alliés dans votre combat contre le terrorisme, c'est nous, lui a répondu le président de l'UOIF Omar Lasfar. Sinon qui auriez-vous comme partenaires ? Les musulmans non pratiquants ? »
Acteur majeur
L'UOIF, qui revendique 250 associations adhérentes et affirme développer des partenariats avec un tiers des 3 000 lieux de culte musulmans recensés en France, n'en continue pas moins d'être un acteur majeur dans une communauté musulmane extrêmement diverse par l'origine, la position sociale ou la pratique, estimée à 4 ou 5 millions de personnes. Son activisme s'est notamment concrétisé par la création d'un lycée musulman à Lille. Le lycée Averroès, dont les résultats sont parmi les meilleurs des établissements secondaires de France, a cependant été accusé de dérive idéologique par un ex-enseignant.
L'UOIF a aussi entrepris une démarche de rassemblement avec une vieille rivale, la grande mosquée de Paris. Son recteur, Dalil Boubakeur, par ailleurs président du Conseil français du culte musulman (CFCM) créé en 2003 sous l'égide des autorités, s'exprimera d'ailleurs au Bourget cet après-midi. L'UOIF a également convié quelques figures du dialogue islamo-chrétien pour participer aux conférences inscrites au programme du rassemblement. La plupart de ses intervenants sont cependant recrutés dans le mouvement frériste, comme le médiatique Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur de la confrérie Hassan el-Banna, ou le chef du mouvement tunisien Ennahda, Rached Ghannouchi. « Il n'y a pas de diversité des intervenants, ce rassemblement c'est l'université de printemps des Frères musulmans en France », regrette Fateh Kimouche, blogueur musulman influent (al-Kanz). Un fil rouge traversera rencontres et débats : « Mohammad, prophète de miséricorde et de paix. » Mais « ça tombe bien », reconnaît Amar Lasfar, le président de l'UOIF. « On parlera justement des caricatures, des réponses théologiques et légales que l'on peut y apporter », explique-t-il.


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